Réginald Basque n’a rien oublié de la guerre contre les nazis

Ils sont de moins en moins nombreux à pouvoir livrer leurs souvenirs de leur participation à la Seconde Guerre mondiale. Alors, quand nous avons la chance de tomber sur leur histoire unique, il est de notre devoir de la garder vivante afin que les prochaines générations comprennent mieux le sacrifice de nombreux Acadiens pour la paix et la liberté.

Nous avons eu le privilège de rencontrer Réginald Basque, cette semaine. Pas très longtemps, car l’homme aujourd’hui âgé de 95 ans vivait une journée un peu difficile en émotions.

Cependant, celui qui vient de recevoir une médaille de la communauté française de Courseulles-sur-Mer, qu’il a aidé à libérer en 1944, nous a généreusement permis de consulter un document qu’il a écrit en 2007 et qui raconte son aventure outre-mer pendant son engagement militaire.

En voici les grandes lignes.

«Le 19 mars 1943, je me suis engagé volontaire dans les Forces armées canadiennes à Saint-Jean. Ma mère a pleuré quand elle m’a vu pour la première fois en uniforme militaire. Elle a eu beaucoup de peine pendant le temps que j’ai passé dans l’armée, surtout pendant que j’étais outre-mer», raconte cet ancien combattant qui demeure toujours chez lui, à Tracadie.

Après un entraînement avancé, M. Basque obtient son assignation pour l’Europe en septembre de la même année.

«Je ne voulais pas en parler trop vite à mes parents pour ne pas leur faire trop de peine. Je les aurais avisés une fois rendu en Angleterre, mais j’en avais parlé à une de mes tantes et mon père a vite fini par le savoir.»

Le Tracadien a fait tout son entraînement au Canada et il a embarqué sur le navire Mauritania à Halifax, en décembre, avec un ami de longue date, Gérald Savoie.

Arrivé à Liverpool le 21 décembre, le soldat se rend au camp Aldershot, que les Canadiens avaient utilisé pendant le conflit de 1914-1918. Il devait prendre sa douche à l’eau froide, se rappelle-t-il.

Durant son séjour en sol britannique, il a eu la chance de visiter Liverpool, Londres, Glasgow, Édimbourg et Drummond, dans le nord de l’Écosse.

Mais le volet «touristique» va bientôt prendre fin…

L’invasion

Réginald Basque devait partir pour l’Italie, mais des contretemps administratifs ont changé les plans. Son cousin Emery Basque et son ami Gérald Savoie sont cependant partis pour combattre Mussolini.

«Au début de 1944, on pouvait sentir que l’invasion de la France approchait. Tous nos congés étaient annulés et les soldats étaient restreints à cinq milles en dehors du camp», a-t-il écrit.

Vient le débarquement du 6 juin 1944, sur les plages de la Normandie.

«Nous avons participé à plusieurs batailles importantes de la Normandie jusqu’à Oldenburg, en Allemagne. Il y a eu les batailles de Caen, Falaise, Bretteville, etc. Nous avons encerclé plus de 100 000 Allemands dans la fameuse “Gap de Falaise”, le 28 juillet 1944.»

«Nous avons poursuivi les Allemands jusqu’en Belgique avec la libération de plusieurs villes et villages et la fameuse bataille du Leopold Canal et Anvers. C’est le long du Leopold Canal, en faisant de la reconnaissance, que j’ai entrevu Jean-Baptiste Paulin, de Tracadie. Il était dans un régiment d’artillerie», poursuit cet homme à l’esprit vif et qui fait encore 45 minutes de vélo stationnaire tous les jours.

Réginald Basque et ses frères d’armes ont pu continuer leur progression en Belgique et en Hollande. Malgré une blessure de guerre qui l’a forcé à un séjour dans un hôpital et une période de convalescence, il rejoint son bataillon à temps pour la rentrée en Allemagne.

«De la rivière Mass, en Hollande, jusqu’au Rhin, la résistance était très forte, je dirais même féroce. Sur notre chemin, nous avons aperçu quatre bateaux allemands dans le canal, à l’entrée du havre de Ziipe. Avec nos canons anti-tank, nous avons réussi à en couler trois et endommager l’autre», explique l’ancien combattant dans son récit.

L’ancien combattant Réginald Basque, de Tracadie, a récemment reçu une médaille honoraire de la communauté française de Courseulles-sur-Mer. – Gracieuseté

Contre de jeunes fanatiques

Le régiment de Réginald Basque franchit la frontière allemande et va libérer la ville de Cleve. Ensuite, il a pris part à la bataille de la forêt Hochwald et Reichwald.

«La bataille de la Hochwald a été la plus dure depuis la Normandie, raconte M. Basque. Les troupes allemandes étaient un mélange de SS, de Jeunesses hitlériennes et de Goring’s Youth, tous des jeunes fanatiques. En plus de la boue jusqu’aux genoux, il nous était impossible de se servir de nos véhicules.»

Mais ce n’est pas ça qui allait arrêter la progression des alliés en terre ennemie. À cet instant, Réginald Basque a senti un changement de comportement des soldats allemands, qui commençaient à se rendre compte que leur guerre n’était pas gagnée.

«Au Kusten Canal, ce ne sont pas les Allemands qui nous faisaient la guerre, mais nos avions Spitfire qui nous ont mitraillés, heureusement sans trop faire de dommages», révèle-t-il.

Une fois rendu à Varel et Oldenburg, M. Basque a pu savourer la fin des hostilités. C’était le 5 mai 1945. Après trois semaines en Allemagne, la troupe est retournée en Hollande.

«Il n’y avait pas de camp militaire. Certains étaient installés dans une école et la plupart demeuraient chez une famille hollandaise. Je suis demeuré quatre semaines avec la famille de John Pieterson, un professeur à l’école de Hengelo. Il parlait le français, l’anglais, l’allemand et dutch. Il était très intéressant.»

Après un bref retour en Allemagne pour l’occupation d’après-guerre, Réginald Basque est rentré au pays le 12 avril 1946 et a été démobilisé du service militaire actif le 17 juin.

C’était il y a 74 ans, tout ça. Mais ce que Réginald Basque, bien d’autres Acadiens et de Canadiens ont réalisé à cette époque, c’est la victoire de la liberté face au joug d’Adolf Hitler. Et ça ne doit être jamais oublié.