Les éoliennes, des géants tranquilles à Lamèque

C’est bizarre à dire, mais on voit mieux les éoliennes de l’île Lamèque quand… on n’est pas sur l’île Lamèque! Depuis maintenant neuf ans, ces 30 moulins à vent font désormais partie du paysage. Tellement, en fait, que les gens ne les voient plus. Ou presque.

Dans la foulée de la contestation des citoyens d’Anse-Bleue au projet Chaleur Ventus, l’Acadie Nouvelle est allée faire une tournée à Lamèque afin de tâter le pouls des citoyens devant la présence de ces turbines, ces hélices et ces tours qui sont devenus en quelque sorte une marque de commerce dans la communauté de la Péninsule acadienne.

Au petit restaurant du Dépanneur DeSylva, on jase de tout et de rien. Anaclet Larocque, Jean-Luc Savoie et Émile Chiasson prennent un bon café. Il a suffi de dire que nous étions là pour les éoliennes que la discussion s’est rapidement animée.

«Je les vois de ma maison de Petit-Shippagan. Elles sont proches. Des fois, je vois les palettes. Je les ai vues construire et ça ne m’a pas bâdré», indique M. Larocque, qui a permis aux constructeurs d’enfouir des fils de transmission d’électricité sur ses terres.

«Ça me fait un petit revenu. Il y a un temps, ça disait que c’était cher de produire de l’électricité éolienne. Mais nous ne sommes pas le Québec, nous n’avons pas de rivières», ajoute-t-il.

M. Savoie, de Haut-Lamèque, va souvent les observer en véhicule tout-terrain. À son avis, la communauté a gagné de voir ces grandes tours pousser sur les terres de l’île. Cela a notamment donné de l’ouvrage et stimulé l’économie pendant la phase de construction, indique-t-il.

«Ça nous fait quelque chose. Le soir, on voit leurs lumières rouges. Ils ont bâti de bons chemins, meilleurs que nos routes. Ils ont bien bâti ça, sans faire de cochonneries. Je ne m’aperçois pas qu’elles sont là. On finit par les oublier. Personnellement, je trouve ça beau», juge-t-il.

Émile Chiasson s’invite dans la conversation. Lui aussi estime que les éoliennes ne causent pas de problème.

«On ne les entend pas. Une soirée, j’ai entendu un “Wouch! Wouch!”, mais plus après. De ma maison, j’en vois cinq ou six. La compagnie a fait de beaux chemins pour ceux qui ont loué leurs terres», argumente-t-il.

Et Anse-Bleue face aux intentions de Naveco Power d’y installer cinq tours? «Ça doit être le fait que les retombées iront à Bathurst qui dérange, réfléchit M. Larocque. Je ne sais pas ce qui est le mieux, mais bien que ça se chicane un peu.»

«Celui qui fait quelque chose se fait critiquer, celui qui ne fait rien se fait critiquer», souligne M. Savoie.

«Pollution visuelle»

Au bout de la rue de l’Amitié, Nathalie Robichaud a dans son champ de vision quelques éoliennes. Elles ne sont pas loin, peut-être un kilomètre tout au plus.

«Je n’entends pas de bruit. Jamais. Ça ne me dérange aucunement», confie-t-elle.

Jean-Bernard Savoie termine sa marche, près de la rue Louis. Lui aussi les voit de près. Mais ce n’est pas un ennui, évalue-t-il.

«On n’entend pas de bruit. Pour moi, ça ne me cause pas de trouble. Des fois, je vais les voir de plus près en VTT. Proche, tu entends un “Whish!” Mais ce n’est pas quelque chose qui me dérange.»

Non loin de l’Éco Parc de Lamèque, Cécilia Bezeau termine d’installer ses décorations extérieures de Noël. Quand elle tourne la tête vers la droite, trois éoliennes tournent. Même si elle s’est faite à l’idée avec le temps, elle n’aime pas beaucoup ça.

«C’est de la pollution visuelle, pense-t-elle. Ça défigure le paysage. C’est vrai qu’on n’entend pas de bruit. Mais je ne voudrais pas les avoir en arrière de ma maison. Je comprends les gens d’Anse-Bleue de s’opposer. Proche, ce n’est pas acceptable.»

Son conjoint Michel Bezeau s’affaire à compléter un modèle réduit de bateau de pêche dans son atelier. À notre arrivée, il vide son sac.

«Au début, on nous a promis de belles choses. Mais là, on se retrouve avec de grands territoires sans arbres. Des éoliennes, ça doit être construit à l’écart, dans les montagnes. Ici, avec les terres ouvertes, il n’y a plus rien qui freine le vent. Si on m’avait demandé de placer des tours sur ma terre, j’aurais dit non», affirme-t-il.

Le couple appuie la population d’Anse-Bleue qui cherche à contrer le projet de Chaleur Ventus.

«Est-ce que cela a été bon ou pas bon? Ce que je peux dire, c’est que je suis d’accord avec Anse-Bleue. Elle doit se battre contre les éoliennes», assure M. Bezeau.

Qu’on soit pour ou contre, une seule chose est certaine: les éoliennes de l’île Lamèque tournent, tournent, tournent…