La nouvelle ministre des Pêches a du pain sur la planche

La nouvelle ministre des pêches devra s’attaquer à une multitude de dossiers, dont celui du déclin de la biodiversité dans le golfe Saint-Laurent, selon Jean Lanteigne, président de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP).

Bernadette Jordan, députée fédérale de South Shore-St Margaret’s, en Nouvelle-Écosse, a été nommée ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne (MPO) cette semaine.

Mme Jordan a fait carrière comme agente de développement.

Elle connaît bien le fonctionnement du cabinet puisqu’elle a été nommée ministre fédérale du Développement économique rural en janvier, après avoir servi comme secrétaire parlementaire de la ministre des Institutions démocratiques pendant un an.

Au début de son nouveau mandat, elle devra composer avec les inquiétudes des associations de pêcheurs face au déclin de la biodiversité dans le golfe du Saint-Laurent.

Plusieurs espèces de poissons sont menacées par la surpopulation du phoque gris et la ministre devra passer à l’action, selon Jean Lanteigne.

En 2010, une étude réalisée par le MPO laissait entendre que les phoques gris représentaient le plus grand risque pour la population de morue de l’Atlantique dans le golfe.

Il y avait environ 430 000 phoques au Canada en 2017.

«Ça empêche la reconstruction des stocks de poissons de fond. Il va falloir arrêter de jouer à l’autruche à un moment donné», dit le président de la FRAPP en entrevue.

Des pêcheurs se posent aussi des questions similaires à propos du sébaste, qui menace la population de crevettes.

La nouvelle ministre devra aussi gérer le dossier des zones marines protégées. Avant l’élection, Justin Trudeau avait promis d’augmenter la proportion de zones marines protégées pour atteindre 30% des eaux canadiennes d’ici 2030.

La mesure environnementale pourrait empiéter sur les activités de pêche, selon M. Lanteigne.

«Ça amène toute la question: on va pêcher où? Ça va faire partie des enjeux dont on devra discuter avec le ministère.»

L’Union des pêcheurs des Maritimes avait également soulevé des inquiétudes face à cette initiative du gouvernement.

Selon le président de la FRAPP, il faudra également garder un oeil sur les retombées de l’application du projet de loi C-68.

Il s’agit d’une modification à la Loi sur les pêches, adoptée en juin, qui protège le statut de propriétaire exploitant. La modification vise à empêcher les grandes entreprises de posséder des permis de pêche, notamment en obligeant le propriétaire d’un permis à être sur le bateau pendant la saison.

Ce qui reste à démêler, c’est l’ensemble de réglementations qui pourraient être mises en place suite à l’adoption de cette modification.

«On se demande comment le gouvernement va procéder dans la mise en oeuvre de cette loi. Il va y avoir beaucoup de travail à faire avec les pêcheurs et les associations», dit Jean Lanteigne.

Il estime toutefois qu’il faudra attendre que la ministre reçoive sa lettre de mandat de la part du premier ministre avant d’en savoir davantage sur ses priorités.

«Ça va être très important pour nous, ça va déterminer les grandes directions que le ministère va prendre au cours des prochaines années.»

Si l’on en croit M. Lanteigne, la nomination de Bernadette Jordan au gouvernail du ministère est tout de même une bonne nouvelle.

«Elle vient d’un milieu côtier. Mme Jordan est déjà venue ici au Nouveau-Brunswick, elle a visité les quais et les ports de mer et elle connaît déjà une bonne partie de nos organisations, alors pour nous, c’est déjà un pas de plus.»

En réponse à des questions sur les priorités de Bernadette Jordan, le MPO nous a fourni un commentaire de sa part.

«Comme ministre, je me dévouerai à protéger et conserver notre océan, puisqu’un océan en santé équivaut à une économie maritime canadienne en santé et en croissance. J’ai hâte de recevoir ma lettre de mandat de la part du premier ministre.»