Quand l’obsession pour la nourriture devient une souffrance

Lors d’une crise, Jérémie Drapeau pouvait ingérer d’importantes quantités de malbouffe en très peu de temps. Le jeune homme de Dieppe a fini par mettre le mot sur son trouble alimentaire: l’hyperphagie. Aujourd’hui, il apprend à reprendre le contrôle et développer une relation plus saine avec la nourriture.

Jérémie vit depuis longtemps avec des symptômes dépressifs et une faible estime de lui-même. Manger de façon compulsive a souvent été un moyen pour lui de fuir les émotions négatives.

«Mon refuge, c’étaient les aliments ultra-transformés, le fast-food, raconte l’infirmier de 22 ans originaire de Kedgwick. Je pouvais arrêter quatre fois au service au volant en une heure et demi. Le lendemain, j’étais dépressif et je ne sortais pas parce que je me sentais trop mal.»

Une semaine pouvait être ponctuée par 10 à 12 épisodes hyperphagiques. Chaque crise renforce le sentiment de honte, de culpabilité et les symptômes d’inconfort physique, conduisant parfois Jérémie à s’isoler socialement. Ainsi s’enclenche un cercle vicieux menant à plus de mal-être.

Ce n’est qu’en avril dernier que le jeune homme a fini par réaliser qu’il souffrait d’un trouble alimentaire. «C’est une maladie, la nourriture occupe entièrement ta pensée et te cause de l’anxiété. Ça crée un blocage, qui affecte tes activités quotidiennes et t’empêche de fonctionner», confie-t-il.

«Avant ça, je pensais que j’avais juste un gros appétit, je ne réalisais pas qu’il y avait un problème. Je croyais que je manquais simplement de motivation (pour résister aux crises) parce que c’était ce que mon entourage me disait, c’était ce que la société me disait.»

Le Néo-Brunswickois a alors pris la décision de participer à la série docu-réalité Un vrai selfie réalisée par Unis TV.

L’émission rassemble huit jeunes touchés par des troubles psychologiques. Pendant deux mois, ils ont filmé leur quotidien sans filtre, confiant à la caméra leurs angoisses, leurs peurs, leurs espoirs. Chaque semaine, les participants se retrouvaient à Montréal pour une thérapie de groupe animée par le psychologue Nicolas Chevrier.

«Je voulais changer mon mode de vie et me donner les meilleures chances possible d’y arriver, explique Jérémie. Ce n’était pas facile, je n’étais pas à l’aise avec mon corps et il fallait que je me filme en mangeant. J’étais très gêné, très réservé au début.»

Épisode après épisode, on le voit s’ouvrir de plus en plus au fil d’une progression ponctuée par des hauts et des bas. «Ça m’a aidé à sortir de ma zone de confort, j’ai beaucoup appris des autres», souligne-t-il.

«Depuis, j’arrive plus facilement à stopper le hamster qui tourne dans ma tête et calmer mon anxiété. Je ne me sens plus mal d’aller au restaurant avec mes amis.»

Jérémie est actuellement épaulé par une psychologue pour l’aider à instaurer une routine alimentaire, manger plus lentement et écouter ses signaux de faim. Désormais, l’obsession de la nourriture est moins présente. Les moments de binge ont presque disparu.

«Les crises étaient souvent reliées à une émotion intense, que ce soit une réussite ou un échec. Astheure, lorsqu’une émotion vient me chercher, j’apprends à faire quelque chose qui me fait du bien comme la marche, l’écriture, la musique plutôt que de me réconforter avec la nourriture. C’est un travail à long terme pour retrouver un équilibre.»

Depuis la sortie de l’émission le mois dernier, Jérémie reçoit une foule d’encouragements et de messages d’inconnus confrontés à des défis similaires. Heureux d’avoir pu toucher tant de personnes, il compte bien continuer de cheminer et poursuivre la conversation avec la création d’un podcast au sujet de la santé mentale.

«Aux jeunes, je leur dirais que c’est lorsqu’on est au plus bas qu’on apprend le plus. Allez chercher de l’aide, parlez-en avec un professionnel de la santé, c’est la première chose à faire.»