Les routes furtives de la méthamphétamine

Contrairement aux drogues issues de plantes comme la cocaïne, la méthamphétamine est un stimulant synthétique. Elle peut même être fabriquée dans une baignoire avec des produits accessibles au grand public. Difficile, donc, de savoir d’où elle vient au Nouveau-Brunswick.

«Je dirais que la majorité de la méthamphétamine à Miramichi vient du Québec, avance le sergent de la police de la Ville, Jody Whyte. Cette drogue vient de l’extérieur de la municipalité, de plus grands centres urbains, qui l’obtiennent eux-mêmes d’autres provinces. Elle est apportée par le crime organisé, qui s’approvisionne probablement auprès d’autres pays.»

Le chef de la police de Bathurst, Ernie Boudreau tient un discours similaire. «Tu vas voir que c’est la même chose dans d’autres villes», assure-t-il. Il y a un an et demi son homologue à Edmundston, Alain Lang a communiqué les mêmes informations.

L’ONU a répertorié 50 pays comme possibles producteurs de méthamphétamine. Elle rapporte qu’environ 35 000 laboratoires clandestins de cette substance ont été démantelés entre 2013 et 2017, dont 90% d’entre eux en Amérique du Nord.

L’organisme précise que le trafic de ce stupéfiant se fait à l’intérieur d’une même région du monde, du Mexique vers les États-Unis et des États-Unis vers le Canada, par exemple. Le Canada a toutefois été le point de départ de méthamphétamine exportée en Amérique du Sud, en Océanie et en Europe de Nord.

Se droguer au débouche-évier

«Il y a deux formes de méthamphétamine, les pilules qui arrivent d’autres provinces et le cristal, qui est le plus gros problème selon moi, et qui est fait dans des laboratoires aménagés chez des particuliers, prétend l’animatrice de groupes de soutien à Miramichi, Jessica Lawson. J’ai eu un client qui en vendait et qui en produisait dans sa baignoire.»

La méthamphétamine peut en effet être fabriquée à la maison. De nombreuses recettes sont même accessibles en deux clics sur Internet. Il s’agit de mélanges de produits ménagers et pharmaceutiques appelés «précurseurs». Le Canada a renforcé les régulations à leur sujet en 2006. L’éphédrine et la pseudoéphédrine par exemple restent néanmoins présentes dans plus de 200 médicaments décongestionnants accessibles sans prescription.

«Ces produits se trouvent derrière le comptoir des pharmacies, précise le médecin de famille aux Services de traitement des dépendances de Tracadie, Éric Basque. Un individu connaissant la chimie pourrait donc se patenter un petit laboratoire chez lui. Une production industrielle demande en revanche une quantité de précurseurs elle aussi industrielle.»

La production de méthamphétamine en laboratoire clandestin rend sa composition imprévisible. «Tu ne sais pas ce que tu vas prendre, il n’y a pas d’étiquette là-dessus», avertit M. Boudreau.

«Cette drogue est faite de tout ce que vous pouvez trouver sous votre évier, que ce soit du débouche-évier, des éléments de batterie… juste des ordures», détaille M. Whyte.

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