Source d’inspiration, Sabrina Losier perd son combat contre la maladie

Combattante déterminée, positive dans l’adversité, Sabrina Losier de Saint-Arthur aura pendant longtemps déjoué les pronostics. Mais après un long et épuisant combat contre la maladie, celle-ci s’est éteinte samedi à l’Hôpital régional de Campbellton.

L’issue de son combat était sans équivoque, et elle le savait. Idem pour sa famille, ses amis, et les centaines d’internautes qui la suivait de près sur les médias sociaux. N’empêche, lorsque la mort frappe, le choc n’en est pas moins violent sous prétexte qu’on s’y est préparé.

«Ce fut soudain. On savait que ça arriverait éventuellement parce qu’elle était malade, mais je dois dire qu’on ne pensait pas que c’était pour se produire à ce moment-ci. Ça nous a tous pris par surprise», confie Marie-Lou Doucet, la grande sœur de Sabrina.

Affaiblie par la maladie au cours des derniers mois, c’est une pneumonie qui aura finalement eu raison de la jeune battante de 25 ans.

Sabrina a été diagnostiquée d’un rhabdomyosarcome en 2016, soit un cancer des tissus mous qui s’attaquent généralement aux enfants et très rarement au stade adulte. Elle a appris la nouvelle tout juste après l’obtention de son diplôme en Sciences infirmières, une profession qu’elle n’aura, au final, qu’effleurée pendant deux mois.

Elle savait depuis décembre 2017 qu’en raison de sa maladie, elle était condamnée à une fin prématurée. C’est à ce moment qu’elle a entrepris de partager son cheminement sur les médias sociaux. Son histoire a touché la grande région du Restigouche, et même au-delà de ses frontières. La jeune femme avait partagé son histoire dans nos pages le printemps dernier et parlé de cette relation avec «son auditoire» virtuelle.

«Ça m’a fait évoluer, peut-être plus rapidement que prévu, que je l’aurais souhaité. Ce qui était bon en moi est devenu meilleur, et le moins bon a fini par prendre moins de place. Si mes écrits et mes vidéos peuvent inspirer certaines personnes, les emmener à porter un regard plus positif sur la vie, tant mieux», nous confiait notamment la jeune femme lors de cet entretien.

Sa sœur est d’ailleurs catégorique sur ce point, c’est ce regard positif sur la vie en dépit de sa maladie qui a permis à Sabrina de vivre aussi longtemps parmi les siens.

«Au niveau de la famille, ça n’a pas toujours été facile de jongler avec sa maladie, car on savait ce qui s’en venait. Mais Sabrina avait tellement une belle attitude, elle se battait tellement. Elle nous inspirait, nous donnait de l’espoir. On n’avait pas le choix de demeurer positif, tout comme elle», raconte Mme Doucet.

Beau geste

Fait plutôt inusité, en guise de respect pour la jeune femme, l’Hôpital régional de Campbellton y est allé vendredi d’un geste peu commun, autrement conféré à de grandes personnalités publiques, soit celui de mettre en berne ses drapeaux.

Il faut dire que c’est à cet hôpital que Sabrina avait été embauchée comme infirmière. Ironiquement, elle est décédée sur le même plancher (obstétrique) où elle devait travailler.

«C’est un geste qui nous a vraiment touchés de la part de l’hôpital et de son personnel. On a aussi reçu énormément de messages de soutien de la part de la communauté en général. C’est là qu’on se rend compte à quel point son histoire a touché les gens, à quel point sa joie de vivre était contagieuse», souligne Marie-Lou.

Parmi ses rêves, elle souhaitait faire des conférences. Elle a eu le temps d’en effectuer une le mois dernier. Elle souhaitait également partir en voyage, un roadtrip jusqu’à l’autre bout du pays. Ce voyage ne s’est pas concrétisé pour des raisons de santé, mais la jeune femme s’est néanmoins rabattue sur le tour de la Gaspésie.

«Elle est partie quelques jours en septembre avec un ami. Ça lui a fait tellement de bien de tout mettre de côté pendant un instant, incluant sa maladie», relate sa sœur.

Sensibilisation

Durant sa maladie, la jeune femme s’est par ailleurs butée à un autre obstacle de taille, soit l’entêtement du gouvernement provincial et de sa compagnie d’assurance à ne pas lui rembourser un médicament onéreux, le Votrient (pazopanib).

Celui-ci ne visait pas à la guérir, mais plutôt à freiner la progression de la maladie. La compagnie d’assurances a fini par entendre raison au cours des deux derniers mois. La famille espère aujourd’hui que le message sera entendu par Fredericton.

«Elle s’est tellement battue et n’aurait pas eu à le faire. C’est un énorme fardeau financier qui pesait sur ses épaules et celle de la famille, un stress inutile. C’est dommage qu’elle ait dû gaspiller de l’énergie avec ça, mais elle le faisait dans l’espoir que ça change non seulement pour elle, mais aussi pour les autres qui se retrouvent dans une situation similaire», souligne Marie-Lou, espérant maintenant que le geste de sa sœur trouvera écho dans les corridors de l’Assemblée législative.

Les funérailles de Sabrina auront lieu ce jeudi à 14h en l’église Notre-Dame-des-Neiges de Campbellton.