Zones naturelles protégées: l’industrie satisfaite, mais prudente

L’industrie forestière n’a pas toujours été très enthousiaste face à la possibilité de voir la superficie des zones naturelles protégées augmenter. La raison est simple, aucune activité forestière ne peut y être effectuée.

À l’heure où les terres de la Couronne sont de plus en plus convoitées, et où plus de joueurs en réclament une parcelle, on pourrait penser que l’industrie forestière ne soit pas très chaude à l’idée d’entendre le gouvernement parler d’augmenter ses efforts de protection. Mais cette fois, et même si l’on parle littéralement de doubler (et même un peu plus) cette superficie, il ne semble pas y avoir de levée de boucliers.

En début de semaine, le ministre des Ressources naturelles, Mike Holland, a annoncé que son gouvernement avait l’intention de doubler d’ici 2020 la surface totale des zones protégées de la province. Actuellement, seulement 4,6% de terres néo-brunswickoises sont désignées «protégées». Le ministre veut accroître ce chiffre à 10%, une position qui a été chaleureusement saluée par les groupes environnementaux.

Mike Legere est le directeur général de Forêt NB, organisme qui représente les intérêts de nombreuses compagnies forestières œuvrant dans la province. Il dit très bien comprendre qu’il existe d’autres objectifs de gestion que la récolte pour la forêt néo-brunswickoise.

«Et c’est bien comme ça. L’industrie n’a jamais été contre le principe d’avoir ni d’augmenter les zones protégées. La question a toujours été de voir comment cela risquait d’affecter les opérations et, ultimement, l’approvisionnement en bois», insiste-t-il.

Il soutient, par exemple, que la province avait voulu implanter il y a quelques années un standard de conservation pour les forêts acadiennes, principe voulant que l’on ramène une grande partie des forêts à leur état naturel plutôt qu’en fonction des besoins de l’industrie. Cette demande était visiblement incompatible avec les besoins des forestières.

«Le projet tel que proposé à l’époque aurait causé des problèmes d’approvisionnement important pour l’industrie», soutient le directeur général de Forêt NB.

Face à cette opposition, le projet est finalement tombé à l’eau. Mais selon M. Legere, cet échec a néanmoins amené les forestières à travailler de concert avec le ministère des Ressources naturelles afin de trouver un compromis. Et c’est ce compromis que l’on observe aujourd’hui.

«On s’est demandé comment accroître les zones protégées d’environ 5% sans que cela ait un impact significatif et négatif sur les opérations. Et on a vu que c’était faisable. Il y a des terrains où nous ne pouvons pas travailler parce que marécageux, montagneux, trop abrupte ou trop près de rivières. Dans ces endroits, il y a une valeur de conservation certaine», explique-t-il, précisant que l’emplacement des futures zones protégées est déterminant pour l’industrie.

Car s’il avoue que du travail a été effectué au cours des dernières années pour identifier d’éventuelles zones, l’annonce de lundi dernier ne fait aucun cas de leur emplacement. À cet effet, M. Legere fait preuve d’un optimisme prudent.

«C’est une belle annonce, dans la mesure où le gouvernement met en place un plan raisonnable qui répond aux besoins de tous», indique-t-il, réitérant ne pas être contre le principe de la conservation.

«Mais comme on le dit souvent, le diable est dans les détails. Le défi sera de faire en sorte que ces zones ne soient pas situées là où ça pourrait poser des problèmes d’approvisionnement aux usines. Le gouvernement nous assure qu’il fera tout en œuvre pour éviter cela. On espère que ce sera effectivement le cas, qu’il tiendra vraiment compte de notre position», dit-il.

Questionné à savoir à quoi servira l’enveloppe de 9,3 millions $ qui accompagnera cette mesure, le ministère des Ressources naturelles et Développement de l’énergie n’a pu fournir de réponse. Pour ce qui est des espaces visés, il n’a pas non plus indiqué quels types de zones on comptait protéger, sinon confirmer que celles-ci ne seront situées que sur les terres publiques (et non des terres privées).