Mort de Michel Vienneau: un des policiers dit avoir eu peur de mourir

«J’avais peur de mourir; j’ai eu peur pour ma vie.»

Patrick Bulger a eu l’occasion de plaider sa cause lorsqu’a repris l’audience d’arbitrage dans l’affaire Michel Vienneau, lundi.

La force policière de Bathurst voudrait congédier M. Bulger et son collègue Mathieu Boudreau en lien avec les événements du 12 janvier, 2015, jour où M. Vienneau, un entrepreneur de Tracadie, a été abattu à la gare de Bathurst.

Patrick Bulger explique que la journée du drame devait être consacrée à des travaux administratifs.

Les choses ont pris une autre tournure lorsque Ron DeSilva, son superviseur, a lu à voix haute un tuyau d’Échec au crime prétendant que Michel Vienneau et sa conjointe devaient débarquer du train avec un chargement de drogue.

Le constable Bulger, comme ses collègues, s’est alors rendu à la gare de Bathurst afin de surveiller les suspects à leur arrivée.

À l’époque, l’homme âgé de 42 ans faisait partie de l’unité intégrée nord-est, un groupe spécialisé dans les enquêtes touchant les drogues.

De ce fait, il portait des vêtements civils ce jour-là. C’est-à-dire des jeans, un chandail à capuchon, des lunettes de soleil, une tuque vert foncé et des gants de protection fournis par la Force.

Son insigne de policier était enfoui sous son chandail.

«Vers 11h20, le train est arrivé. Je décrivais mes observations en direct sur les ondes de la radio cryptée», a indiqué M. Bulger.

Le policier n’avait pas vérifié les antécédents des suspects à ce moment, mais il révèle qu’il avait l’appui de tous ses supérieurs pour intercepter le couple.

M. Vienneau et sa conjointe ont marché jusqu’à leur Chevrolet Cruze blanche. L’homme de Tracadie a ensuite rangé deux paquets dans le coffre, dont un sac à dos, avant de s’installer au volant.

«J’ai vu qu’il reculait et j’ai dit à (la constable) Julie (Daigle): ‘’go go on va le bloquer’’», a raconté le témoin.

Le plan était de piéger la voiture des suspects. Mais avant, il fallait s’assurer que ceux-ci ne récupèrent pas d’autres bagages à la gare.

C’est là que les choses ont dérapé.

Le constable Mathieu Boudreau a activé les gyrophares de la voiture banalisée et les deux voitures ont reculé dans la rue.

M. Bulger est sorti de sa voiture en criant “police, stop”, mais le rugissement du moteur de M. Vienneau l’a incité à sortir son arme à feu afin de se protéger.

Prise de panique, la victime a tenté de prendre la fuite.

La Chevrolet Cruze a heurté la voiture des policiers avant de dévier vers M. Bulger.

Apercevant le véhicule se diriger vers lui, le témoin a reculé en vitesse jusqu’à un banc de neige.

«J’étais coincé sous la voiture à ce point là», a-t-il exprimé.

De sa main, il a montré à l’arbitre l’endroit sur sa poitrine où se trouvait le parechoc de M. Vienneau.

«J’avais peur de mourir; j’ai eu peur pour ma vie», a-t-il ajouté.

M. Bulger se souvient du bruit du moteur et des pneus qui tournaient dans la neige.

Il maintient qu’il a voulu tirer vers la menace, soit le conducteur, mais qu’il a aperçu un manteau rouge dans sa ligne de tir.

Il s’agissait de Julie Daigle, constable à la Force policière de Bathurst.

M. Bulger s’est alors contenté de viser le pneu arrière en espérant immobiliser la voiture.

«J’ai entendu un “Bang Bang’’, mais je ne savais pas d’où ça venait», a-t-il ensuite mentionné.

Nous savons maintenant que ces tirs provenaient du constable Mathieu Boudreau. Ce dernier aurait fait feu sur M. Vienneau pour sauver la vie de son confrère.

Après coup, M. Bulger souffrait d’une douleur au genou, mais étant anciennement ambulancier, il a tout de même effectué les premiers soins sur la victime.

M. Vienneau est décédé quelques minutes plus tard. Sa conjointe a été arrêtée en lien avec les faux renseignements obtenus par Échec au crime.

Les deux policiers ont été reconnus non coupables d’homicide involontaire devant la loi, mais presque cinq ans plus tard, ils luttent toujours pour regagner leurs postes au sein de la Force policière.

«Personne ne se réveille le matin en pensant que cela peut arriver, a soulevé M. Bulger après plus de cinq heures à la barre des témoins. Quand tu deviens un policier, ce n’est certainement pas pour utiliser ton arme.»

L’arbitre Joël Michaud lui a demandé s’il remet parfois en question ses actions du 12 janvier. Il maintient que ses collègues et lui ont agi comme ils ont été formés de le faire.

En 12 ans de profession, M. Bulger n’avait jamais fait feu avec son pistolet sur le terrain.

Les discussions reprendront le 22 novembre, à l’hôtel Best Western de Bathurst. Ce sera alors au tour du constable Boudreau de prendre la parole.