Le gouvernement veut mettre fin aux activités de Cannabis NB

Le gouvernement provincial entend mettre fin aux activités de Cannabis NB d’ici un an pour remplacer la société de la Couronne par un monopole privé.

Fredericton veut confier à une seule entreprise le droit exclusif de distribuer et de vendre du cannabis à des fins récréatives au Nouveau-Brunswick.

«Après un examen minutieux et approfondi du modèle de gestion actuel et une analyse des solutions de rechange, nous avons conclu que l’approche la plus favorable pour les contribuables et le gouvernement était de nous tourner vers le secteur privé», a déclaré le ministre des Finances, Ernie Steeves, jeudi.

Une demande de proposition auprès du secteur privé a été lancée. Les promoteurs intéressés ont jusqu’au 10 janvier pour soumettre leurs propositions.

La société retenue pourrait conclure des partenariats avec des entrepreneurs locaux à l’image des franchises des grandes chaînes de restauration rapide.

Une attention particulière sera accordée aux propositions de partenariats avec les Premières Nations.

Fredericton veut signer un contrat de dix ans avec deux possibilités de renouvellement aux cinq ans.

Cannabis NB était sous la loupe du gouvernement progressiste-conservateur depuis son arrivée au pouvoir il y a un an.

Depuis son ouverture en octobre 2018, la société créée par le précédent gouvernement libéral n’a jamais fait de profit et a perdu plus de 16 millions $.

En échange du monopole sur le cannabis à des fins récréatives, Fredericton s’attend à recevoir un paiement annuel fixe ou un pourcentage des ventes, selon le scénario le plus élevé.

La province et le fédéral continueront également à récolter les revenus de la taxe d’accise sur le cannabis.

Selon Ernie Steeves, le monopole privé à de meilleures chances de générer des revenus pour le gouvernement comparativement au libre marché où chaque entrepreneur aurait pu ouvrir sa propre boutique sous licence.

Après deux rondes de congédiement durant la dernière année, Cannabis NB comptent toujours plus de 250 employés.

L’entreprise qui sera choisie par le gouvernement n’aura pas l’obligation d’embaucher le personnel mis à pied par la société de la Couronne.

«Je présume que quiconque obtiendra (le monopole) voudra du personnel bien formé et le personnel de Cannabis NB est exceptionnellement bien formé», a suggéré M. Steeves.

La demande de proposition du gouvernement ne prévoit pas de nombre minimal de magasins dans la province.

La société privée pourrait décider de reprendre certaines des 20 succursales de Cannabis NB, mais ne sera pas forcée à le faire.

Le ministre Steeves n’était pas en mesure de préciser jeudi combien la province pourrait avoir à débourser pour rompre les contrats de location des magasins de Cannabis NB si l’entreprise choisie décide de ne pas les récupérer.

L’entreprise devra être en mesure d’assurer la compétitivité des prix et une bonne variété de produits.

Les magasins devront respecter la Loi sur les langues officielles en offrant des services en français et en anglais.

Fredericton se réserve le droit de rebrousser chemin et de renoncer à la privatisation en l’absence d’offre suffisamment satisfaisante.

Les libéraux accusent le gouvernement d’agir trop vite

L’opposition libérale accuse le gouvernement progressiste-conservateur de mettre la hache dans la Cannabis NB sans avoir tous les faits en sa possession.

Le critique du Parti libéral en matière de finances, Roger Melanson, estime que le gouvernement avance trop rapidement en voulant éliminer la société d’État après une seule année d’activités.

«On sait qu’une entreprise qui va en affaires ne fait pas un profit la première année. Ça prend de trois à cinq ans pour qu’une entreprise devienne profitable», résume-t-il.

La décision de Fredericton est d’autant plus précipitée  que la vente du cannabis comestible, des extraits de cannabis et du cannabis pour usage topique – prévue pour la fin décembre – n’a pas encore commencé.

«Avec le modèle qu’il propose, est-ce que le gouvernement va laisser de l’argent sur la table à moyen et long terme?», s’interroge le député libéral.

Le chef du Parti vert, David Coon, craint que le cannabis ne devienne trop difficile à contrôler lorsqu’il sera entre les mains du secteur privé.

«Le bilan du gouvernement en matière de réglementation du secteur privé et d’application de cette réglementation est loin d’être reluisant. Cela me préoccupe au plus haut point», dit-il.

M. Coon s’inquiète également pour le sort des quelque 250 travailleurs de Cannabis NB.

«Le gouvernement abandonne des emplois bien rémunérés avec des avantages sociaux pour des emplois probablement au salaire minimum», prévient-il.

Le chef de l’Alliance des gens, Kris Austin, est quant à lui ravi par la décision du gouvernement même s’il aurait préféré un véritable libre marché au lieu d’un monopole privé.

«Nous avons eu plusieurs réunions avec le gouvernement à ce sujet au cours des derniers mois et nous sommes vraiment heureux», affirme-t-il.

«Le secteur privé sait comment répondre à la demande du marché et être compétitif sur le marché. Quand le gouvernement s’en mêle, ça ne va jamais aussi bien et c’est pourquoi le gouvernement ne devrait pas se mêler de la vente au détail.»

L’Alliance des gens réclame aussi la privatisation d’Alcool NB.