Cabinet Trudeau: des décisions qui déçoivent au N.-B.

Le Nouveau-Brunswick perd du poids politique dans le nouveau cabinet de Justin Trudeau, dont les 36 membres ont été assermentés mercredi après-midi.

Dominic LeBlanc devient président du Conseil privé de la Reine. Il est remplacé au ministère des Affaires intergouvernementales par Chrystia Freeland, qui est aussi devenue vice-première ministre.

«Il est président du Conseil privé. Il est dans le Cabinet, mais ce n’est pas un ministère, ça ne gère pas des programmes ou des budgets», nuance le politologue Roger Ouellette de l’Université de Moncton.

Même s’il ne s’agit pas d’un poste ministériel, le politologue Donald Savoie (aussi de l’Université de Moncton) estime que Dominic LeBlanc jouera un rôle important au sein du gouvernement.

«Ça va permettre à Dominic de voir tous les dossiers qui vont être soumis pour décision. C’est un poste clé, et c’est un poste qu’on donne habituellement à un ministre senior», dit-il.

Ginette Petitpas Taylor perd son poste de ministre de la Santé et redevient whip adjointe du gouvernement, avec Mark Holland comme whip en chef.

Le whip du gouvernement est chargé de faire respecter l’unité du parti lors de votes en Chambre.

Il s’agit d’une perte de terrain pour la députée de Moncton-Riverview-Dieppe, selon la politologue Stéphanie Chouinard, du Collège militaire royal du Canada.

«C’est une grosse perte pour Ginette Petitpas Taylor. Ce n’est même pas un poste au cabinet, donc ça envoie le signal que de toute évidence, sa performance comme ministre de la Santé n’a pas été jugée acceptable», explique-t-elle.

Sur son compte Twitter, Mme Petitpas Taylors a remercié le premier ministre de lui avoir permis de servir dans son cabinet.

«Avoir eu la chance d’aider des gens de partout au pays comme ministre de la Santé a été un immense honneur.»

Le poste de ministre de la Santé sera occupé par Patty Hajdu, députée de Thunder Bay-Supérieur-Nord, en Ontario.

Malgré les pressions pour que le ministre de l’Agence de promotion économique du Canada atlantique soit un député de l’Atlantique, la responsabilité revient à Mélanie Joly, députée d’Ahuntsic-Cartierville, à Montréal.

C’est une nouvelle qui déplaît à Donald Savoie, qui a déjà critiqué ce déracinement de l’APÉCA à plusieurs reprises.

«On aurait pu avoir un ministre de l’Atlantique très bien placé pour assumer ces responsabilités, et je suis déçu. Le message de développement économique dans l’Atlantique devrait être articulé par quelqu’un qui habite chez nous, qui est ici toutes les fins de semaine, et qui connaît la région à fond», grince-t-il au téléphone.

La place de l’APÉCA a aussi fait réagir le député fédéral conservateur de Fundy-Royal, Rob Moore.

«Non seulement Trudeau n’a pas nommé un ministre responsable de l’APÉCA venant de la région, mais il n’a nommé aucun ministre du Nouveau-Brunswick et a enlevé à la province son seul portefeuille ministériel. C’est inacceptable.»

Mélanie Joly perd son poste de ministre du Patrimoine canadien en faveur de Steven Guilbeault. Toutefois, elle gardera vraisemblablement dans ses responsabilités le dossier de la modernisation de la Loi sur les langues officielles, puisqu’elle devient ministre du Développement économique et des Langues officielles.

Alexandre Cédric Doucet, vice-président de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, salue cette décision.

«Notre organisme pense avoir en Mme Joly une forte alliée dans notre mission de voir moderniser la Loi sur les langues officielles.»

Justin Trudeau installe Jim Carr comme représentant spécial du premier ministre pour les prairies. Le député de Winnipeg-Centre-Sud devra assurer une représentation du gouvernement libéral en Alberta et en Saskatchewan, où les libéraux n’ont obtenu aucun siège, et au Manitoba, où ils n’ont obtenu que quatre sièges.

Il oeuvrera donc dans une situation politique délicate, selon Stéphanie Chouinard

«C’est l’équivalent d’un lieutenant. Il devra assurer une représentation de l’Ouest, mais M. Carr est en rémission d’un cancer en ce moment, donc ça risque d’être un poste de conseil plutôt qu’un poste de gestion de plein pied», explique Stéphanie Chouinard.

Si le Nouveau-Brunswick perd du poids politique avec ce remaniement de début de mandat, Roger Ouellette estime que ce n’est pas anormal.

«Habituellement, il y a une représentation des quatre provinces de l’Atlantique dans le cabinet. Dans l’ancienne configuration, on avait deux voix au cabinet, mais maintenant on n’en a qu’une. Compte tenu de la taille de notre province, ce n’est pas injuste.»

Ailleurs dans les Maritimes

Lawrence MacAulay, député de l’est de l’Île-du-Prince-Édouard, conserve le portefeuille de ministre des Anciens combattants et ministre associé de la défense nationale.

Le poste de ministre des Pêches et océans et de la Garde côtière canadienne sera occupé par Bernadette Jordan, députée néo-écossaise de la circonscription de South Shore-St. Margarets.

L’ancien détenteur de ce poste, Jonathan Wilkinson, devient ministre de l’Environnement et du Changement climatique.