De douloureux souvenirs ravivés à Dalhousie

Les impacts de la fermeture imminente de la Fonderie Brunswick à Belledune ne se feront pas ressentir que dans la région Chaleur. On craint également le pire dans la région voisine, au Restigouche.

C’est que cette entreprise emploie tout de même plusieurs travailleurs en plus de brasser des affaires avec des fournisseurs de biens et services en provenance des communautés limitrophes du Restigouche-Centre et du Restigouche-Est.

À Dalhousie, la nouvelle de la fermeture a fait ressurgir les souvenirs du coup de massue qui s’est abattu sur la région en 2008, date où le principal industriel – la papetière AbitibiBowater – a fermé ses machines à papier.

En fait, on parle pratiquement d’un copier-coller. Comme à Belledune, la nouvelle est tombée en novembre et la fermeture était imminente. Dans les deux cas, on parle de plus de 400 emplois bien rémunérés. Et dans les deux cas également, il s’agit d’une décision soudaine, finale et sans appel.

Toutefois, dans son sillage, AbitibiBowater a aussi entraîné avec elle l’usine chimique d’Olin Chlor Alcali et précipité la fermeture de la centrale thermique d’Énergie NB. Sans client, le Port de Dalhousie n’est depuis plus l’ombre de lui même. Ainsi, en l’espace de quelques années à peine, on parle d’environ 600 pertes d’emploi directs auxquels s’ajoutent facilement 400 autres pertes collatérales, selon les divers analystes.

Pas surprenant, donc, que l’on craigne autant les impacts de la fermeture de la fonderie, une décision perçue comme un autre coup de poing en plein ventre.

«Notre communauté ne s’est jamais remise de ces fermetures. Encore aujourd’hui, on est pris à démolir des maisons laissées à l’abandon. Et là on rajoute une autre fermeture dans le nord de la province, un autre gros industriel. Ça va faire mal jusqu’ici, c’est garanti», craint le maire de Dalhousie, Normand Pelletier.

M. Pelletier a d’ailleurs tenu à souligner son appui aux travailleurs de l’usine et à la communauté de Belledune lors de la rencontre publique de son conseil, lundi soir.

Le maire connaît des employés qui travaillent à la fonderie. Certains, même, d’anciens du moulin ou de l’usine chimique qui avaient réussi à se dénicher un autre non loin d’ici, une alternative intéressante au travail dans l’Ouest.

«Je ne souhaite pas ce qui nous est arrivé à personne, et surtout pas à nos voisins immédiats. C’est terrible ce qui se passe à Belledune», exprime-t-il.

Collaboration

Normand Pelletier estime que ce nouveau coup dur pour le nord de la province est toutefois l’occasion parfaite pour tisser, plus serrés encore, les liens de complicités qui unissent déjà le grand Restigouche-Chaleur.

«Je crois que nos deux ports de mer ont un grand rôle à jouer dans le maintien et la croissance de nos économies. Je l’ai dit par le passé et je le dis à nouveau: leurs dirigeants devraient s’asseoir et travailler conjointement afin d’attirer de nouvelles entreprises et occasions d’affaires. C’est vrai pour eux, mais aussi pour nous, les élus. Je crois qu’il est grand temps que l’on se serre les coudes», estime le maire.

Il invite ses homologues à se pencher sur un potentiel forum régional ou une table ronde portant sur la fermeture et les perspectives d’avenir.

«Je crois que ça pourrait être intéressant de discuter sur ce que l’on pourrait faire pour aider notre portion du nord de la province. Il faut aussi que l’on trouve des moyens de stopper l’hémorragie au niveau économique et social. Car ce ne sont pas que des emplois que nous perdons, mais aussi des gens, et ça aussi ça a des conséquences», dit le maire.

Aider le Nord

S’il ne croit pas que toutes les solutions de relance doivent provenir des gouvernements (fédéral et provincial), Normand Pelletier est toutefois catégorique sur le fait qu’ils ont aussi un rôle à jouer.

«Dans notre cas, ils ont échoué, tous autant qu’ils sont. L’aide n’a pas été à la mesure de la perte, même pas près. Les gouvernements n’ont pas mis leurs culottes à l’époque et on paye encore pour aujourd’hui. Et ce que je trouve dommage, c’est qu’il ne semble pas y avoir une grosse cellule de crise organisée pour traiter de la question de la fonderie. Il me semble qu’avec toutes les fermetures d’industries qui se sont produites dans le Nord, le gouvernement devrait avoir appris de ses erreurs», estime M. Pelletier.

Le retour progressif des jeunes

Alors que la Fonderie Brunswick annonce sa fermeture, à Dalhousie, Manon Laviolette, elle, se prépare pour l’ouverture officielle, ce jeudi, de son commerce, la Clinique de santé holistique et studio de yoga Holistic Homeostasis. Celle-ci offre des services en naturopathie et soins énergétiques, en plus de proposer des sessions de yoga et de méditation. Un emploi de créé versus tous ceux de perdu… On est très loin du compte. Mais la jeune entrepreneure voit toutefois les choses d’un autre œil.

«Nos petites entreprises ne peuvent pas compenser les pertes de la fonderie ou remplacer la papetière, c’est clair. Mais je crois que c’est un début. L’entrepreneuriat local a beaucoup à apporter aux communautés. Seuls, nous n’avons pas l’envergure des gros industriels, mais ensemble, on demeure une force», croit-elle.

À preuve, elle n’est d’ailleurs pas la seule à avoir misé sur Dalhousie. Récemment, une autre jeune professionnelle, Tania Parker, ouvrait il y a quelques semaines sa clinique de physiothérapie dans la ville portuaire. L’an dernier, deux jeunes chiropraticiens en début vingtaine choisissaient également Dalhousie pour démarrer leur pratique.

«Moi, je trouve ça positif de voir que les jeunes reviennent, qu’ils se lancent comme ça en affaire. Ça démontre qu’il y a de l’espoir pour le coin. Ça remet de la vie. J’ai personnellement habité à Ottawa pendant quinze ans, en Allemagne pendant quatre autres, et je suis revenue ici par choix», raconte Mme Laviolette.

Le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, a d’ailleurs reconnu publiquement cette «vague» de nouveaux jeunes professionnels intéressés par sa communauté.

«C’est plaisant de voir de jeunes entrepreneurs venir s’installer dans notre municipalité et dans notre région. Ça apporte un peu d’espoir des moments comme ça où on ne parle que de fermetures. C’est encourageant», dit-il.