Les élus du Restigouche refusent de se prononcer contre le glyphosate

Les élus siégeant à la Commission de services régionaux du Restigouche ne sont pas prêts à prendre position contre la pratique de l’épandage d’herbicides à base de glyphosate sur les terres publiques de la région.

Le sujet a été apporté sur la table lors de la dernière rencontre publique mensuelle de l’organisme par la mairesse de Kedgwick, Janice Savoie, au nom du groupe environnemental de sa communauté, ÉcoVie.

Ce groupe milite activement – tant régionalement que provincialement – contre l’arrosage.

Il désirait transmettre de l’information aux élus restigouchois en lien avec le projet de loi déposé à l’Assemblée législative par le député et chef du Parti vert, David Coon. Ce projet de loi vise à modifier la Loi sur les terres et forêts de la Couronne. Plus spécifiquement, il vise à assurer aux propriétaires de terrains boisés un accès équitable aux marchés du bois d’œuvre et, surtout, interdire l’épandage aérien d’herbicides à base de glyphosate.

Si elle a bel et bien retransmis l’information, la mairesse ne semblait toutefois pas convaincue du contenu du message. Dans une intervention auprès de ses pairs, celle-ci a indiqué avoir certaines craintes quant aux conséquences que pourrait engendrer la fin de cette pratique.

«Il faut réfléchir comme il faut avant de prendre position, agir avec beaucoup de précautions. Car il y a beaucoup de municipalités – dont la mienne – qui survivent grâce à la forêt. Si l’on doit abandonner l’arrosage, il faudra d’abord trouver des alternatives. Je veux que mon monde travaille», a prévenu la mairesse, craignant qu’un abandon de l’arrosage d’herbicides cause un préjudice à sa communauté.

Un autre maire dont la municipalité jouit beaucoup des retombées de la foresterie a appelé ses confrères à bien réfléchir avant d’appuyer le projet des «verts».

Michel Soucy a une usine de pâte dans sa communauté, Atholville. Celle-ci offre de l’emploi à des centaines de personnes, tant en forêt qu’en usine.

«Il faut étudier la question avec beaucoup de sérieux. J’ai personnellement assisté à de nombreuses présentations exprimant les points de vue des deux côtés de la médaille, et personne n’a encore été en mesure de me démontrer que le produit est à haut risque pour la population», a-t-il indiqué. Se disant neutre dans le débat, il se défend bien par ailleurs… de défendre l’industrie.

Le maire de Dalhousie, Normand Pelletier, a pour sa part été plus catégorique quant à sa position.

«Je vais apporter ce document à mon conseil en espérant que celui-ci l’appuie et que l’on puisse donner notre soutien à la démarche du Parti vert qui vise à condamner l’utilisation de ce produit. C’est le temps que les gens du Nouveau-Brunswick débattent une fois pour toutes de la question», a-t-il indiqué, rappelant le fiasco du DTT dans les années 50-60, produit extrêmement toxique pulvérisé abondamment sur la forêt néo-brunswickoise.

Également plutôt favorable au projet de loi, le président du DSL de Saint-Jean-Baptiste-Menneval, Burt Paulin, a pour sa part tenu à relativiser la position plutôt tranchante de l’industrie forestière dans ce dossier.

«Ils laissent entendre à la population du Nouveau-Brunswick qu’il n’y a pas d’alternative (à l’épandage), menaçant les communautés de pertes d’emplois, de fermetures. Ils ne sont pas honnêtes envers la population. La réalité c’est que nous n’avons pas toujours arrosé nos forêts. Avant, nous avions beaucoup plus de gens en forêt qui effectuait de la sylviculture. Nous avions des forêts mixtes, vivantes et en santé», a soulevé M. Paulin.

Le document apporté devant la CSR-Restigouche était à titre informatif. Celle-ci n’a pas été appelée à prendre formellement position sur le sujet.