Les compressions étouffent la banque alimentaire du Restigouche

Comme plusieurs autres banques alimentaires dans la province, l’Association d’action communautaire et bénévole du Restigouche surveille le moindre dollar entrant et sortant. Aux prises avec des compressions budgétaires, l’organisme doit composer avec une clientèle toujours aussi nombreuse et des factures plus salées.

La branche des Maritimes de la compagnie de location Enterprise avait toutefois une bonne nouvelle, mercredi, pour l’organisme restigouchois, communément appelé la banque alimentaire.

La compagnie est venue lui remettre un chèque de 28 000$ par l’entremise de son programme «Faites le plein», programme qui vise à combattre l’insécurité alimentaire dans le monde. Cette année, le Restigouche fait partie des heureux élus dans l’Est-du-Pays.

Ce montant arrive d’ailleurs à point pour l’AACBR.

«C’est un don inespéré qui va mettre un baume sur notre situation financière et qui va nous permettre de respirer un peu mieux. Disons que ça ne pouvait arriver à un meilleur moment», avoue Rachelle Ouellette, directrice générale de l’organisme, précisant au passage que les fonds serviront aux opérations quotidiennes de la banque alimentaire.

C’est que cela fait trois ans maintenant que la province a amputé de 10% le budget alloué aux banques alimentaires.

Au Restigouche, cette réalité fait mal. En fait, elle commence même à peser lourd, très lourd.

En chiffre, cette compression représente une perte annuelle d’approximativement 20 000$. On parle donc d’un peu plus de 60 000$ en moins dans les coffres jusqu’à présent. Preuve de l’impact de cette mesure, l’an dernier, l’AACBR a terminé son année avec un déficit… d’environ 20 000$.

Car si la contribution de la province a chuté, ce n’est pas le cas des besoins. Le nombre de clients demeure toujours aussi élevé pour la petite banque alimentaire, et on s’en doute bien, les prix des denrées, du chauffage, et de l’essence n’ont pas diminués.

«Et malgré que l’on ait moins d’argent, on continue d’offrir les mêmes services, ou pratiquement les mêmes services», souligne Mme Ouellette.

Le «pratiquement», ce sont les ajustements nécessaires apportés pour minimiser les pertes. Ainsi, trois mois dans l’année, la boîte d’aide à l’alimentation mensuelle (aide alimentaire) offerte aux clients ne contient pas de protéine, donc pas de viande.

«On ne peut pas couper un tel montant et croire que ça n’aura pas d’impacts», indique la directrice.

Chaque mois, la banque alimentaire offre une boîte de nourriture à 443 familles du Restigouche, soit 556 adultes et 252 enfants. La banque fournit également chaque mois quelque 1138 repas chauds à ses succursales de Campbellton, Dalhousie et Jacquet River. De ce nombre, 384 vont à des enfants.

«Moins d’argent de la province, ça représente plus de travail, plus de campagne de financement. C’est difficile pour nous, et pour les autres banques aussi j’en suis certaine», explique M. Ouellette.

Steve Lambert siège au conseil d’administration de la banque alimentaire. Lui aussi est à même de voir les impacts de cette compression. «Lorsqu’on a moins d’argent en poche, tout fonctionne au ralenti. Quand on encaisse des coups comme celui-là, ça fait mal, c’est difficile pour tout le monde. C’est déchirant et même épeurant en quelque sorte, car on ne sait pas ce qui va nous arriver après cette période de trois ans. Est-ce que le financement sera rétabli ou, au contraire, la compression conservée, voire même augmentée? On ne le sait pas», exprime-t-il.

Député sensible

Lors de la présentation du don de la compagnie Enterprise, la direction de l’AACBR n’a pas manqué de noter que cet argent était plus que bienvenu, surtout à la suite des compressions de Fredericton.

Présent dans la salle, le député de Campbellton-Dalhousie, Guy Arseneault, a écouté avec attention ses propos. Il faut dire que c’est son propre gouvernement qui a imposé ces compressions budgétaires aux banques alimentaires de la province. En entrevue après la conférence, il a avoué avoir été particulièrement touché et ému par les témoignages entendus.

«Il y a certainement des besoins au Restigouche tout comme ailleurs en province, et je m’inquiète de la situation financière des banques alimentaires. Je ne suis pas totalement au courant du dossier, il me manque des informations. Mais c’est certain qu’avec ce que j’entends ici, les impacts de la perte de ce financement, je suis en faveur d’un retour au budget précédent», indique le député qui promet suivre ce dossier de près.

En principe, la compression gouvernementale imposée aux banques alimentaires était d’une durée de trois ans. Mise en place gouvernement libéral de Brian Gallant, elle s’est poursuivie sous les conservateurs de Blaine Higgs. Il n’a pas été possible de savoir si ce gouvernement entendait rétablir le financement.

Téléthon

L’organisme tiendra ce dimanche (sur les ondes de la télé Rogers) son téléthon annuel de Noël. Cet événement, dont l’objectif a été fixé une fois de plus à 40 000$, vise à recueillir des fonds pour la confection de paniers de Noël.

En tout, 501 paniers seront préparés, question de permettre aux familles moins favorisées de passer un temps des fêtes agréable…et avec le ventre plein.