Scierie de Baker Brook: le maire réclame 1,7 million $ à J.D. Irving

La Communauté rurale de Haut-Madawaska demande une compensation financière pour la perte de sa scierie ou, à défaut, le rapatriement de l’allocation de bois qui y était rattachée.

En octobre, la compagnie J.D. Irving (JDI) annonçait la fermeture immédiate et définitive de sa scierie du quartier Baker Brook située dans la Communauté rurale de Haut-Madawaska. 65 personnes perdaient alors leur emploi.

Toujours ébranlé par cette fermeture, le maire de Haut-Madawaska, Jean-Pierre Ouellet a tenu un point de presse jeudi afin de réclamer des actions concrètes du gouvernement provincial.

Il suggère qu’en fermant ses portes, la compagnie JDI n’a pas respecté les termes imposés par le gouvernement lors de l’entente pour le transfert de l’allocation forestière survenue en octobre 2006.

Pour prouver ses dires, il se base sur une correspondance du ministre des Ressources naturelles de l’époque, Donald Arseneault, à la compagnie JDI. On peut lire que le gouvernement exigeait de la compagnie une série de conditions avant que celle-ci ne puisse mettre la main sur l’allocation. Parmi elles, assurer le fonctionnement de la scierie de Baker Brook et y maintenir un minimum de 35 emplois.

Puisqu’aucune date d’expiration pour le maintien de ces conditions n’est évoquée dans cette lettre, M. Ouellet assume qu’elles sont toujours en vigueur. Se faisant, JDI aurait contrevenu aux modalités du transfert lorsqu’elle a fermé son usine.

Aujourd’hui, M. Ouellet exige réparation. Ce qu’il demande, c’est le retour de l’allocation forestière et qu’elle soit à nouveau rattachée à la scierie (ou une usine) de la communauté de Baker Brook. Sinon, que la compagnie JDI dédommage la communauté par l’entremise d’un montant forfaitaire.

«Ce montant pourrait nous aider à relancer et diversifier notre économie», a confié le maire au journal.

Mais à combien chiffre-t-il cette compensation?

Pour arriver à un montant, il se base sur les rachats d’allocations autorisées en 2007 par le gouvernement provincial. Pendant une période limitée (six mois), le gouvernement avait donné son aval à certains rachats de scieries (incluant leurs allocations de bois), question de fouetter l’industrie et permettre aux joueurs plus solides de survivre. En somme, il s’agissait d’acheter une scierie et de la fermer. L’acheteur pouvait ensuite conserver l’allocation forestière.

Selon M. Ouellet, c’est ni plus ni moins ce qui se passe avec l’usine de Baker Brook, à l’unique différence que J.D. Irving a continué d’opérer la scierie treize années après son rachat au lieu de la fermer sur le champ. Il a le sentiment profond que la compagnie est tout aussi imputable à la communauté aujourd’hui.

À l’époque, les acheteurs s’engageaient à débourser un montant de 10$ par mètres cubes pour mettre la main sur l’allocation forestière. Ce montant était ensuite remis aux communautés comme fonds de relance économique. En suivant cette formule, et puisque l’allocation fait 172 000 m3, le montant à remettre serait de 1,72 million $.

«Irving n’a pas eu à payer ce montant à ce moment en 2006, car elle a continué de faire fonctionner le moulin. Mais ses plans ont toujours été de le fermer dans un futur proche. Aujourd’hui, on estime donc que ce montant nous revient», clame-t-il.

M. Ouellet demande du coup au gouvernement de faire appliquer la clause et de forcer la forestière à débourser ce montant à la communauté. À défaut de recevoir ce montant, il estime que le gouvernement devrait tout simplement retirer l’allocation de Baker Brook des mains du géant forestier.

«On a d’autres personnes qui sont intéressées à développer des projets liés à l’industrie forestière, des projets autres que simplement faire de la planche. Si on ne peut avoir l’argent, alors qu’on nous donne l’allocation pour développer des projets et créer de la richesse dans la région», estime M. Ouellet.

Pertes

Selon le maire, la grande majorité des 65 travailleurs touchés par cette fermeture se sont depuis trouvé du travail. Certains ont été relocalisés dans l’usine voisine de JDI à Saint-Léonard, alors qu’une vingtaine d’autres se sont déniché un poste chez Waska à Clair. D’autres encore ont pour leur part opté pour la retraite.

En bref, bien peu de personnes se sont retrouvées au chômage. Qu’à cela ne tienne, M. Ouellet estime que la fermeture de la scierie de Baker Brook demeure un coup dur pour la région.

«On est content que les employés mis à pied se soient trouvé de nouveaux postes, mais ce n’est pas ce que l’on peut appeler de la création de richesse. On stagne avec le même nombre d’employés au lieu d’en attirer de nouveaux. On ne fait que prendre les mêmes personnes et les faire travailler ailleurs», estime le maire.

La perte de la scierie représente également un manque à gagner de 36 000$ en revenus d’eau et égouts pour la communauté rurale, la scierie utilisant 40% du système d’eau.

«Ça va également avoir des impacts sur les revenus fonciers, parce qu’on va se retrouver avec des bâtiments vides, voire même peut-être plus de bâtiment du tout», souligne M. Ouellet.