Le grand défi des propriétaires de PME: trouver des employés

Le téléphone dans une main, la brosse de toilettage dans l’autre, Michèle Larocque, propriétaire de La Shop à Poil à Bathurst, témoigne de son quotidien au coeur d’une pénurie de main-d’oeuvre qualifiée dans les petites entreprises privées du Canada.

La Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) rapporte que 433 000 postes sont vacants dans le secteur privé au Canada, dont plus de 7000 au Nouveau-Brunswick.

Simon Gaudreault, le directeur principal de la recherche à la FCEI, souligne que ce sont les très petites entreprises (cinq employés ou moins) qui sont les plus touchées et que celles-ci doivent souvent recourir aux heures supplémentaires pour arriver à joindre les deux bouts, une stratégie qui, selon lui, fait baisser leur productivité et nuit à leur rentabilité.

Pour Mme Larocque, faire des heures supplémentaires est devenu la norme. Depuis l’ouverture de La Shop à Poil au printemps dernier, la propriétaire travaille sept jours sur sept pour assurer le bon rendement de son commerce.

«Je suis toujours au comptoir, en arrière, au comptoir et en arrière encore», a-t-elle partagé.

La Shop à Poil est une boutique qui offre de la nourriture et des accessoires pour chiens et chats, mais aussi des services de toilettage.

«Je n’ai pas le choix de travailler autant et quand la fin de semaine arrive, je ne peux pas voir mes enfants.»

Mme Larocque confie qu’elle aimerait agrandir sa boutique en embauchant de nouveaux toiletteurs, mais la tâche est presque impossible puisque la plupart préfère travailler de la maison.

«Et ceux qui postulent ne se déplacent plus pour le faire, a-t-elle ajouté. Ils font tout ça sur Facebook. Plus personne, ou presque, ne se présente à leur entrevue.»

Difficile, dit-elle, d’embaucher quelqu’un qui ne prend même pas la peine de se déplacer.

Mme Larocque a connu plus de succès auprès des étudiants internationaux du CCNB de Bathurst.

«Mais il y a certaines barrières au niveau de la communication et ils ne peuvent pas travailler pendant la semaine parce qu’ils sont en classe, ce qui est comprenable».

La propriétaire compte actuellement sur sa famille, et notamment sur son conjoint, pour l’appuyer jusqu’à ce que les choses s’améliorent.

De nouvelles réalités

Michael Petrovici, propriétaire du bar Au Bootlegger, de la boîte de nuit Sociable et du café Kaffeine Espresso Bar, affirme que les employeurs sont maintenant confrontés à de nouveaux défis lorsqu’il s’agit d’embaucher de nouveaux employés.

Le propriétaire du bar Au Bootlegger, Michael Petrovici, prévient que la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée dans la région devrait empirer. – Acadie Nouvelle : Allison Roy.

«Lorsque je mène un entretien d’embauche, j’ai maintenant l’impression de me faire moi-même interroger. La question qui se pose n’est plus: pourquoi devrais-je vous embaucher?, mais bien: pourquoi devrais-je travailler pour vous?»

M. Petrovici emploie actuellement une trentaine de personnes.

Il indique que la situation est plutôt stable en ce moment, mais qu’il a eu de la difficulté à pourvoir certains postes l’été dernier.

«Ça va empirer», a-t-il prévenu.

Selon la FCEI, les secteurs les plus touchés par la pénurie de main-d’œuvre en ce moment sont les services personnels, la construction, l’hébergement, la restauration, l’agriculture et l’information.

Le manque de personnel serait aussi bien réel dans les salles d’entraînement.

René Chamberlain, propriétaire du gym Olympus à Beresford, nous a informé qu’il n’avait pas le temps de discuter avec l’Acadie Nouvelle parce qu’il était beaucoup trop occupé.

À Bathurst, Valérie Foulem de la clinique Solutions Corps-Esprits, mentionne que quelques espaces de bureau sont toujours vacants dans son immeuble.

«On a des bureaux à louer pour des professionnels de la santé, mais on a du mal à en trouver.»

La situation est particulièrement fâcheuse lorsqu’elle est forcée de refuser des clients.

«Parfois, nous devons envoyer des clients ailleurs puisque nous n’avons personne pour desservir les jeunes enfants, par exemple.»

La clinique Solutions Corps-Esprit, qui emploie cinq professionnels, est un centre multidisciplinaire où l’on retrouve des services de psychothérapie, de massothérapie et de yoga thérapie.

Il y a un besoin criant pour nos services, a affirmé Mme Foulem.

«Ça peut devenir lourd…»

Personne n’est à l’abri

Toujours selon la FCEI, le secteur du commerce de détail affiche un des plus bas taux de postes vacants soit 2,5 %, comparativement à celui des services personnels à 4.9%.

Pourtant, le copropriétaire de la boutique de sports et plein air Nepisiguit River Company à Bathurst, ne s’en sort pas sans soucis.

Louis-Olivier Bertin note que le recrutement d’employés dans la région Chaleur devient de plus en plus difficile au fils des ans.

Louis-Olivier Bertin, le copropriétaire de Nepisiguit River Company, a plus en plus de difficultés à recruter des employés dans la région. – Acadie Nouvelle : Allison Roy.

«Je crois que les étudiants consacrent de plus en plus de temps à leurs études», a-t-il fait remarquer.

M. Bertin note que les postes vacants peuvent prendre jusqu’à deux mois à être pourvus chez Nepisiguit River Company

«Ça me force à travailler plus souvent.»

Mais heureusement, le copropriétaire indique que l’entreprise se porte toujours bien malgré le manque de main-d’oeuvre.

D’autres propriétaires avec lesquels s’est entretenu le journal ont précisé que ce n’est pas seulement les études qui démotivent les jeunes à joindre le marché du travail.

«C’est la vie sociale!, a lancé une entrepreneur qui ne souhaite pas être identifiée. Ça prend une plus grande place que jamais dans leur vie.»

Les propriétaires remarquent aussi que la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée permet aux employés de «magasiner pour le poste parfait», ou encore d’aller rapidement voir ailleurs si quelque chose ne leur plait pas.