Tour de communication de Tracadie: arrêt temporaire des travaux

La construction d’une tour de communication sur le chemin Saulnier Ouest à Tracadie est en suspens. Il y a quelques jours, l’ensemble du conseil municipal a appuyé l’arrêt temporaire des travaux.

Les travaux pourraient reprendre éventuellement, mais avant les élus souhaitent examiner les états financiers de la municipalité et les coûts à venir pour ce projet qui fait beaucoup parler de lui à Tracadie depuis quelques mois. La facture ne cesse d’augmenter, déplore le maire Denis Losier.

À l’origine, ce projet a été décidé par un ancien conseil municipal. Sa pertinence est revenue à l’ordre du jour à la suite de la crise du verglas de janvier 2017, car on prévoyait surtout utiliser cette tour lors de situations d’urgence.

Les coûts initiaux étaient évalués à moins de 50 000$, donc les élus n’avaient pas besoin de lancer d’appels d’offres. Jusqu’à maintenant, les coûts s’élèvent à environ 110 000$ et la tour n’est toujours pas fonctionnelle, ajoute le maire Losier.

«Ce n’est pas une question de ne pas être en faveur, mais quand je suis arrivé en poste en 2016, le sujet de la tour de communication faisait déjà partie des discussions. L’instigateur du projet, Frank Wilson McLaughlin avait fait des démarches avec le conseil et le gouvernement provincial pour obtenir des fonds.»

En fait, le financement demeure l’une des principales sources de contestation. Selon le maire Losier, la contribution de la Société de développement régional se chiffre à environ 25 000$. D’après Frank Wilson McLaughlin, propriétaire de la tour, mais pas du terrain sur laquelle elle se trouve, un représentant du gouvernement aurait affirmé que la province a déboursé entre 43 000$ et 45 000$.

L’Acadie Nouvelle n’a pas été en mesure de confirmer ces chiffres.

Le 25 janvier 2018, une majorité des membres du conseil a voté en faveur d’un paiement de 53 028$ pour poursuivre les travaux sur la tour.

«Aujourd’hui, on se trouve avec un projet qu’on dit devait coûter 25 000$ et là les coûts ont dépassé les 110 000$, puis ce n’est pas encore terminé. Il a fallu que la municipalité assume une facture supplémentaire et imprévue de 53 000$.»

À ce sujet, M. McLaughlin estime que le public n’a pas toute l’information. D’abord, il juge que les travaux auraient pu coûter bien moins cher sans certains délais administratifs.

«La main-d’œuvre aurait pu coûter moins si j’avais eu le plein contrôle des travaux. J’aurais pu budgéter ça et planifier ça autrement. Au lieu de coûter 53 000$, ça aurait tourné autour de 35 000$.»

Il affirme aussi avoir couvert les coûts de certaines tâches majeures, comme le déboisement du terrain, de sa propre poche.

Une technologie pertinente?

Selon Denis Losier, l’autre problème réside dans le fait que la technologie de la tour est conçue pour la radioamateur. Depuis 2016, plusieurs corps de police, de services d’incendie, de travailleurs paramédicaux, de conducteurs de chasse-neige et d’autobus scolaire de la province ont commencé à laisser de côté ce mode de communication en faveur d’un système de radiocommunications mobiles à ressources partagées (mieux connu sous l’appellation TMR: trunked mobile radio).

«La municipalité a fait l’acquisition d’un système TMR pour au-delà de 100 000$. La réflexion a eu lieu autour de la table du conseil et il a été déterminé que nous n’avons pas vraiment besoin de cette tour pour les mesures d’urgence.»

«La province compte une centaine de tours dans la province pour le TMR et tous les services de mesures d’urgence l’utilisent. En 2015, la construction de cette tour était un projet important, mais au fil du temps, c’est devenu moins pertinent», argumente M. Losier.

Frank McLaughlin n’est pas du tout de cet avis. La radio amateur a joué un rôle important lors de plusieurs crises récentes, dit-il, comme pour la crise du verglas au Québec en 1998 et pour le 11 septembre 2001.

Même si la tour de Tracadie n’était pas opérationnelle durant la crise du verglas de janvier 2017, M. McLaughlin a utilisé ses connaissances en radioamateur pour transmettre des messages provenant de Fredericton à différents services d’urgence à partir du CCNB à Caraquet.

«Lors d’une future crise du verglas, la radioamateur sera capable de répondre à toute personne en état d’urgence, comme les résidents d’un foyer de soins. On fait la liaison entre eux et la GRC, les pompiers et les ambulances.»

Selon M. McLaughlin, l’emplacement de la tour sur le chemin Saulnier Ouest a été choisi en raison de son positionnement stratégique. Sur l’Île Miscou, où elle se trouvait auparavant, elle ne pouvait capter toutes les ondes. Ce ne sera pas le cas à Tracadie.

«C’est un point de repère central pour communiquer avec l’extérieur.»

«Dans la Péninsule acadienne, il y a environ 200 détenteurs de licence de radioamateur. Ils sont prêts à aider en cas d’urgence.»

Travaux presque terminés

M. McLaughlin est déçu par la décision récente du conseil municipal. Selon lui, il manque moins de 7000$ en investissements pour terminer les travaux et mettre la structure en fonction.

Plusieurs questions demeurent non résolus, rappelle Denis Losier. Entre autres, une entente de gestion doit toujours être négociée. «On ne sait toujours pas qui s’en occuper.»