Un gouvernement stable grâce à un partenaire docile

Le gouvernement minoritaire de Blaine Higgs a su éviter la plupart des écueils durant la première année de son mandat, selon le politologue Thomas Bateman de l’Université Saint Thomas.

Si les douze derniers mois n’ont pas exactement soulevé les passions à Fredericton, l’absence d’histoire très négative ou de scandale est une victoire en soi.

«En général, c’est bien d’être ennuyeux quand on est au gouvernement», résume le professeur.

Le gouvernement a fait preuve d’une véritable volonté d’améliorer les finances publiques, selon M. Bateman, comme en témoigne l’augmentation du budget de la vérificatrice générale et la récente publication des dépenses fiscales de la province.

«À mon avis, dans quelques années, c’est le souvenir qu’il va laisser.»

Les progressistes-conservateurs ont su présenter un budget équilibré malgré les prévisions du gouvernement précédent. Cet équilibre pourrait toutefois ne pas durer, selon M. Bateman, puisqu’il s’explique surtout par d’importantes réductions dans les investissements en infrastructure.

«On ne peut pas agir ainsi indéfiniment parce que les infrastructures vieillissent et finissent toujours par avoir besoin d’entretien ou d’être remplacées.»

Le gouvernement n’a pas encore su s’attaquer aux problèmes systémiques importants en matière de soins de santé, souligne Thomas Bateman.

«Les indicateurs de performance n’ont pas vraiment changé durant la dernière année.»

En éducation, Fredericton semble s’éloigner de la fameuse stabilité du système exigée à la fois par les enseignants et la vérificatrice générale.

«Les réformes constantes rendent la performance éducative difficile à mesurer et peuvent même susciter le cynisme des enseignants qui, après un certain temps, refuseront simplement d’apprendre les nouveaux processus parce qu’ils savent qu’ils ne dureront pas très longtemps», prévient M. Bateman.

Selon le politologue Roger Ouellette de l’Université de Moncton, Blaine Higgs peut se vanter d’avoir pu gouverner comme s’il était majoritaire en raison de l’appui de l’Alliance des gens qui s’est avérée un partenaire plutôt docile.

Le gouvernement a entre autres fait volte-face sur la réduction des exigences linguistiques pour les travailleurs paramédicaux en dépit des demandes de l’Alliance. Il a aussi su convaincre les députés alliancistes de voter pour la fracturation hydraulique et pour un budget contenant une augmentation du financement du commissariat aux langues officielles.

«Qu’a obtenu la People’s Alliance de ce gouvernement-là? Zéro… des miettes», affirme M. Ouellette.

Le partenariat entre le Parti progressiste-conservateur et la formation politique antibilinguisme nuit cependant à l’image du gouvernement auprès des Acadiens, avance-t-il.

«Aussi longtemps qu’il sera minoritaire avec l’appui du People’s Alliance, c’est une espèce de boulet qui le traîne vers le bas concernant la communauté francophone.»

L’élection le weekend dernier à la présidence du parti d’une personnalité bien connue et bien connectée dans la communauté francophone, l’ancien ministre Claude Williams, est cependant un pas dans la bonne direction, note Roger Ouellette.

«Je pense que c’est une décision stratégique d’avoir comme président un francophone qui connaît bien le parti et qui est bien respectée de la population francophone.»