Tous n’ont pas le coeur à la fête à Noël

Les cadeaux s’empilent sous le sapin, les lumières décoratives scintillent et le garde-manger déborde de gâteries. C’est bientôt «la période la plus merveilleuse de l’année», chante Andy Williams, mais certains n’ont pas le coeur à la fête.

L’anxiété, la dépression, les troubles alimentaires et de personnalité se manifestent chez des personnes de tous âges, de toutes classes sociales et à n’importe quel moment.

Ils ne se mettent pas en veilleuse à ce temps-ci de l’année. Au contraire, ceux qui en souffrent s’obligent souvent à balayer leurs symptômes sous le tapis pour être à la hauteur des festivités.

Mary Baker, une étudiante à l’Université St. Thomas, à Fredericton, redoute déjà le séjour au bercail prévu à la mi-décembre.

«Je me sens comme si je dois me transformer en une personne que je ne suis pas», a avancé la jeune femme.

Souffrant d’anxiété et d’épisodes de dépression sévère, Mme Baker raconte qu’elle a parfois peine à répondre aux attentes de ses proches, spécialement pendant le temps des Fêtes.

«J’ai dû expliquer à ma mère. Je lui ai dit “je me sens vraiment mal. Je sais que Noël est une fête merveilleuse que nous sommes censés célébrer en famille, mais parfois je dois prendre soin de moi avant tout”.»

À la veille de Noël, Mme Baker arrive toutefois habituellement à déguster un plateau de fromages, à jouer aux cartes avec sa famille et à déballer ses cadeaux avec sa soeur.

Cependant, les crises d’anxiété peuvent arriver sans avertissements, explique-elle.

«Si j’entends quelque chose qui me trouble, je deviens fâchée très rapidement, ce qui engendre une attaque de panique.»

Mme Baker craint de devoir participer aux discussions controversées qu’aborde sa famille.

«Parfois, je me sens piégée lorsque je suis à la maison.»

La jeune femme souligne que les symptômes de sa dépression et son anxiété n’ont rien à voir avec l’amour qu’elle porte à ses proches.

Elle maintient qu’elle apprend simplement à prioriser ses propres besoins.

Rebecca Whiting, une mère âgée de 28 ans, a été diagnostiquée d’un trouble de la personnalité limite l’an dernier.

Les personnes atteintes de ce trouble ont souvent une peur exagérée de perdre leurs liens avec les membres de leur entourage. Elles se sentent facilement rejetées, dévalorisées et ressentent leurs émotions très intensément.

«La seule chose que mon fils sait, c’est que maman devient facilement troublée. Je me sens coupable lorsqu’il me voit comme ça.»

À Noël, la pression monte d’un cran pour la jeune femme.

«Ce sont des moments quand je dois mettre de côté mes émotions», raconte-t-elle.

«Mon garçon est petit. Je me dis que je ne peux pas être égoïste, je dois lui donner le meilleur.»

En plus de travailler à temps plein à Bathurst, Mme Whiting et son ex-conjoint partagent la garde de leur fils. Il sera donc difficile pour elle de visiter ses parents en Ontario.

Malgré les émotions invasives qui la perturbent, la mère s’engage à «se laisser emporter par la magie de Noël» du mieux qu’elle peut.

«L’important est de ne pas repousser les gens qui essayent de vous aider», a-t-elle adressé aux gens qui pourraient souffrir d’un trouble semblable.

Julie Savoie, une adolescente de la région de Robertville, près de Bathurst, abonde dans le même sens.

Dans son cas, c’est un déséquilibre chimique au niveau du cerveau qui a entraîné trois hospitalisations en huit ans pour traiter une dépression.

Mme Savoie en parle très ouvertement. Selon elle, accepter ses difficultés est primordial pour arriver à les surmonter.

«Personnellement, je trouve ça difficile pendant le temps des Fêtes parce que ma dépression est pire l’hiver.»

La fatigue, l’irritabilité, les sauts d’humeur ainsi que les troubles de concentration font en sorte que la jeune femme n’a pas toujours l’esprit à la fête.

«Ça ne me tente pas toujours d’être avec ma famille parce que je les affecte.»

Mme Savoie note, par contre, qu’elle apprend petit à petit à ne plus se sentir coupable.

«J’ai appris que les gens aiment ça ou pas, c’est la réalité», lance-t-elle.

Une réalité qu’elle apprivoise à l’aide de ses amies, des professionnels de la santé et de certains membres de sa famille.

Perte et deuil

Malheureusement, les troubles de santé mentale ne sont pas seuls à pouvoir noircir le temps des Fêtes.

Mélissa Roy, une jeune femme de Petit-Rocher, l’a constaté l’an dernier après avoir subi une fausse couche à l’aube de son deuxième trimestre.

«La partie la plus difficile était surtout de voir les enfants de mes proches ou des vêtements de bébé lorsque j’allais au centre d’achat.»

La famille de Mme Roy s’est excusée à maintes reprises pour sa perte durant les rassemblements familiaux.

«Même si c’est respectueux, ça faisait mal», a-t-elle renchéri.

Cette année, la jeune femme célèbrera Noël en Alberta avec sa meilleure amie.

Elle reconnait que Noël, comme la fête des Mères, rappelle des souvenirs pénibles pour elle, mais elle compte tout de même en tirer le meilleur.

«Moi et mon amie nous allons boire un peu de vin, aller souper et nous avons même pris rendez-vous pour une séance photo.»

L’essentiel, selon Mme Roy, est de ne pas s’isoler.

«Personne n’a besoin d’être seul dans sa tête. Les ressources sont là», a-t-elle conclu.

Mathieu Hachey a fait du chemin depuis 2012, lorsqu’il a lui aussi été diagnostiqué d’une dépression sévère. L’homme originaire de Petit-Rocher a finalement atteint un état de stabilité.

Cette année, il est impatient de partager des moments précieux avec sa famille, mais il n’y a pas si longtemps, sa dépression le forçait à vouloir s’isoler.

«Chez nous, Noël est une grosse fête familiale qui se passe avec mes cousins, cousines, et maintenant mes filleuls et filleules. Il y a un souper le 24, le 25 au soir ainsi que le 26 du côté de mon père. »

M. Hachey sait que le temps des Fêtes est une période à haut risque de rechute pour lui. Il redouble donc de précautions contre le manque de soleil, de vitamine D et les ennuis qui l’occupent.

«Je suis déjà passé par là donc j’essaie de faire plus attention », a-t-il expliqué.

Le jeune homme dit maintenant connaître ses limites.

«Avant, je ne m’écoutais pas, je voulais vraiment faire plaisir à tout le monde (…) »

M. Hachey a raconté son histoire dans un livre publié en 2016 et continue à sensibiliser le public aux questions de santé mentale en offrant des sessions d’information dans les écoles secondaires.

Dans le cadre de cette entrevue, il a voulu laisser un message aux familles de ceux qui se battent.

«Aux familles qui voient un proche souffrir ou agir différemment, il suffit de lui tendre la main, de lui dire que vous êtes là et qu’il n’est pas seul, peu importe le temps de l’année.»