Quand le silence constitue une voix forte

Andrée Mélissa Ferron n’était âgée que de 6 ans lors des tragiques événements du 6 décembre 1989, quand 14 femmes ont perdu la vie, victimes d’un tireur fou, parce qu’elles étaient des femmes à l’École polytechnique de Montréal. Mais ces images, diffusées en boucle et rappelées chaque année par l’actualité, l’ont marquée à jamais.

Vendredi, Andrée Mélissa, tout comme des dizaines de personnes, marchera en silence. Pas seulement pour ces 14 femmes décédées, mais pour bien d’autres aussi. Les 10 blessées de cette journée noire d’il y a 30 ans. Toutes ces femmes autochtones assassinées et disparues. Toutes ces femmes qui ont subi et subissent encore cette violence…

Ça fait beaucoup de monde, quand on y pense un peu.

«Nous voulons dire non à toute forme de violence subie par des femmes et des filles à travers des relations conjugales, familiales ou sociales. Oui, il y a eu 14 femmes assassinées le 6 décembre 1989, mais il y a eu aussi 10 femmes blessées cette journée-là. Il y a les victimes, mais aussi leurs familles, leurs survivantes, leurs témoins. Il ne faut pas les oublier. La violence touche tout le monde car elle est très proche de nous», explique cette enseignante de français et de littérature à l’Université de Moncton, campus de Shippagan.

Elle a choisi d’organiser cette marche avec l’aide de la Table de concertation pour contrer la violence conjugale et familiale de la Péninsule acadienne et le Comité permanent de la situation féminine de l’Université de Moncton, campus de Shippagan.

Le milieu universitaire est particulièrement interpellé dans cette lutte contre la violence familiale et conjugale. C’est un endroit qui peut alimenter les discussions et les débats à la recherche de solution visant à amener de saines relations, croit l’enseignante.

«À l’université, nous avons une politique, un comité et des intervenants qui vont favoriser un environnement sain et sécuritaire pour les femmes. Collectivement, nous pouvons trouver des façons d’empêcher cette violence en favorisant la prévention, l’intervention, l’information et les ressources», stipule-t-elle.

Et comme ça marquera le 30e anniversaire des événements de Polytechnique, les participants auront une raison additionnelle de s’unir face à ce fléau qui continue de bouleverser la vie d’autant de gens.

«Comme je n’avais que 6 ans, je garde très peu de souvenirs de l’événement en soi. C’est vague dans mon esprit de jeune enfant. Cependant, chaque année ramène cet événement et ces images qui m’ont marquées. Cela a une résonnance particulière, car c’est un événement qui s’est passé dans une institution de savoir», note-t-elle.

Andrée Mélissa et les autres marcheurs tiennent à garder le silence lors de la marche qui débutera à 12h45, à l’entrée du pavillon principal Irène-Léger de l’UMCS. Parce que ce silence, justement, constitue une voix forte pour toutes celles qui n’en ont plus.

«Ce sera un grand moment de recueillement, est-elle persuadée. Notre silence aura une symbolique très forte, parce que nous rendrons hommage aux personnes qui n’ont plus de voix et qui ont été réduites au silence en raison de la violence. Nous serons leurs voix et nous porterons leur message.»

Cette marche silencieuse est organisée dans le cadre de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. La présidence d’honneur de cette rencontre a été octroyée à Roxanne Roy, dont la tante et marraine Simonne Boudreau a été assassinée par son conjoint de fait à Grande-Anse, à la fin de 2006.

Un dîner de Noël sera servi à compter de 11h et divers kiosques d’information seront disponibles à l’UMCS jusqu’à 13h30. Cinq témoins silencieuses, ces figurines rouges en mémoire de femmes mortes des suites de violence, seront sur place.

Les discours d’usage débuteront vers 11h45. Les dons seront remis à l’Accueil Sainte-Famille, cette maison d’hébergement pour femmes et enfants victimes de violence familiale et conjugale de la Péninsule acadienne.

Les campus universitaires de Moncton et d’Edmundston souligneront également cette journée par des activités spéciales.

Vigile à Moncton

Le Comité du 6 décembre du Conseil du travail de Moncton soulignera le 30e anniversaire de la tragédie de Polytechnique par une veillée à la chandelle, vendredi.

Un service commémoratif débutera à 18h30 au Centre Fr. Dan Bohan, à côté de l’hôtel de ville de Riverview. Le tout sera suivi par une vigile à la chandelle au monument du 6 décembre situé au parc Caseley.

«En cette Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, nous pleurons les quatorze femmes tuées à Montréal en 1989, nous tournons également nos pensées envers toutes les femmes qui furent tuées ou furent victimes de violence aux mains d’hommes violents», a indiqué le comité par voie de communiqué.

Cette année, les fonds recueillis dans le cadre  de la Campagne du ruban violet seront versés au Carrefour pour femmes, un refuge pour les femmes et leurs enfants qui fuient la violence. Des dons d’argent et de produits d’hygiène féminins seront aussi recueillis à la porte.

«Trente ans après le massacre de Montréal, nous demandons à tous de faire sa part pour une société sans violence. La situation de s’améliore pas. Un rapport récemment rendu public démontre que 148 femmes et filles, à travers le pays, y compris huit au Nouveau-Brunswick, ont été tuées violemment en 2018. Le Nouveau-Brunswick a le troisième taux le plus élevé, ce qui nous inquiète beaucoup. Les refuges débordent et ont désespérément besoin de notre aide. Le 6 décembre représente une occasion pour nous de réfléchir sur la prédominance de la violence faite aux femmes dans notre société et aller de l’avant. C’est une journée où nous déplorons la violence à l’égard des femmes et renouvelons notre engagement à y mettre fin», poursuit le comité.