L’Hôpital régional de Campbellton en état d’urgence

Dans un geste sans précédent, le Réseau de santé Vitalité a décrété l’état d’urgence à l’Hôpital régional de Campbellton. Cette situation provoque l’abandon momentané des services de chirurgie, d’obstétrique ainsi que le détournement des urgences vers les hôpitaux voisins.

Plus de chirurgies ni d’accouchements… Aucune nouvelle admission… Les ambulances détournées… L’Hôpital régional de Campbellton déborde et des mesures musclées entreront en vigueur à compter de vendredi afin de répondre à la crise.

L’hôpital est aux prises avec l’une des pires interruptions de services des dernières années, sinon même de son histoire. Et ce geste survient alors que la saison grippale commence à peine.

Dans une note diffusée à l’interne en fin de journée mercredi et dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie, la direction avisait ses employés que le taux d’occupation de l’hôpital avait atteint un stade critique. L’information a été corroborée jeudi en après-midi lors d’un point de presse du PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne.

Ainsi, en date de mercredi, on dénombrait notamment 42 patients sur des civières. En raison de ce débordement, des mesures qualifiées «d’extrêmes» par le réseau lui-même, ont été mises en place pour une période minimale d’une semaine (jusqu’au vendredi 29 novembre), bien qu’assujettie à une réévaluation quotidienne de la situation.

«On ne parle pas ici d’une crise, mais d’un cas de congestion exceptionnel», soutient M. Lanteigne.

Ces mesures demeurent lourdes de conséquences. Plus question d’accepter de nouvelles admissions jusqu’à avis contraire. Les ambulances seront détournées vers les établissements voisins, notamment ceux de Bathurst ou même de Maria au Québec.

L’impact pourrait même se faire ressentir jusqu’à Saint-Quentin, Miramichi et Edmundston. Au besoin, les cas les plus graves pourront être stabilisés à Campbellton, mais le mot d’ordre est bel et bien de transférer les urgences.

Le service d’orthopédie sera également effectué à partir de l’hôpital de la région Chaleur. La clinique externe (services ambulatoires) ferme aussi temporairement ses portes.

Ça ne s’arrête pas là. Jusqu’à nouvel ordre, l’hôpital ferme ses services de chirurgies et d’obstétriques. Il s’agira donc de la deuxième fois en l’espace du dernier mois que les accouchements ne seront plus offerts à Campbellton. L’impact en chiffres? Une trentaine de rendez-vous médicaux annulés et 86 chirurgies reportées.

On demande également au personnel de retourner le plus rapidement à la maison les patients jugés aptes à le faire, question de désengorger des lits. Ce geste qui doit néanmoins être effectué suite à une évaluation rigoureuse et ne mettant pas la santé de ceux-ci à risque.

«Ce n’est pas la première fois que (les hôpitaux de) Bathurst et Campbellton se dépannent, ça arrive continuellement», note M. Lanteigne.

Il estime que les initiatives mises en place devraient permettre de décongestionner l’hôpital à court terme.

Débordement

Selon le Réseau de santé Vitalité, cette situation est le résultat combiné d’une congestion au niveau des lits et d’un manque de ressource.

L’hôpital a de beaucoup dépassé sa capacité d’accueil, et en grande partie en raison de la clientèle nécessitant des soins à longue durée, donc en fait les personnes âgées en attente d’une place en foyer de soins.

Sur les 145 lits de soins aigus de l’hôpital, près de la moitié est présentement occupés par cette clientèle. Cette situation qui survient alors que plus d’une trentaine de lits sont toujours vacants au Foyer de soins Village de Campbellton. L’établissement, mis sous tutelle par le gouvernement en août, tente de recruter du personnel afin de rouvrir ces lits vacants.

Bathurst reçoit

Mais ce surplus de patients en provenance du Restigouche ne risque-t-il pas de créer des problèmes d’engorgement ailleurs?

Selon la Dre Nathalie Banville, des effectifs additionnels ont été mis en place à l’Hôpital régional de Bathurst. Des lits supplémentaires ont également été ouverts en prévision de cet afflux soudain de patient.

«On a également changé de programme opératoire de sorte à avoir plus de chirurgies d’un jour et moins de chirurgie admise afin de pouvoir absorber le volume de l’urgence de Campbellton», indique-t-elle.

Vives réactions

Les réactions n’ont pas tardé à la suite de l’annonce de Vitalité.

À l’Assemblée législative, dans un geste peu commun, conservateurs et libéraux ont mis la politique de côté le temps d’une mêlée de presse.

«Nous prenons cette situation très au sérieux et désirons travailler ensemble afin de la résoudre», a souligné  le ministre de la Santé, Ted Flemming, accompagné des trois députés libéraux touchés par la situation, Gilles LePage (Restigouche-Ouest), Guy Arseneault (Campbellton-Dalhousie) et Daniel Guitard (Restigouche-Chaleur).

À court terme, le ministre a souligné que des lits étaient en voie d’être disponible au foyer de soins local, ce qui aidera grandement la situation.

Surpris de l’ampleur de la crise à Campbellton? «On savait depuis un moment qu’il y avait un orage qui se préparait», a-t-il indiqué.

Il a rappelé que le vieillissement de la population dans la province, combiné au faible taux de croissance démographique et aux difficultés de recrutement de personnel, risquait d’amplifier ce problème, au Restigouche comme ailleurs.

Ces commentaires rejoignent ceux du président de la Société médicale du NB, Chris Goodyear, qui suggère au ministre d’améliorer l’accès aux foyers de soins.

Le député Arseneault estime pour sa part qu’il est urgent de trouver des solutions à ces problèmes. Il s’est toutefois dit rassuré de voir le ministre déterminé à s’attaquer à la situation.

«On a vu des coupes de services à Bathurst, à Moncton, à Edmundston. Ce sont des situations malheureuses qui surviennent partout, non seulement à Campbellton.On doit s’asseoir ensemble afin de trouver des solutions», a souligné le député.

S’il atteste aussi de la problématique, son collègue de Restigouche-Ouest ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour les patients de son coin de pays.

«Se faire transférer de Kedgwick à Bathurst, ça fait long», a indiqué le député.

Inquiétudes

Du côté local, la mairesse de Campbellton, Stéphanie Anglehart-Paulin, était présente au point de presse du réseau. Elle aussi cachait mal ses inquiétudes.

«C’est impossible de fermer les yeux le soir et de ne pas être inquiète en sachant que s’il m’arrivait quelque – à moi ou un membre de ma famille –, l’ambulance ne pourrait pas nous transporter à l’hôpital qui se trouve pourtant à quelque coins de rue seulement de chez moi. C’est vrai pour moi comme pour tous mes concitoyens», indique Mme Anglehart-Paulin.

Cette dernière s’est par ailleurs dite soulagée par les propos de M. Lanteigne à savoir que cette situation ne serait pas un prélude à un exode permanent de certains services dans la région voisine.

«Il a été clair sur le fait que le réseau n’avait pas l’intention de déménager des services à Bathurst. Je le crois et de là, on va garder un œil sur la situation afin de voir si le temps me donne raison», poursuit-elle.