La meth, la drogue qui monte au N.-B.

Les utilisateurs de méthamphétamine sont peu nombreux au Nouveau-Brunswick, mais leur nombre semble augmenter, comme dans toute l’Amérique du Nord. Cette drogue est en effet peu chère et accessible. Si certains exagèrent ses conséquences, elle peut tout de même être mortelle.

La méthamphétamine est le nouveau crack. C’est en tout cas la thèse d’une étude publiée en 2014 par le réseau d’analystes du crime organisé, Global Initiative. Ses auteurs expliquent que les deux substances ont provoqué la même hystérie médiatique. Il rejette par ailleurs la stigmatisation dont elles sont l’objet, notamment leur image de «drogues du pauvre».

Le lien entre précarité et usage de la méthamphétamine n’est pas prouvé. Il reste que ce stimulant est peu cher. Au Nouveau-Brunswick, 0,1g de cette substance peut s’acheter à 5$ et provoquer des effets pendant plusieurs heures. «Les gens qui ont peu de moyens vont prendre de la méthamphétamine», observe le coach en réhabilitation, André Viel.

Ce stupéfiant est aussi très accessible. John a remarqué l’ampleur du problème une semaine seulement après être arrivé dans les rues de Moncton en tant qu’itinérant. «Il y a trop de méthamphétamine ici, remarque-t-il. Face aux refuges, tout le monde en fume.»

Une drogue accessible

«C’est peut-être la pire drogue, parce que tu peux en prendre quand tu veux et où tu veux explique la sans-abri Mykelast Amand, devant les locaux de la Harvest House. Il suffit de vendre un vélo pour en obtenir.»

Malgré tout, la proportion de Néo-Brunswickois prenant de la méthamphétamine semble faible. «Depuis 2015, environ 0,2 % des Canadiens ont déclaré avoir pris de la méthamphétamine dans la dernière année», a déclaré en 2018 l’analyste du Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substance (CCDUS), Matthew Young.

À titre de comparaison, la prévalence des opioïdes en Amérique du Nord était de 4% en 2017, selon l’ONU. «L’augmentation des méfaits de la méthamphétamine observée depuis 5 ou 10 ans n’a pas la même ampleur que celle associée aux opioïdes», a admis la docteure Sheri Fandrey à la Chambre des communes l’année dernière.

«Cependant, les données nationales dont nous disposons sont de mauvaise qualité et diffèrent souvent beaucoup d’une province à l’autre», prévient M. Young, à propos de la méthamphétamine. Le CCDUS ajoute que les méfaits associés à cette substance ont connu une forte hausse.

L’analyse de la situation par le chef de la police de Bathurst, Ernie Boudreau, concorde avec la tendance nationale. «La méthamphétamine fait toujours partie des drogues les moins consommées, indique-t-il, mais sa présence augmente.»

La tendance est surtout spectaculaire à Miramichi. La proportion de vendeurs de méthamphétamine parmi les personnes arrêtées pour trafic de drogue est passée de 17% en 2016 à 100% cette année, selon la police de la Ville.

«Il y a toujours eu un problème de drogue à Miramichi, constate l’animatrice de groupes de soutien, Jessica Lawson. Avec la méthamphétamine, le problème est toutefois plus visible. Beaucoup d’utilisateurs ont des croûtes sur les bras et le visage ainsi qu’un comportement étrange.»

De possibles effets graves

«Ils sont assez faciles à reconnaître, confirme M. Viel. Va sur la rue Main ou St-George à Moncton.» Leur humeur est souvent enjouée et leur rythme cardiaque rapide, comme s’ils pratiquaient une activité physique intense. Ils peuvent par ailleurs se gratter jusqu’au sang, ayant l’impression que des insectes rampent sous leur peau.

Leur violence supposée est en revanche l’un des clichés combattus par les auteurs de l’étude publiée par Global Initiative. «Il n’y a pas de preuves empiriques suggérant que les utilisateurs, même à long terme, soient une menace pour leur entourage», ont-ils écrit.

Les policiers contactés sont en désaccord avec eux. «Les utilisateurs de méthamphétamine sont très imprévisibles et peuvent être extrêmement violents et paranoïaques. Ça rend le travail en première ligne plus difficile», témoigne le sergent de la police de Miramichi, Jody Whyte.

Se prendre pour Jésus

Les scientifiques admettent que la méthamphétamine peut provoquer de la paranoïa et des hallucinations, notamment à cause d’un manque de sommeil. Ils précisent toutefois que ces effets surviennent après la prise de doses très importantes.

«La plupart des gens qui consomment de la méthamphétamine vont juste être dans un état d’alerte un peu plus élevé que la normale. Cette drogue fait d’ailleurs partie de la catégorie des médicaments prescrits contre les troubles de l’attention, remarque le médecin de famille aux Services de traitement des dépendances de Tracadie, Éric Basque. Le problème vient de l’intensité de l’utilisation. Certains toxicomanes peuvent perdre le contact avec la réalité, penser être poursuivis par le FBI ou être une réincarnation de Jésus. J’en vois quand même beaucoup.»

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