Vers une saison de grippe plus grave que l’an passé?

Alors que les premiers vaccins ont été distribués par le gouvernement du Nouveau-Brunswick, la saison de grippe qui s’amorce pourrait s’avérer plus coriace que celle de l’année dernière, si l’on en croit les prévisions des spécialistes.

«La souche dominante cette année pourrait être la H3N2, et l’on sait que le vaccin contre la grippe est moins efficace contre cette souche, explique le docteur Gabriel Girouard, microbiologiste et infectiologue pour le Réseau de santé Vitalité au Nouveau-Brunswick. Ce ne sont que des prévisions, et il ne faut pas oublier qu’elles ne sont pas fiables à 100%.»

Pour établir ces estimations, les spécialistes se basent généralement sur la saison grippale de l’hémisphère sud, qui se termine quelques semaines plus tôt avant celle qui débute en Amérique du Nord.

«On regarde beaucoup ce qu’il se passe en Australie notamment, car ils ont un système de santé bien développé et des politiques publiques similaires aux nôtres, souligne le docteur Richard Garceau, également microbiologiste du Réseau de santé Vitalité. Souvent, ce qu’il se passe là-bas nous donne un bon indicateur de ce qu’il se passera ici.»

Et cette année, en Australie, la souche prépondérante du virus était la H3N2.

«Traditionnellement, nous avons des vaccins plus efficaces contre la souche H1N1, et généralement le taux d’échec est plus élevé lorsqu’il s’agit de la souche H3N2, soutient le Dr Girouard. L’an passé, c’était du H1N1, et le vaccin a connu un grand taux d’efficacité qui a avoisiné les 70% en Amérique du Nord. Cela n’a pas incité les gens à aller se faire vacciner plus qu’à l’accoutumée.»

Pour le microbiologiste, le vaccin reste pourtant la meilleure façon de se protéger et ne devrait pas être négligé.

«Même s’il ne sera peut-être efficace que pour 30% des personnes qui viendront se faire vacciner, c’est toujours mieux que rien, insiste le docteur. Le vaccin peut aider à prévenir des hospitalisations, et surtout, il permet d’éviter que le virus se propage à trop grande échelle. Cela reste à l’heure actuelle la seule protection disponible, donc la meilleure.»

À la pharmacie Loblaw, située dans l’Atlantic Superstore de Moncton, près de 700 personnes sont d’ores et déjà venues se faire vacciner cette année, alors que le vaccin n’est disponible que depuis la semaine passée.

«C’est énormément plus que l’an passé à la même date, assure Cynthia Ferguson, pharmacienne. Je pense que les gens ont pris peur, au regard de la saison de grippe qui vient de s’écouler en Australie, où beaucoup plus de personnes que d’habitude ont été hospitalisées.»

Tous les ans, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie sur son site internet ses recommandations pour la composition des vaccins qui seront diffusés dans les hémisphères sud et nord. Les compagnies pharmaceutiques fabriquent ensuite le vaccin en fonction de ces mêmes recommandations.

«Le vaccin pour l’Amérique du Nord est fabriqué tôt, généralement aux alentours de début mars, explique Gabriel Girouard. Cette année, l’OMS a tardé à donner ses directives, vers la fin du mois de mars. Cela laisse présager qu’elle anticipe également une saison compliquée.»

Selon les chiffres donnés par le ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick, en 2018-2019, il y a eu environ 3008 cas de grippe confirmés en laboratoire, 619 hospitalisations, 106 patients admis aux soins intensifs, et 36 décès en raison de maladies liées à la grippe.

Le vaccin contre la grippe saisonnière est offert gratuitement par plusieurs fournisseurs de services de vaccination à certaines catégories plus vulnérables de la population: 

  • les enfants/adolescents âgés de 6 mois à 18 ans
  • les femmes enceintes
  • les Autochtones
  • les adultes et les enfants souffrant de maladies chroniques
  • les personnes de tous âges résidant dans des foyers de soins ou d’autres établissements de soins pour malades chroniques
  • les personnes en contact direct avec de la volaille infectée par le virus de la grippe aviaire durant les activités d’abattage
  • les travailleurs de la santé
  • les personnes âgées de 65 ans ou plus