Le trafic des stupéfiants est bien ancré dans les Maritimes. Si le marché est petit, vu la population moins nombreuse qu’au Québec et en Ontario, la région côtière est un emplacement de choix pour le crime organisé. Ses ports s’avèrent utiles pour la contrebande de drogue.

Les ports d’Halifax, de Montréal et de Vancouver sont les trois points d’entrées principaux pour la contrebande au Canada.

Stephen Schneider, professeur de criminologie à l’Université Sainte-Mary’s, a écrit en long et en large sur le crime organisé.

Selon lui, les Maritimes sont un endroit prisé par le crime organisé, le port d’Halifax étant une plaque tournante du commerce illicite.

«Les Maritimes sont importantes pour le crime organisé surtout en tant que point d’entrée pour la contrebande dans le reste du pays.»

Les stupéfiants font leur chemin de la Nouvelle-Écosse vers le Nouveau-Brunswick, jusqu’au Québec.

La plupart des drogues arrivent par les ports commerciaux, d’après le criminologue. Celui de Saint-Jean n’y fait pas exception. Il s’agit d’une passerelle pour le Québec, affirme-t-il.

Percevoir une taxe sur les ventes

Les Hells Angels et les Bacchus forment les deux groupes dominants au Nouveau-Brunswick.

Stephen Schneider rappelle toutefois que les Hells Angels ne s’occupent pas de la revente «aux clients».

Des trafiquants de la région font le commerce de substances illicites, par exemple dans le Grand Moncton. Un territoire contrôlé par les Hells Angels. Dans l’ensemble de la province, les drogues vendues sont, en grande partie, liées à un groupe de motard.

Les motards criminels, la plupart étant originaires du Québec, accordent le droit à des revendeurs de pratiquer leurs activités illicites. Ils récoltent une redevance sur les ventes, une forme de taxe.

«Ils [Hells Angels] vont vendre en gros les drogues à des gens issus de territoires donnés pour qu’ils puissent ensuite les revendre.»

Ces revendeurs sont des membres de club-écoles, des sous-traitants des Hells Angels tels que les Red Devils et les Nomads. Il y a aussi des revendeurs indépendants.

«Au bout du compte, même les petits vendeurs de drogues en bas de l’échelle hiérarchique sont liés aux motards criminels. Ils leur permettent de vendre leur drogue sur leur territoire».

«Si les clubs-écoles ne payent pas leur taxe, les Hells Angels vont arrêter leur business.»

Le modèle d’affaires est emprunté à celui de la mafia italienne, laquelle percevait une taxe auprès de leurs revendeurs.

Les motards ont utilisé toutes sortes de modèles d’affaires dans le passé. À titre d’exemple, des membres juniors du clan ont vendu de la drogue pour eux.

«Le problème, c’est qu’ils n’arrêtaient pas de se faire prendre et de se faire arrêter. Ils ne veulent pas que des membres des Hells Angels soient arrêtés. C’est pourquoi ils utilisent ce modèle aujourd’hui.»

Selon M. Schneider, les Hells Angels détiennent beaucoup de pouvoir au Nouveau-Brunswick et par conséquent, à Moncton. Mais il ne peut pas dire à quel point ils contrôlent le marché.

La caporale Jullie Rogers-Marsh de la GRC souligne quant à elle que les saisies de drogue ne sont pas toujours rattachées au crime organisé.

Elle confirme toutefois la présence du crime organisé dans la province. «Il y a eu des arrestations l’année passée concernant des bandes de motards. Des drogues ont été saisies»

Une enquête de l’Escouade nationale de répression du crime organisé avait mené à l’arrestation de plusieurs individus liés aux Hells Angels dans la région du Madawaska, en janvier et en février dernier. Éric Blanchette, membre «prospect» des Hells Angels et son frère jumeau Yanick Blanchette ont été arrêtés.

«Une quinzaine de personnes qui ont été arrêtées. C’était relié à ce clan de motards du Québec.»

Charles Poiré, Tony “RDMC” Lajoie et Éric Tremblay, des membres du Club Red Devils de Moncton, figurent parmi les personnes arrêtées.

Plusieurs têtes dirigeantes des Hell’s ont été arrêtés au Nouveau-Brunswick comme au Québec au cours des dernières années, confirme M. Schneider.

La GRC dit surveiller de près la présence de groupes de motards dans la province, mais ne peut pas révéler des détails sur leurs affiliations et leurs secteurs d’activités pour ne pas nuire aux enquêtes en cours.

«La GRC est bien consciente de ce nouveau modèle d’affaires pour les Hells Angels», souligne M. Schneider en référence au modèle emprunté à la mafia italienne.

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