Fermeture de la fonderie Brunswick: des travailleurs déçus et inquiets

«Je ne m’attendais pas à ça quand je suis arrivé ici ce matin. I guess que je n’aurai plus de job bientôt.»

Comme plusieurs de ses collègues syndiqués de la Fonderie Brunswick, Paul Daigle a bravé le froid mercredi matin afin d’aller manifester devant l’usine, geste qu’il pose depuis le début du conflit de travail, il y a un peu plus de six mois. Soudeur de métier, il travaille pour l’entreprise minière depuis 11 ans. Son père y avait travaillé, lui, pendant 41 ans. Il a appris la nouvelle de la fermeture par le biais des médias. Le coup est difficile à encaisser.

«On est pas mal tous découragés ici ce matin. On ignore ce qui nous attend. Où est-ce qu’on va se trouver un emploi comme ça dans le coin?», confie-t-il.

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Selon lui, l’usine de Belledune a besoin de beaucoup de rénovations. Il croit que Glencore a tout simplement jeté la serviette en additionnant les montants nécessaires.

«C’est une perte pour nous les travailleurs, c’est certain. Mais toute la région va s’en ressentir. On gagne de très bons salaires ici et ça aide à faire tourner l’économie de la place. Les magasins, les restaurants, etc. La fermeture va faire mal non seulement à la région, mais à tout le nord de la province», indique-t-il, notant que d’autres plus petites entreprises risquent également de trimer dur sans la fonderie. Des pertes collatérales comme on en voit souvent dans ce type de situations.

Un peu plus loin, à l’autre entrée de la fonderie, un autre groupe de syndiqués fait du piquetage. Si les employés sourient et s’efforcent à faire quelques blagues, on sent bien que le cœur n’y est pas. On perçoit plutôt de la déception, une certaine amertume.

«On a fait des concessions par le passé parce qu’on nous promettait de rénover l’usine. Toujours des belles promesses, et aujourd’hui, il l’a ferme. C’est honteux», a lancé l’un des jeunes du groupe qui ne souhaitait pas être identifié.

À ses côtés, on retrouve Eugene Lapointe et Yvon Comeau. Ces derniers ont respectivement 22 et 32 ans d’ancienneté pour leur employeur. La nouvelle de la fermeture définitive fait mal.

«Je suis très surpris ce matin. C’est certain qu’on a toujours la crainte qu’une telle chose se produise, mais je ne m’y attendais pas. Pas comme ça, et pas maintenant. Je me sens comme si on m’avait donné une claque en plein visage», exprime M. Lapointe.

Celui-ci se dit triste pour son emploi, pour ceux de ses collègues, mais aussi très inquiet pour l’avenir de la communauté.

«Encore une fois, ce sont les travailleurs qui écopent. Autant d’emplois perdus, c’est un vrai désastre», estime-t-il.

Son confrère, M. Comeau, semble moins décontenancé par le teneur de l’annonce.

«Honnêtement, je m’attendais à ce que ça se produise tôt ou tard. Reste que c’est très dommage pour la région. Il y a beaucoup de gens, beaucoup de familles qui vont souffrir de cette décision», note-t-il.

Après six mois de piquetage et à la lumière de ce nouveau développement, que fera le syndicat? Celui-ci devrait se réunir cette semaine afin de faire le point et décider de la démarche à suivre d’ici la fin de l’année.

Y a-t-il lieu de continuer le piquetage?

Et que feront les employés?

À  61 ans, Yvon Comeau est bien près de la retraite. La fermeture de l’usine risque d’ailleurs de le précipiter dans cette direction. Mais à 53 ans, les choses sont différentes pour M. Lapointe.

«J’ai encore quelques années devant moi avant la retraite. Il y a certainement de l’emploi ailleurs dans la région, en tous cas je l’espère. On va voir ce qui s’offre à moi, car je ne souhaite pas partir de la région. Il y aura peut-être l’option de travailler à l’extérieur (fly in/fly out), mais ça reste à voir. Pour l’instant, c’est l’incertitude», souligne-t-il.

À l’aube de l’approche de la cinquantaine, Paul Daigle n’a pas le goût de s’expatrier pour travailler.

«Ça ne me tente pas d’aller travailler à l’extérieur, je l’ai fait pendant des années, mais là non. J’avais accepté cet emploi justement parce que j’étais tanné, que je voulais me caser. Je souhaitais prendre ma retraite ici, avec ma famille. Maintenant, il faut visiblement revoir les plans», exprime l’homme qui réside à Bathurst.

Tous les yeux – et les espoirs – sont maintenant rivés sur le projet de la compagnie Maritime Iron qui désire produire de l’acier à quelques pas de là, près de la centrale d’Énergie NB.