Les eaux côtières acadiennes ne sont pas à l’abri de l’acidification

Les eaux côtières du Nouveau-Brunswick ne sont pas invulnérables à l’acidification de l’océan, mais les conséquences de ce phénomène commencent seulement à être connues. Élise Mayrand, professeure de biologie à l’Université de Moncton, campus de Shippagan, est l’une des pionnières dans le domaine dans la province.

Un forum sur l’acidification des océans a eu lieu à Shippagan les 13 et 14 novembre. L’objectif de l’événement était de présenter le phénomène et ses conséquences sur l’environnement et l’économie.

Élise Mayrand a commencé à s’intéresser à l’acidification des océans, un phénomène causé par une augmentation du carbone dans l’atmosphère, il y a quelques années, après avoir lu des articles décrivant un problème de mortalité massive d’huîtres dans les écloseries sur la côte ouest des États-Unis et du Canada en 2005.

Au départ, les aquaculteurs ont soupçonné une infection bactérienne et ils ont pris des mesures pour tenter de régler la situation, mais sans résultats. Puisque la même situation s’est reproduite l’année suivante, un groupe d’ostréiculteurs a demandé au chercheur Burke Hales de l’Université de l’Oregon de faire des analyses. Il a constaté des concentrations de co2 et d’acidité très élevées dans l’eau.

Près du quart du dioxyde de carbone émis dans l’atmosphère se dissout dans les océans. Depuis la révolution industrielle du 19e siècle, la quantité de carbone émise dans l’atmosphère en raison de l’activité humaine continue de grimper.

En 1850, les océans affichaient en moyenne un ph de 8,2. En 2019, il avait baissé à 8,1. La différence semble minime, mais même les petites variations peuvent un impact majeur, souligne Élise Mayrand. Le ph est l’unité de mesure de l’acidification.

«En baissant d’une unité, le liquide devient 10 fois plus acide. En passant de 8 à 7, le liquide est 10 fois plus acide. De 8 à 6, il est 100 fois plus acide.»

Si rien ne change, le taux moyen de ph de l’océan baissera à 7,7 vers 2100.

«Chez les humains, le taux de ph dans le sang varie de 7,35 à 7,45. S’il descend de 0,2 unité, la personne entre en convulsion et peut tomber dans le coma. C’est pour dire que les petites variations ont un grand impact.»

Même si les êtres humains cessaient de produire du carbone cette semaine, l’acidification des océans se poursuivrait pendant plusieurs années avant que la situation se stabilise. L’alternative est cependant bien pire.

Élise Mayrand, professeure de biologie à l’Université de Moncton, campus de Shippagan. -Acadie Nouvelle: David Caron

«Si on ne fait rien, on va voir une diminution rapide du ph dans les océans avec des valeurs d’environ 7,4. Ce serait dramatique.»

La Péninsule acadienne

Pour mieux comprendre l’impact de l’acidification à l’échelle locale, Élise Mayrand s’est associée avec des partenaires pour mener de la recherche dans la baie de Saint-Simon. Des suivis ont aussi eu lieu dans les baies de Tracadie, de Caraquet et de Shippagan. Il y a de la production d’huîtres dans toutes ces eaux.

Il y a quelques années seulement, aucune donnée n’existait à ce sujet.

Dans la baie de Saint-Simon, les taux varient d’une saison à une autre. Durant l’été de 2017, les taux de ph dans ce cours d’eau ont varié entre 8,1 et 8,4. En hiver, il y a cependant eu deux épisodes d’environ 10 jours durant lesquels le taux de ph a chuté à 7,7.

«On se dit, ce n’est pas grave, c’est en hiver, mais les écloseries continuent de produire en hiver, donc ça peut être problématique.»

Les chercheurs ont beaucoup de pain sur la planche, avoue Mme Mayrand. L’impact de l’acidification sur plusieurs espèces marines n’est pas encore connu.

«Il nous manque de l’information. D’une autre part, ce ne sont pas toutes les espèces qui sont affectées de la même façon.»

«Les poissons se fient sur l’odorat et le goût pour naviguer dans leur environnement plus que leurs yeux. Des études ont démontré que les poissons dans les eaux acidifiés interprètent mal ce qu’ils détectent dans l’eau. S’ils détectent un prédateur, souvent ils vont rester sur place au lieu de se cacher ou ils confondent le prédateur pour une proie.»

Espoir?

La biologiste estime que les êtres humains détiennent les outils nécessaires pour renverser la vapeur. L’important est d’agir rapidement et efficacement.

L’histoire fourmille d’exemples de cas où les êtres humains ont adopté en grand nombre de nouvelles technologies en quelques années seulement, que ce soit les voitures, l’Internet ou les téléphones intelligents.

«Ça va prendre du leadership. Il faut demander aux élus, aux responsables politiques de mettre des moyens en place pour réduire la production de Co2. Il faut aussi qu’ils subventionnent la recherche et le développement qui permettra de développer des technologies qui émettent moins de carbone.»

Des recherches démontrent aussi que certaines espèces commencent à s’adapter à l’acidification. Une équipe ayant travaillé sur les œufs de morue s’est rendu compte que les œufs fécondés par un mâle en particulier étaient beaucoup plus résistent à l’acidification. Ça veut dire que certaines espèces ont la capacité génétique de s’adapter.»