Élise Kenny a reçu le plus beau des cadeaux de Noël

Élise Kenny se prépare à passer un merveilleux Noël. À quel point? Vous n’en avez pas idée!

Être vivante, au côté des siens, pour célébrer les prochaines Fêtes est déjà un immense cadeau que la vie vient de lui offrir.

Élise le dit elle-même: elle est une miraculée.

Il y a un an, presque jour pour jour, le monde de cette femme d’affaires dynamique et prospère âgée de 49 ans de Pointe-des-Robichaud, dans la municipalité de Tracadie, s’effondrait. Elle a appris qu’elle souffrait d’un virulent cancer du foie, un dommage collatéral du cancer du sein dont elle s’était relevée avec succès une décennie plus tôt.

Le pronostic était très sombre: un mois tout au plus si rien n’était fait, selon son oncologue.

Avec le cancer, piger le mauvais numéro est déjà quelque chose. Mais quand ça arrive deux fois, c’est assez pour vous déstabiliser un brin.

«Je ne pensais plus à mon cancer du sein. Ça faisait 10 ans. Quand le médecin m’a appris la nouvelle, une chance que j’étais assise. Je ne l’ai pas vu venir pantoute. C’était irréel, comme dans un mauvais rêve dont on ne peut pas se réveiller», raconte-t-elle.

Il fallait faire vite. Les premiers traitements de chimiothérapie traditionnelle étaient prévus en janvier. Mais Élise n’avait peut-être pas autant de temps devant elle. Au lieu de décorer son sapin de Noël, elle portait le bonnet et la jaquette bleue pour le premier de six bombardements chimiques intenses que son corps allait devoir endurer.

Son corps qui encaissait mal le coup, il faut dire. Elle a pris 18 livres d’eau dans les jambes. Elle avait de la misère à faire quelques pas.

Son oncologue à Moncton lui a alors proposé un nouveau médicament qui allait ralentir la croissance et la propagation de sa tumeur au foie, le Kisqali.

Mais Élise avait une autre idée en tête.

Le tout pour le tout

Le journal avait approché Élise dans le cadre de notre dossier sur ces patients acadiens prêts à payer le gros prix pour aller traiter un cancer incurable en Allemagne et ainsi gagner des mois et des années de vie de qualité. Elle avait préféré attendre après sa rencontre avec l’oncologue, mardi, pour nous parler de son expérience.

Mercredi, nous avons obtenu un entretien avec une femme soulagée. Elle venait tout juste de recevoir de bonnes nouvelles. Mais réaliste aussi. Elle sait que la récidive est probable.

«J’avais déjà entendu parler du cas de Luc Ferguson par du bouche-à-oreille, affirme Élise Kenny. Il avait survécu cinq ans à un cancer incurable après être allé voir Dr Thomas Vogl. J’avais aussi vu une émission de télé là-dessus avec une femme qui était allée en Allemagne. J’ai parlé à cette femme. J’ai aussi parlé à Denise Doiron (de Haut-Sheila, qui suivait aussi des traitements en Allemagne). Je voulais des repères. Je me suis renseignée. Pour moi, c’était déjà décidé. Je devais jouer le tout pour le tout. L’Allemagne me donnait une chance de vivre que le médicament ne me donnait pas.»

Les traitements du Dr Thomas Vogl, de l’Hôpital universitaire Goethe à Francfort, en Allemagne, ont attiré plusieurs patients acadiens au cours des dernières années. Ils ont fait appel à ses services alors qu’ils croyaient que tout était terminé pour eux. Ils ont payé de leur poche ou grâce à des collectes communautaires de fonds jusqu’à 70 000$ – près de 18 000$ du traitement – et ont gagné quelques mois ou quelques années de qualité de vie.

Élise a donc envoyé son dossier médical en Allemagne. La réponse ne s’est pas fait attendre. Elle avait déjà un premier rendez-vous en mai.

Une confiance aveugle

«J’avais en lui une confiance aveugle, depuis le temps qu’il fait ça. Mais je ne savais pas où je m’en allais. C’était de l’inconnu. J’ai seulement suivi le courant», se souvient-elle.

Quatre séjours de traitements de chimio-embolisation et de thermoablation ont fait disparaître les traces du cancer. Et malgré un risque de récidive à 99,9%, Élise jure que chaque dollar investi dans sa survie en vaut la peine.

«J’ai toujours dit que j’allais vivre jusqu’à 85 ans. J’y crois vraiment. Et si le cancer revient, j’irai tout de suite en Allemagne. C’est déjà décidé dans ma tête. Je ne regrette pas un seul dollar que j’ai mis. Pourquoi avoir de l’argent si tu es malade? Je sais que je suis privilégiée et que j’ai pu payer de ma poche ces traitements. Je pense à mon amie Denise, qui doit se battre pour trouver les sous en plus de se battre contre la maladie. Je crois que riche ou pauvre, nous devrions avoir droit aux mêmes soins. Je suis reconnaissante à la vie, malgré tout ce qui m’est arrivé», juge-t-elle.

Élise a été chanceuse sur plus d’un point. Son oncologue a respecté son choix d’aller se faire soigner par le Dr Vogl, malgré le fait qu’il était réticent parce que la méthode n’a pas encore obtenu l’aval de la médecine moderne. D’autres ont carrément refusé de continuer à suivre leurs patients, selon les témoignages que nous avons recueillis dans notre enquête.

De mai à septembre, elle a donc fait quatre périples en Europe, dont un en même temps que Gaston Robichaud, un pêcheur de Val-Comeau, et un autre dès le lendemain de la graduation d’une de ses filles.

«Sur la table d’opération en Allemagne, j’ai vu l’opération. J’ai vu le cancer. C’était spécial. C’était une courte période vraiment intense. Je peux comprendre la réticence d’un oncologue d’ici. Mais j’avais confiance et j’ai mis toutes les chances de mon côté. Je n’ai jamais senti que Dr Vogl était un charlatan. La première chose qu’il m’a dite est qu’il n’allait pas me guérir. Je suis chanceuse, car mon histoire se finit bien jusqu’à maintenant.»

Oui, une histoire qui finit bien, car Élise pourra célébrer Noël la tête en paix. Elle se promet de fêter un petit peu. Qui pourrait l’en blâmer?

Une course contre la montre

L’Acadie Nouvelle a pris des nouvelles de Denise Doiron, cette résidente de Haut-Sheila atteinte d’un cancer incurable du poumon à petites cellules.

Elle a rencontré son oncologue mercredi, et même s’il comprenait la situation de sa patiente, il n’a pas voulu signer la lettre d’assurance-maladie qui aurait permis de défrayer une partie des coûts des traitements avec Dr Thomas Vogl.

Elle est toujours en quête des 6000$ manquants pour couvrir les frais de son prochain périple en Allemagne.

Le temps presse aussi. Elle a reçu en cadeau un billet d’avion gratuit, mais cette offre expire le 31 décembre.

«Je ne baisserai pas les bras. Pour moi, 6000$ c’est comme un million $», a-t-elle révélé.

Des personnes de son entourage essaient de recueillir la somme. Sa fille Cathy Kaufman a même lancé sur sa page Facebook une campagne de sociofinancement.

«Les gens ont tellement donné pour moi. Je ne les blâme pas. Je suis même prête à faire du porte-à-porte», raconte Denise, en faisant référence aux précédents traitements payés par des collectes de fonds.

Approbation nécessaire

Après plusieurs tentatives, l’Acadie Nouvelle a pu obtenir une réaction du ministère de la Santé du Nouveau-Brunswick sur l’option allemande.

«En raison des lois sur la protection de la vie privée, nous ne pouvons pas parler de cas spécifiques d’individus», a déclaré Bruce Macfarlane, directeur des communications au ministère de la Santé.

Il ajoute que l’assurance-maladie du Nouveau-Brunswick assure, sur approbation préalable seulement, les services fournis à l’extérieur du pays qui ne sont pas disponibles au Canada.

«Cela suppose la présentation par écrit d’une demande à l’assurance-maladie du Nouveau-Brunswick de la part d’un spécialiste du Nouveau-Brunswick précisant qu’un service particulier est médicalement nécessaire et acceptable du point de vue scientifique, et qu’il n’est offert ni au Nouveau-Brunswick ni ailleurs au Canada», a-t-il indiqué.

De 300 à 500 Canadiens se paient les traitements du Dr Vogl chaque année. Ce radiologiste n’accepte qu’un nombre limité de patients.

La chimio-embolisation est également disponible à Halifax, mais les patients doivent répondre à des critères très stricts pour y avoir accès.