Le N.-B. peut-il abandonner l’énergie nucléaire?

Avec la fermeture prochaine des centrales de Pointe Lepreau et de Belledune, le Nouveau-Brunswick tente de trouver une façon de combler ses besoins en énergie. La province doit-elle à nouveau faire confiance à l’énergie nucléaire?

L’énergie nucléaire a déjà sa place au Nouveau-Brunswick depuis longtemps. La centrale nucléaire de Pointe Lepreau, rénovée en 2012, représente environ 36% de la production d’énergie de la province. Cela se poursuivra jusqu’en 2040, la date de fin de vie utile de la centrale.

D’ici là, la province fera face au défi de combler le vide de la fermeture de Pointe Lepreau – et celui de la centrale de charbon de Belledune, qui devra cesser de carburer au charbon d’ici 2030.

La centrale de Point Lepreau fête son 36e anniversaire cette année. – Archives

La production d’électricité à l’aide d’une centrale nucléaire est attrayante puisqu’elle dégage peu de gaz à effet de serre. De l’autre côté de la médaille, elle produit des déchets nucléaires irradiés qui doivent être scellés et enfouis dans le sol à la fin de leur vie utile.

Certains croient néanmoins que le nucléaire a déjà une longueur d’avance pour surmonter le défi énergétique des prochaines décennies.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a investi 10 millions de dollars dans deux entreprises qui visent à construire de petits réacteurs nucléaires modulaires, ARC Nuclear et Moltex Energy.

Dans l’esprit de Mike Holland, ministre du Développement de l’énergie et des Ressources naturelles, le Nouveau-Brunswick est un terreau fertile pour ce genre de technologies.

«On a de très bons résultats avec Pointe Lepreau. On produit de l’énergie sans émissions de carbone. Cette technologie place le Nouveau-Brunswick dans la possibilité d’avoir une place dans la chaîne d’approvisionnement de réacteurs nucléaires, pas seulement pour la province, mais pour le monde», dit-il lors d’une entrevue téléphonique.

Mike Holland, ministre du Développement de l’énergie et des ressources. – Archives

Herb Emery, économiste à l’Université du Nouveau-Brunswick à Fredericton, est d’avis que la province aura de la difficulté à nourrir sa faim en énergie sans faire appel au nucléaire.

«Le Nouveau-Brunswick devra probablement devenir un importateur d’énergie à mesure qu’on démantèle nos vieilles sources d’énergie à moins qu’on trouve quelque chose d’autre.»

Selon lui, les énergies renouvelables à elles seules ne seront pas à la hauteur. Lorsqu’il n’y aura pas de vent ou de soleil, c’est à la fission nucléaire que l’on devra se chauffer.

«Je ne pense pas qu’on a la capacité de s’appuyer seulement sur les énergies renouvelables, et l’essentiel de notre génération proviendra de Lepreau ou d’autres centrales nucléaires, en plus de ce qu’on importera.»

Production d’électricité au Nouveau-Brunswick par type de combustible (2017) – Régie de l’énergie du Canada

David Coon, chef provincial du Parti vert, croit pour sa part que le problème peut être réglé en réduisant notre consommation d’énergie et en misant davantage sur des sources variées d’énergies vertes.

«Il y a un choix entre un avenir nucléaire et un avenir renouvelable. Les technologies renouvelables ont fait leurs preuves et ont des coûts bien connus. On doit commencer à faire ces changements immédiatement à cause de la crise climatique», explique David Coon en entrevue.

Le chef du Parti vert, David Coon. – Archives

Pierre-Olivier Pineau, professeur à HEC Montréal et titulaire de la chaire en gestion de l’énergie, croit qu’il serait possible pour le Nouveau-Brunswick d’éviter l’énergie nucléaire pour la simple raison que toutes les provinces voisines l’ont fait.

La recette serait de miser sur les énergies renouvelables et de travailler davantage avec les autres provinces. Il indique que ces technologies peuvent être coûteuses, mais qu’elles le sont moins lorsqu’elles sont partagées sur un plus grand territoire.

«N’importe quelle personne qui analyse les marchés de l’électricité, surtout lorsqu’on parle d’énergie renouvelable, va conclure que c’est très important de s’interconnecter et d’échanger. On peut gagner en souplesse en ayant des systèmes interconnectés pour échanger l’énergie. Il va aussi falloir faire des efforts d’efficacité énergétique.»

Pour l’instant, les provinces de l’Atlantique sont protectionnistes en matière d’énergie et hésitent à travailler ensemble, selon lui.

Vendre des réacteurs, est-ce réaliste?

En entrevue, le ministre Mike Holland souligne la possibilité que le Nouveau-Brunswick fasse partie de la chaîne d’approvisionnement de petits réacteurs modulaires (PRM).

Pour lui, l’attrait est donc double: non seulement le Nouveau-Brunswick ferait usage de ces technologies à domicile, mais la province pourrait héberger des entreprises qui construiraient de petits réacteurs avant de les acheminer ailleurs, gagnant ainsi sur le plan économique.

Herb Emery, économiste à UNB, explique qu’il est crucial d’être rapide à mettre ces technologies en marché, et que cette bataille est peut-être perdue d’avance.

«Le risque au Canada, c’est qu’on développe ces technologies lentement. Si on est timides et que quelqu’un d’autre est plus rapide, on a beau avoir eu l’idée, la technologie et les ressources, mais on n’a pas franchi la ligne d’arrivée en premier.»

Les deux entreprises qui développent ces réacteurs espèrent pouvoir construire des modèles de démonstration à proximité de la centrale de Pointe Lepreau d’ici 2035.

Pierre-Olivier Pineau estime lui aussi que les PRM représentent un pari risqué sur le plan commercial.

«Il faudrait qu’on arrive à vendre plusieurs dizaines de PRM dans le monde, mais quand je regarde le marché du nucléaire, il y a des dizaines d’entreprises dans le monde qui veulent développer ces concepts, et ce, en Chine, en Europe et aux États-Unis.»

Il estime que les entreprises néo-brunswickoises auraient donc de la difficulté à trouver des acheteurs à l’international.