La rivière Restigouche transformée en parc provincial d’ici 2021?

Après les parcs provinciaux Sugarloaf et Mont Carleton, voilà qu’un troisième parc pourrait bien voir le jour au Restigouche, le parc provincial du Corridor sauvage de la Restigouche.

La province vient d’enclencher un processus de consultations afin de connaître l’opinion de la population quant à la création de ce parc linéaire qui encadrerait les activités à l’intérieur du bassin hydrographique de la rivière Restigouche.

De quoi s’agit-il concrètement? En terme de superficie, on parle d’un parc long de 235 km de cours d’eau, soit du pont interprovincial de Matapédia aux tributaires de la Restigouche (rivière Kedgwick, Little Main, Patapédia et Upsalquitch).

On parle aussi d’une protection accrue des bandes riveraines près ces cours d’eau, précisément 200m de protection auquel on ajoute aussi le corridor visuel, pour un total d’environ 20 000 hectares de terres protégées.

Avec ce parc, le gouvernement néo-brunswickois désire accroître ses efforts de conservations et encadrer les usages récréatifs, tout en créant des emplois et en améliorant l’offre touristique.

Selon les visées de Fredericton, ce parc pourrait voir le jour aussi tôt qu’en 2021. On estime que le coût en capital serait de 5,75 millions $ sur une période de trois ans pour son implantation.

Le projet a été présenté mercredi aux maires de la région lors d’une rencontre en présence du ministre du Tourisme, Robert Gauvin.

La population aura l’occasion de prendre connaissance de détails lors de trois consultations publiques qui auront lieu sur le territoire. Celles-ci se dérouleront de 17h à 20h le 12 novembre à Saint-Quentin (Auberge Évasion de Rêves), le 13 à Robinsonville (poste d’incendie) et le 14 à Atholville (parc provincial Sugarloaf). Les internautes pourront également examiner en détail la proposition et la commenter sur le site web du gouvernement.

Pas en avant

L’idée de faire de la rivière Restigouche un parc – ou à tout le moins d’en faire un endroit protégé – n’est pas neuve. Elle remonte au milieu des années 90, mais ce projet n’a jamais abouti.

Le concept de la mise en place d’une désignation est revenu sur la table en 2010, propulsé par le Conseil de Gestion du Bassin Versant de la Rivière Restigouche (CGBVRR). Une série de consultations avaient même été menées quant à la possibilité de créer un tel corridor de protection. Celles-ci avaient abouti à l’élaboration d’une proposition concrète, et c’est le fruit de ce travail que découle aujourd’hui cette initiative.

Pourquoi un parc? Les problèmes récurrents de l’époque sont toujours les mêmes. Un manque de capacité d’accueil du côté des sites de camping, des lacunes au niveau de la surveillance, l’absence d’application des lois par les instances gouvernementales. Cette utilisation pêle-mêle de la rivière créerait non seulement de conflits entre les différents utilisateurs, mais compromettrait aussi l’équilibre fragile de cet écosystème.

Directeur général du CGBVRR, David LeBlanc travaille sur ce dossier depuis sa relance il y a près de dix ans. Maintenant, le tout est dans les mains du gouvernement.

Il applaudit l’initiative de Fredericton.

«On est content. C’est un pas en avant, un pas que l’on attendait depuis longtemps et qui, on croit, fera une différence énorme. Car il faut bien comprendre que l’objectif n’est pas de restreindre les activités (sur la rivière), mais bien de mieux les encadrer. Ce n’est pas une action menée contre les utilisateurs de la rivière», dit-il.

Avec ce système, la Restigouche pourrait se retrouver avec plus d’agents de conservation qui patrouillent. Le principe d’utilisateur-payeur risquerait aussi d’être mis en place afin de financer les frais d’entretien. En terme d’infrastructures, on pourrait voir apparaître des sites en bordure des rivières de style prêt-à-camper.

Pour le directeur du CGBVRR, le choix du gouvernement d’opter pour un parc provincial linéaire est excellent, les outils de la Loi sur les parcs devraient, croit-il, répondre adéquatement aux attentes en matière de conservation.

«Il faudra toutefois apporter des modifications afin de permettre la tenue de certaines activités, comme la pêche sportive par exemple», exprime M. LeBlanc, qui voit du coup ce futur parc comme étant unique en son genre.

Chose certaine, il tient mordicus à ce que la gestion du parc relève d’une organisation locale et non uniquement de Fredericton.

«Je ne dis pas ça parce que je crois que ce rôle nous revient (au CGBVRR), mais je trouve important que la région puisse avoir son mot à dire dans la gestion, donc que toutes les décisions ne soient pas prises uniquement à Fredericton», nuance-t-il toutefois.

Accueil positif

À la Commission de services régionaux du Restigouche, on accueille positivement cette initiative du gouvernement. C’est qu’outre la richesse de son écosystème, la rivière est un véritable moteur de développement économique pour l’ensemble de la région. À elle seule, l’industrie de la pêche sportive aux saumons génère plusieurs millions de dollars annuellement. À cela s’ajoute également l’industrie récréotouristique, comme le canot, qui attire son lot d’amateurs.

«Le gouvernement nous dit: on veut protéger la rivière, sa beauté et sa ressource (saumon), accroître la surveillance, améliorer l’offre et les standards touristiques, créer des emplois… On ne peut pas être contre le principe d’un tel projet», exprime le président de la CSR-Restigouche, Denis Savoie.

Selon lui, la rivière est un joyau au même titre que le Sugarloaf et le Mont Carleton.

«Il se passe de très belles choses dans nos deux parcs actuels depuis un certain temps. Ce sont des moteurs de développement et non des boulets que l’on traîne. Je suis bien content que l’on considère faire la même chose avec la rivière, la protéger encore davantage et y établir un encadrement permanent. Ça ne peut qu’être positif», croit M. Savoie.

Objectifs du futur parc

  • Reconnaître la valeur de la région comme destination écotouristique internationale.
  • Préserver l’héritage de la culture de la pêche sportive et l’industrie.
  • Reconnaître l’une des rivières patrimoniales les plus importantes du Canada
  • Attirer diverses clientèles
  • Stimuler les investissements et créer des emplois.