Eel River Bar veut élargir ses frontières sur le territoire de Dalhousie

Pris avec une population en croissance et un territoire limité – qui plus est menacé par la hausse du niveau de la mer –, la Première nation d’Eel River Bar se tourne vers son voisin immédiat, la ville de Dalhousie, pour élargir ses frontières.

La Première nation a récemment acheté de propriétaires privés des terrains situés sur la rue Miller à Dalhousie. Ceux-ci sont voisins de la prison provinciale et du centre commercial Mail Darlington. Et maintenant, elle s’apprête à les développer.

L’objectif est de s’en servir afin de créer une subdivision domiciliaire. Selon les plans, cette subdivision pourrait soutenir jusqu’à 80 lots domiciliaires. Les travaux d’infrastructures ont d’ailleurs déjà cours sur le site. On s’affaire, entre autres, à installer la tuyauterie pour d’éventuels branchements à l’eau et les égouts.

«On est très fébrile face à ce projet. On est vraiment content de voir un tel développement voir le jour dans notre communauté et de jouer un rôle au sein de l’économie régionale.»

La chef du conseil de bande d’Eel River Bar, Sacha Labillois, l’avoue, ce projet est immense, peut-être même l’un des plus importants (surtout en terme de stratégie) depuis celui du Jardin Héritage. Car outre le fait d’être imposant, il est surtout crucial pour le futur de sa communauté.

C’est que celle-ci n’a plus vraiment d’autres options vers où se tourner pour s’agrandir et se développer. Prisonnières d’une petite enclave le long de la côte entre Dalhousie et Charlo, et qui de surcroît contient son lot de marécages, ce village autochtone commence à manquer d’air.

«Notre communauté connaît en ce moment une période de croissance au point de vue démographique. Nous avons donc des défis au chapitre domiciliaire. En fait, nous manquons carrément d’espace afin de répondre aux besoins actuels», confirme Mme Labillois.

Et comme si ce n’était pas suffisant, la mer se fait de plus menaçante d’année en année. On a beau avoir construit un imposant muret de ciment afin de contrer les fortes marées, le spectre de la hausse du niveau de la mer fait craindre le pire pour les années à venir.

«Ce projet ne vise pas qu’à répondre à nos besoins immédiats en matière d’habitation, on regarde aussi vers l’avenir. Une étude révèle notamment qu’en 2060, plusieurs de nos résidences actuelles se retrouveront sous les eaux en raison de la hausse du niveau de la mer. On doit donc agir dès maintenant, avoir un plan sérieux en place et regarder nos options», indique la chef.

Une partie du plan, c’est de se reculer plus loin à l’intérieur des terres. Le chemin Miller n’est qu’à quelques pas de la Première nation. Cela dit, selon les données recueillies, l’emplacement du nouveau développement serait sécuritaire pour au moins un autre siècle. L’acquisition de cette parcelle de terre se veut du coup stratégique pour la Première nation.

Des travaux d’aménagement sont en cours sur le chemin Miller, entre la prison (photo) et le Mail Darlington, afin d’accueillir d’éventuelles résidences pour la communauté d’Eel River Bar. – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert

La chef du conseil de bande soutient par ailleurs que ce développement se fera graduellement et non d’un seul coup.

«Le terrain peut accommoder jusqu’à 80 lots, mais toutes ces nouvelles habitations ne seront pas construites là, d’un coup. On a des besoins immédiats, c’est certain, mais on parle ici d’une planification sur plusieurs années», explique-t-elle.

Terrains non cédés

Bien qu’ils appartiennent désormais à des intérêts de la Première nation d’Eel River Bar, puisqu’achetés en toute légitimité de propriétaires privés, ces terrains demeurent toujours officiellement à l’intérieur des limites de Dalhousie. Du coup, tout développement qui s’y fait doit être conforme aux arrêtés de cette municipalité. Le début des travaux en a ainsi pris quelques-uns par surprises.

Les choses pourraient toutefois bien changer en ce qui a trait à la nature du terrain. En effet, celui-ci fait l’objet d’une demande de transfert vers la Première nation, ce qui lui octroierait du coup le statut de «réserve». Il s’agit toutefois d’un long processus qui implique notamment le gouvernement fédéral. Cette demande d’annexion serait dans le système depuis quelques années.

Le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, ne voit personnellement pas de problème majeur à céder ce terrain à Eel River Bar.

«Il faut faire preuve d’un peu de bonne foi et voir les choses en face, soit qu’ils n’ont plus d’espace pour se développer. D’un point de vue régional, je crois que c’est intéressant de voir nos voisins croître de la sorte, ça peut même nous être bénéfique pour nous puisqu’on sera certainement appelé à leur fournir des services», exprime le maire.

Il souhaite néanmoins une compensation d’Ottawa advenant la cessation de ce terrain à la Première nation.

Des travaux d’aménagement sont en cours sur le chemin Miller, entre la prison et le Mail Darlington, afin d’accueillir d’éventuelles résidences pour la communauté d’Eel River Bar. – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert