Le sénateur McIntyre quitte le Sénat à contrecoeur

Le 4 septembre 2012, Paul McIntyre – alors avocat – recevait un coup de fil du premier ministre de l’époque, Stephen Harper. Celui-ci avait une proposition pour le moins attrayant pour le juriste : un poste au Sénat. Et il a accepté, devenant du coup le premier sénateur du Restigouche.

C’est toutefois en silence, loin des projecteurs, que le sénateur McIntyre a pris le chemin de la retraite le 2 novembre, jour de son 75e anniversaire de naissance. Il faut dire que le politicien n’a pas vraiment le cœur à  la fête. La retraite, très peu pour lui. Ça ne l’intéresse pas.

Il n’a toutefois pas le choix. Au Canada, les sénateurs ne peuvent siéger que jusqu’à l’âge de 75 ans.

«Je ne vais pas mentir, je ne suis pas vraiment content de partir. J’adore le Sénat. Je crois que je faisais bien mon travail et que j’aurais pu continuer encore longtemps. Le Sénat dans mon cas, c’est un marathon, pas un sprint. Et je commençais juste à me réchauffer», image le politicien et marathonien.

La course est son autre grande passion. Avant d’accepter le poste au Sénat, il avait complété 48 marathons. Il en a ajouté 12 autres au cours de ses sept années à Ottawa.

«J’ai toujours fait la promotion de l’activité physique. C’est extrêmement important de prendre soin de soi, et je trouve malheureusement que cette promotion est une lacune dans notre société», indique le nouveau retraité.

Celui-ci se dit en excellente forme physique et mentale. D’où son désir de rester en poste encore quelques années.

«Personnellement, je pense que j’aurais pu faire au moins cinq autres années sans problème. D’ailleurs, je suis tout à fait contre cette loi de la retraite forcée à 75 ans. Je serais plutôt d’avis à ce que l’on mette en place un système de vérification annuelle de la santé physique et mentale des sénateurs, disons à compter de 65 ans. Ce serait beaucoup plus équitable de la sorte», estime-t-il, avouant avoir vu plusieurs de ses collègues plus jeunes dans un bien pire état que le sien.

L’aventure sénatoriale

L’homme de Charlo aura donc servi sept années au Sénat, sept années bien remplies où il a pris son rôle très au sérieux. D’une assiduité exemplaire, il s’est fait un devoir non seulement d’être présents lors des débats, mais de s’exprimer.

Son personnel a estimé qu’au cours de son mandat, celui-ci aurait la parole – que ce soit pour poser des questions, effectuer des déclarations ou prononcer des discours – à  plus de 1700 reprises.

«C’est quelque chose dont je suis fier, car ça démontre que j’ai été actif, que j’ai pris mon travail au sérieux», souligne-t-il.

Celui-ci s’est notamment levé pour exprimer ses inquiétudes face à la légalisation de la marijuana et a voté contre le projet.

«Je le pensais à l’époque et je le pense toujours, c’est une erreur du gouvernement. On pensait enlever ça des mains du crime organisé, mais ça n’est vraiment pas arrivé. Je me suis également opposé au vapotage, une autre activité qui va contre mes valeurs», croit le Restigouchois.

Lors de son passage au Sénat, celui-ci aura servi au sein de plusieurs comités, dont celui sur les Affaires juridiques et constitutionnelles, de la Sécurité nationale et de la défense, des Langues officielles, et le sous-comité des Anciens Combattants.

Poste à pourvoir

Avec le départ à la retraite du sénateur McIntyre, le Nouveau-Brunswick se retrouve maintenant avec un poste à combler.

Sur les neuf autres en poste, d’autres départs sont imminents en raison de l’âge. C’est le cas du sénateur Joseph Day (Saint-Jean) qui doit céder sa place le 24 janvier. La sénatrice Carolyn Stewart-Olsen (Cape Spear) est la suivante sur la liste, plus précisément en juillet 2021.

Fait à noter, M. McIntyre a été le tout premier sénateur nommé en provenance du Restigouche, une nomination qui est survenue 145 ans après la création du Sénat. Fier de ses racines, il espère que le prochain candidat proviendra également de sa région.

«C’est important qu’il y ait une diversité au Sénat et que la province soit bien représentée selon ses régions. C’est vraiment dommage que ça ait pris autant de temps au Restigouche à avoir un représentant à cette chambre, et j’ose espérer que ça ne prendra pas encore plus d’une centaine d’années avant d’y revoir un sénateur issu de notre coin», dit-il.

À l’heure actuelle, le nord de la province compte quatre autres sénateurs, soit René Cormier (Caraquet), Percy Mockler (Saint-Léonard), Pierrette Ringuette (Edmundston) et David Adam Richard (Miramichi). Celui-ci est le plus récent sénateur à avoir été nommé au Nouveau-Brunswick (2017).

Une carrière bien remplie

Avocat de formation également diplômé en histoire, Paul McIntyre a longtemps pratiqué dans la région de Dalhousie. Avec son frère, il a fondé un petit cabinet d’avocat qui produira, au fil des ans, quatre juges (provincial et du Banc de la Reine), trois procureurs de la Couronne…et un sénateur.

Durant sa pratique, M. McIntyre agira notamment comme président de la Commission d’examen du Nouveau-Brunswick pendant 25 ans. Conservateur invétéré, il a même tenté à deux reprises de se faire élire sous cette bannière, sans succès par contre.

Outre son métier, le sénateur à la retraite cultive également une grande passion pour la littérature. Gagnant d’un prix national en poésie en 1965 dans le cadre de l’émission radiophonique Jeunesse oblige, il avait mis cette passion en veille avant de récemment renouer avec l’amour des mots.

Cela a débouché sur la publication – cette année – de son tout premier recueil, Survivre aux orages. Maintenant avec plus de temps devant lui, il entend continuer d’écrire et songe à publier un second ouvrage.

Ce dont il demeure néanmoins le plus fier, c’est de son implication communautaire. Durant son passage au Sénat, il a toujours remis une partie de son salaire à des oeuvres à but non lucratif. Il a notamment aidé la banque alimentaire de Dalhousie à faire l’acquisition d’un nouveau bâtiment. Les recettes de son dernier livre ont aidé un jeune handicapé de la région à faire l’acquisition d’un fauteuil roulant.

Mais par-dessus tout, ce dont il est le plus fier, c’est la création du parc Alfred-Victoria DesRosiers qu’il a cédé au Village de Balmoral, un sujet qui l’émeut toujours aujourd’hui.

«C’est un beau terrain. On aurait pu en faire une subdivision domiciliaire, un parc industriel, etc. Mais moi je voulais que ça reste tel quel pour que les générations à venir, les jeunes, puissent en profiter», dit-il.