5 mythes sur l’itinérance à Moncton

Les panélistes à l’événement «Parlons de l’itinérance à Moncton» présenté cette semaine au Centre des Arts et de la Culture de Dieppe ont fait ressortir plusieurs préjugés auxquels les sans-abri font face.

En entrevue avec l’Acadie Nouvelle, Lisa Ryan, coordonnatrice du développement communautaire pour le Comité directeur des sans-abri du Grand Moncton (CDSAGM) a tenté de déconstruire cinq mythes tenaces reliés à l’itinérance à Moncton.

1. Les sans-abri vivent dans la rue par choix

Mme Ryan a une longue expérience de terrain à Moncton. Elle a été directrice du programme d’intervention de rue ReBrancher du YMCA pendant quatre ans avant d’être au CDSAGM.

Lors des premières prises de contact avec les itinérants, elle relate avoir entendu la phrase : «Je vis dans la rue parce que c’est mon choix».

Certains affirment que vivre dehors est synonyme de liberté. Pourtant, Mme Ryan assure qu’une série d’évènements les ont amenés à prétendre que c’est leur choix.

«Libre», peut vouloir dire que ces gens-là ont subi des drames alors qu’ils vivaient entre quatre murs: conflits familiaux, agressions sexuelles et violence conjugale.

Une fois sortis d’une situation étouffante, voire dangereuse pour leur vie, ils peuvent se sentir «libres», souligne Lisa Ryan.

«Pour certains d’entre eux, c’était une question de vie ou de mort».

Une fois dans la rue, ces personnes doivent arborer une façade de dur à cuire.

«Si tu montres de la vulnérabilité, tu deviens une proie pour les prédateurs.»

2. Leur dépendance aux drogues ou à l’alcool les a menés dans la rue

Ce n’est pas la principale cause de l’itinérance, selon Mme Ryan.

Les drames familiaux, incluant la violence conjugale, serait le déclencheur de l’itinérance dans 37% des cas, selon une étude publiée en 2018 «NB Point in Time Count» de l’organisme Human Development Council.

À l’inverse, cette recherche démontre que 16 % des cas d’itinérance sont reliés à la toxicomanie.

Lisa Ryan déplore d’ailleurs le manque de ressources, tels les centres de traitement des dépendances.

«La dépendance est un symptôme de quelque chose de beaucoup plus large. Quelqu’un qui a subi un trauma, sa dépendance est un symptôme de ce qui arrive quand on ne traite pas le trauma».

3. La grande majorité des sans-abri sont des hommes blancs d’âge moyen

«Lorsqu’on pense à l’itinérance, on a tous en tête le vieil homme qui pousse un panier d’épicerie ou en train de quémander sur le bord de la rue», remarque Mme Ryan.

Les chiffres démontrent pourtant une réalité tout autre. La plupart des personnes itinérantes sont des femmes. Selon les données colligées par le Comité Directeur des sans-abri du Grand Moncton, il y a maintenant 81 femmes itinérantes âgées de 17 à 67 ans.

En revanche, on trouve 67 hommes âgés de 19 à 68 ans. Il y a aussi deux transgenres.

Si les hommes sans-abri sont plus visibles, c’est parce que les femmes cachent davantage leur condition. Elles sont plus nombreuses que les hommes à faire du couchsurfing (un service d’hébergement temporaire et gratuit), selon Mme Ryan.

4. La plupart des sans-abri à Moncton viennent d’ailleurs

Mme Ryan explique que la majorité des sans-abri sont originaires de municipalités environnantes telles, Dieppe, Riverview, Shediac et Salisbury.

Elle prend pour exemple des gens qui ont fréquenté un refuge de la région et ils disaient venir de l’Alberta. Mme Ryan a découvert qu’ils étaient d’ici. En quête d’occasions économiques, ils seraient partis dans l’Ouest. Aujourd’hui, ils sont de retour au bercail.

«En réalité, ils étaient nés et élevés ici.»

Elle ne nie pas l’existence de sans-abri qui ont quitté leurs communautés rurales pour venir s’établir à Moncton en quête d’une meilleure qualité.

Contrairement à une idée répandue, les services de la ville ne suffisent pas à attirer les itinérants, selon elle.

«Nos services ont de longues listes d’attente, les refuges sont remplis, il n’y a pas d’accès à des logements abordables. Nous ne sommes pas une communauté florissante pour les sans-abri.»

5. L’itinérance n’existe pas dans les régions rurales

Mme Ryan confirme que l’itinérance existe bel et bien dans les communautés rurales. Le phénomène ne se présente toutefois pas sous la forme d’un individu qui quémande sur la voie publique.

Les personnes sans logis peuvent avoir une demeure non sécuritaire rendue inhabitable. Ils feraient en attendant du couchsurfing. En d’autres mots, ils seraient hébergés chez des amis ou de la famille.

«Ce qui rend l’itinérance rurale plus difficile, c’est qu’il y a beaucoup de petites villes en train de mourir. Les services sont rares».