Vivre dans la rue… et dans le froid

Au moins 50 itinérants dorment en dehors d’un refuge ou d’un logement, selon le comité directeur des sans-abri du Grand Moncton. En attendant l’ouverture de la nouvelle Maison Nazareth, ils risquent les engelures et les dangers liés aux substances apaisant la sensation du froid.

Ryder n’a pas dormi depuis au moins trois jours. Sa veille dure depuis que la Ville lui a demandé de quitter l’abri de jardin dans lequel il se réfugiait, derrière une maison abandonnée de Moncton.

«Je marche toute la nuit pour me réchauffer, précise le trentenaire, sous le ciel gris de novembre. Je ne sais vraiment pas où j’irai.»

Pour ne pas s’endormir, il prend une substance dangereuse: la méthamphétamine.

«C’est la drogue parfaite pour te tenir éveillé et ne pas mourir de froid, se justifie-t-il. Même si ça dépend du temps, c’est dangereux de dormir dehors à cette période de l’année.»

Ryder n’a pas dormi depuis au moins trois jours. Il marche toute la nuit pour se réchauffer et éviter de mourir de froid. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

La directrice du comité directeur des sans-abri du Grand Moncton, Lisa Ryan indique que l’automédication est l’un des risques qu’encourent les itinérants dormant en dehors d’un refuge ou d’un logement à l’arrivée du froid.

«Les gens concernés ne prennent pas garde à leur température corporelle et ne remarquent pas les engelures.»

Se cacher dans les bois

Elle compte 50 personnes à la merci des éléments à Moncton, sur les 151 que comporte la liste dressée par ses services.

«Elles vont marcher durant la nuit, mais aussi chercher des halls de guichet automatique, des bâtiments abandonnés, des sources de chaleur provenant de grilles d’aération…», détaille-t-elle.

Stephen a choisi la première option listée par Mme Ryan pour se reposer à l’abri du froid. Le quinquagénaire passe ses nuits devant les machines de retrait de la Banque TD.

«Ça gèle, s’exclame-t-il à propos de la température, qui est descendue jusqu’à -9°C dans la nuit du 17 au 18 novembre. Tout le monde tombe malade. Mais la banque est chauffée.»

Certains des résidents de Tent City ont replanté leur tente dans les bois. «Ils y sont un peu mieux cachés», explique Mme Ryan.

Dormir dans la rue

John s’emmitoufle dans de nombreux vêtements, s’enveloppe de couvertures et dort non loin de la rue Main. Le trentenaire raconte être itinérant depuis dix ans.

«Quand j’étais à Montréal, j’ai appris que l’humain est plutôt résilient, se souvient-il. J’avais construit une petite cabane derrière un bâtiment et on m’avait donné un duvet pour dormir à -40°C.»

«Parfois, il fait froid, surtout pour ma chienne, Rosa. Le nouveau refuge doit ouvrir», dit-il néanmoins à propos de la nouvelle Maison Nazareth.

Le directeur de l’établissement, Jean Dubé a annoncé qu’elle ouvrirait avant 2020, après avoir échoué à la rendre fonctionnelle en août.

Un refuge pour sans-abri n’est qu’une infime partie de la solution à l’itinérance. Mme Ryan demande la construction de nouveaux logements abordables à Moncton.

«Nous voyons les gens tomber dans le système des refuges et nous ne pouvons pas être sûrs qu’ils y resteront, prévient-elle. Il y a un important groupe de gens qui dorment dans une situation dangereuse. Si nous ne faisons pas quelque chose rapidement, j’ai très peur que, même avec le nouveau refuge, il y ait des morts.»