La promesse brisée de l’éolien communautaire

Le Nouveau-Brunswick ouvre la porte à des projets éoliens communautaires. Des acteurs du secteur regrettent toutefois que les intérêts des locaux n’aient pas été mis au coeur de l’initiative.

Après que d’imposants parcs éoliens soient sortis de terre au début des années 2000, le développement d’éoliennes a été mis sur la glace pendant près d’une décennie.

La province vient toutefois de donner un nouveau souffle à l’industrie: cinq projets de petite envergure ont reçu le feu vert au cours des derniers mois pour un total de plus de 80 mégawatts.

– Acadie Nouvelle

Entre 2016 et 2017, Énergie NB avait invité les Premières Nations, les municipalités, les coopératives et les organismes sans but lucratif à proposer des projets d’énergie renouvelable communautaires. En vertu du programme, chaque projet devait être détenu à 51% par la communauté partenaire.

Plus d’une cinquantaine de soumissions ont été étudiées et seule une poignée d’entre elles ont été retenues. D’ici l’an prochain, des moulins à vent feront leur apparition dans le paysage de Anse-Bleue, Riverside-Albert, Portage Vale, Richibouctou ainsi que Pokeshaw et Black Rock.

Parmi les déçus, plusieurs regrettent que la dimension communautaire des propositions n’ait pas pesé lourd dans la balance.

«Il n’y avait pas de mesure de la participation communautaire», note François Morin, conseiller principal chez l’entreprise québécoise Innergex, qui a tenté, sans succès, de faire naître un parc éolien à Bas-Caraquet.

«Ce qui fait le succès d’un bon projet éolien, c’est le partenariat et la participation communautaire. Si en fin de compte, les gens ne sentent pas qu’ils bénéficient du projet, c’est une des grandes conditions de succès qui n’est pas rencontrée.»

L’entreprise néo-brunswickoise Atapaqq, qui souhaitait installer une centrale d’énergie renouvelable alliant le solaire et l’éolien au nord de Belledune, n’a pas pu obtenir la faveur d’Énergie NB. Le PDG, Raphaël Roy, estime que le processus d’évaluation n’encourageait pas à maximiser les retombées au profit des régions.

«Les critères de sélection étaient surtout basés sur le prix. Il fallait que le coût d’achat soit le plus faible pour Énergie NB», explique-t-il.

Raphaël Roy constate l’absence de mécanisme pour s’assurer de l’appui de la population locale.

«Si une entreprise démontrait qu’elle donnerait plusieurs milliers de dollars à une communauté, ça suffisait. Ça n’allait pas plus loin que ça. Pour moi, un bon projet communautaire implique que toute la communauté soit incluse, que ce soit au niveau du financement et de la gestion du projet. Je crois que c’est une occasion perdue pour Énergie NB de faire les choses autrement.»

L’entrepreneur remarque également qu’une seule entreprise néo-brunswickoise a décroché un contrat.

«Pour les autres, une partie des profits quittera la province», déplore-t-il.

Ni Énergie NB, ni le ministère des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie n’ont été en mesure de nous fournir une évaluation des retombées économiques pour chacun des cinq projets.

Marc Belliveau, porte-parole d’Énergie NB, reconnaît que cette question n’a pas été étudiée par la société de la Couronne.

«La plus grosse condition, c’était de pouvoir vendre à prix abordable, il fallait aussi que l’approvisionnement soit fiable et que le financement soit sécurisé», précise-t-il.

«La seule chose qui nous intéresse, c’est le fait qu’on puisse acheter à tel ou tel prix. Ce n’est pas notre domaine d’assurer des retombées économiques pour des projets qui ne nous appartiennent pas. On ne fait qu’acheter le produit fini, notre implication se limite à ça.»

À Anse-Bleue

Le projet de parc éolien à Anse-Bleue est de loin celui qui suscite le plus de discorde. L’entreprise Naveco Power s’est associée à la Ville de Bathurst, pour la construction de cinq turbines dans le petit district de service local de la Péninsule acadienne.

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Comme Anse-Bleue est un district de services locaux, le promoteur n’a pas eu besoin de permissions municipales et a négocié directement avec les propriétaires des terres ciblées.

La présidente du DSL d’Anse-Bleue, Ginette Bertin, n’avait pas encore eu la moindre rencontre avec la direction de l’entreprise lorsqu’elle a appris qu’Énergie NB avait donné son aval. Plusieurs maires des alentours ont déploré l’absence de consultation dans ce dossier. Le maire de Grande-Anse, Gilles Thériault, aurait souhaité une discussion élargie plutôt que des négociations individuelles.

Certains citoyens estiment donc que la communauté est placée devant un fait accompli. Résultat, la température monte. Un regroupement citoyen, l’Association pour les énergies renouvelables responsables, a été créé pour s’opposer au projet, et une manifestation est prévue lundi prochain devant le conseil municipal de Bathurst.

De son côté, le maire de Bathurst Paolo Fongemie, affirme que la population pourra se faire entendre lors du processus d’étude d’impact environnemental.

Dans une entrevue accordée à Radio-Canada, il assure que les redevances seraient de l’ordre de millions de dollars au cours d’une période de 30 ans.

«Les redevances seront beaucoup plus grandes pour la communauté d’Anse-Bleue que pour la Ville de Bathurst», déclare-t-il.

L’exemple québécois

Les membres de la Coopérative d’énergie renouvelable du Nord-Ouest tentent depuis une dizaine d’années de donner vie à leur projet de parc éolien à Lac-Baker, sans succès. L’un des instigateurs, Paul-Émile Soucy, croit que le Nouveau-Brunswick aurait dû s’inspirer davantage des choix faits par le Québec qui a tenté de diversifier ses approvisionnements en électricité, tout en favorisant un développement local et régional.

La province a fixé des quotas importants et des critères de sélection entourant les retombées et l’acceptabilité sociale.

Selon une étude réalisée par AVISEO conseil, la production d’énergie éolienne permet un versement annuel de 93,5 millions $ aux communautés locales québécoises. Dans une communauté, les revenus d’électricité aident les démunis à arrondir les fins de mois. Là, on alimente un centre de soins palliatifs, ici, on finance un aréna.

«Il y a eu une volonté de la part d’Hydro-Québec de développer ces projets même si l’entreprise paie plus cher que pour l’hydro-électricité», rappelle M. Soucy.

«Nous, on proposait un prix deux fois inférieur au prix de vente aux résidents néo-brunswickois, sans aucune subvention gouvernementale. Nous sommes une coopérative associée à plusieurs municipalités et des investisseurs locaux, on ne peut pas être plus communautaire que ça!»