Des projets à la tonne pour la Véloroute de la Péninsule

Depuis sa fondation, la Véloroute de la Péninsule acadienne a souvent imité son projet sur le succès de la Véloroute des Bleuets, au Québec. Mais en deux ans, elle a réussi à se créer une identité propre.

Elle y est arrivée à coup d’investissements judicieux et de partenariats favorables, qui lui ont permis notamment de compléter à 99% son parcours de près de 325 kilomètres.

«Les deux dernières années ont été remarquables, a reconnu le président de la Véloroute, Ernest Ferguson. On a fait tellement d’ouvrage en amont et tout est tombé en place pour aller de l’avant. Quand on rencontre les gens qui circulent sur la piste, ils ont le sourire accroché aux visages. C’est la beauté de notre projet. Notre véloroute a un côté économique, environnemental et de santé, mais de voir ces gens qui sortent leurs vélos en plein mois d’octobre et qui sont heureux d’être là, c’est à ce moment qu’on se rend compte que ça répond à un besoin.»

La Véloroute de la Péninsule acadienne a bâti son unicité, en devant notamment l’un des 11 sentiers prestiges du Nouveau-Brunswick. Elle est aussi un des rares événements qui rallie toute la Péninsule acadienne de Grande-Anse à Miscou à Néguac, comme l’avait fait le Congrès mondial acadien de 2009.

«La Véloroute des Bleuets est très belle, tout comme d’autres véloroutes. Mais ici, nous offrons des choses typiques et particulières. Nous avons l’air salin, les marais, le côté maritime, la culture, les gens, des sites extraordinaires touristiques. Aussi, nous offrons un parcours plat, qui emprunte l’ancienne voie ferrée. On a peu de pentes. Les gens qui ne sont pas habitués à faire du vélo peuvent rouler 20 ou 30 km sans s’en rendre compte. Des cyclistes de Tracadie peuvent aller prendre un café à Caraquet», évalue-t-il.

– Archives

«Une véloroute jamais complètement terminée»

L’asphalte des derniers des quelque 80 kilomètres de sentiers hors route reliant les principaux pôles municipaux de la région n’a pas encore eu le temps de refroidir que déjà, l’organisation planche sur une liste de projets longue comme le bras.

Une trentaine de personnes ont pris connaissance des idées du groupe, mardi soir, à l’occasion de l’assemblée générale annuelle présentée à Inkerman.

On parle d’interconnexion avec les municipalités pour que les cyclistes puissent accéder à leurs services en toute sécurité; d’une signalisation adéquate dans les villes, villages et DSL; de rénovations et de constructions de pavillons et d’abris; de bornes d’information aux entrées du circuit; de stationnements publics; d’identification des attraits le long du sentier; d’une étude de potentialité; d’un plan de communication et de marketing; d’un plan de certification touristique; et d’une carte accessible sur les appareils intelligents.

La direction de la Véloroute de la Péninsule acadienne réfléchit aussi à un partage des responsabilités de l’entretien des pistes avec la Commission des services régionaux de la Péninsule acadienne et le ministère du Patrimoine, du Tourisme et de la Culture.

Sans oublier l’ouverture officielle, qui sera une grande fête, prévue en juin 2020.

On devra faire un choix, admet le président, qui rappelle les débuts de cette aventure alors que l’organisation n’avait pas un sou en poche.

«Une véloroute n’est jamais complètement terminée. Quand tu dis que c’est fini, c’est là que l’on commence à perdre de la qualité. Il faut toujours être à l’affût des prochaines approches et des besoins des utilisateurs. Oui, nous avons beaucoup de projets en tête et pas le financement pour tous les réaliser. On fait un pas à la fois», indique-t-il.

Donc, pas de repos pour les concepteurs. Et s’il y en a, ce sera sur un vélo, répond le président.

«En faisant du vélo, tu te reposes. Ça donne de l’énergie», argumente-t-il.

Au départ évalué à 6 millions $, le projet en a finalement coûté 5,2 millions $ jusqu’à maintenant. Les 800 000$ restants et la contribution du Comité du pont d’Inkerman de près de 480 000$, grâce à la loterie de la chasse à l’as de 2018, devraient permettre à la Véloroute de la Péninsule acadienne de pouvoir établir ses priorités assez rapidement.

Le défi des trois ponts

La Véloroute de la Péninsule acadienne est parvenue à ériger près de 325 kilomètres de sentiers séparés, parallèles et conjoints d’une grande qualité. L’organisation est convaincue que ces pistes attireront non seulement de nombreux cyclotouristes, mais aussi inciteront la population locale à découvrir différemment la région.

Mais un obstacle important se dresse devant les ambitions du président Ernest Ferguson et son équipe.

En fait, on devrait plutôt en nommer trois.

Le pont d’Inkerman, le pont de Lamèque-Shippagan et le pont de la Petite rivière de Tracadie.

Le premier a été incendié à l’automne 2017 et on ne voit pas encore la lueur de la veille du jour où il sera reconstruit. Pendant ce temps, les cyclistes sont obligés d’emprunter un pont routier, peu large et risqué.

Le deuxième est également un casse-tête. La structure actuelle et son tablier levant en fer compliquent sérieusement la vie des amateurs de vélo et de marche. La traverse qui doit le remplacer – et dont l’annonce officielle se fait toujours attendre – ne comprend pas de voie pour le transport actif, une décision controversée et critiquée du ministère des Transports et des Infrastructures.

Le troisième n’a pas été conçu pour partager la route et limite considérablement l’accès au centre-ville de la Municipalité régionale de Tracadie. Un trottoir est juste assez large pour deux marcheurs. Quand un cycliste l’emprunte, il le fait quasiment au péril de sa vie.

Donc, ces trois ponts sont autant de bâtons dans les roues des amateurs de vélo et de la Véloroute de la Péninsule acadienne.

«Il faut savoir que le transport actif n’est pas encore dans la culture au Nouveau-Brunswick, excuse M. Ferguson. On a un trottoir pour marcher sur un pont, mais personne n’a pensé à une voie pour les vélos. On n’est pas encore rendu là, contrairement au Québec et en Europe. Il faut toujours travailler, ne jamais lâcher, pour nous assurer d’une voie cyclable et piétonne sur un pont. Ça va devenir ensuite une seconde nature. Ce sont des obstacles, des défis qu’on doit relever.»

La Véloroute de la Péninsule acadienne a appuyé le Comité du pont de Lamèque-Shippagan dans ses démarches pour obtenir un nouveau lien avec une voie de transport actif.