Une nouvelle ferme de cannabis à Shediac Cape

Un petit nouveau dans la production de cannabis, Crystal Cure, construit actuellement une usine à Shediac Cape, près de la Route 11.

L’entrepreneur Mark Barbour, chef de la direction de l’entreprise, voit grand.

Il prévoit pouvoir produire du cannabis à usage récréatif en 2020 dans son usine de 5800 mètres carrés.

M. Barbour explique que les plantes seront cultivées dans une gigantesque serre devant l’usine. La serre sera divisée en 14 chambres qui contiendront chacune 800 plants de cannabis.

«Ça nous permet de contrôler notre environnement, donc si une maladie se développe dans une plante, ça n’affectera pas toute notre récolte», explique-t-il au terme d’une visite du chantier de construction.

À l’intérieur du bâtiment, des employés s’occuperont de la transformation et de l’emballage du produit.

L’usine produit actuellement une petite quantité de cannabis à des fins d’évaluations par Santé Canada. Elle a obtenu cette autorisation en juillet.

«Présentement, on a un permis de cultivation, de transformation et de production de cannabis médical, et il nous manque seulement le permis de production récréative pour commencer à vendre», dit le chef de la direction.

L’entreprise est sur le point d’obtenir son permis de production de pot récréatif, selon lui. Des échantillons de sa dernière récolte ont été envoyés à l’agence gouvernementale.

Cette récolte se retrouve dans une petite serre chauffée à l’intérieur du squelette inachevé de l’usine.

Il faut normalement disposer d’une usine en règle avant d’obtenir un permis de culture de cannabis récréatif, mais Crystal Cure a emprunté un raccourci, aux dires de son chef.

«La petite serre est dans le plus gros bâtiment qu’on est en train de construire. Quand on aura terminé de construire notre serre extérieure et notre édifice principal, il ne faudra pas obtenir un nouveau permis, seulement un amendement puisqu’on cultivait déjà sur le même site.»

Si le nom Crystal Cure peut sembler ésotérique, c’est voulu, d’après Mark Barbour.

«Le cannabis, c’est spirituel, et on veut préserver ça.»

Le cannabis ne peut pas encore obtenir la certification de produit biologique auprès de l’Agence canadienne d’inspection des aliments, mais Mark Barbour vise à ce que son produit puisse l’obtenir un jour.

En attendant, il continue de faire pousser du pot sans pesticides et sans produits chimiques. Il estime que c’est ce genre de produits qui aura la cote auprès des utilisateurs d’ici quelques années.

Selon lui, le secret est dans l’utilisation d’un terreau organique qui contient déjà les nutriments nécessaires pour la croissance de la plante.

Il avance aussi que ce processus permet d’éviter d’irradier les plants de cannabis.

Il est à noter que Santé Canada prévoit l’irradiation de plants de pot avant la consommation pour éliminer la présence de moisissures ou de bactéries potentiellement nocives.

Toujours selon Santé Canada, le rayonnement ionisant qui peut être utilisé sur le cannabis – et sur certains aliments, comme le boeuf haché – n’est pas nocif pour l’humain puisque la dose est trop faible pour «nuire à la qualité nutritionnelle des aliments et entraîner la présence de radioactivité».

Pour sa part, Mark Barbour assure que l’utilisation de rayonnement ionisant peut affecter le goût du produit.

Crystal Cure compte seulement huit employés pour l’instant, mais M. Barbour prévoit embaucher 100 travailleurs lorsque l’usine sera construite en 2020.

Et les voisins, eux?

Mark Barbour n’est pas sans savoir que les usines de cannabis ne plaisent pas à tout le monde.

Il y a quelques mois, un projet de construction d’une usine de cannabis avait causé un tollé à Cap-Pelé. La petite municipalité avait finalement refusé le projet après avoir reçu une pétition de 500 signatures.

Lorsqu’on mentionne cette histoire en entrevue, Mark Barbour mentionne immédiatement que son usine est située dans un district de services locaux (DSL) et que le projet ne devra donc pas se soumettre au jugement d’une municipalité.

Le DSL de Shediac Cape n’a pas de président, ni de comité consultatif.

Mr. Barbour explique tout de même qu’il a pris contact avec des résidents du coin pour les informer du projet.

Selon lui, les odeurs de pot qui pourraient être dégagées par l’usine seront surtout balayées par le vent en direction de la Route 11, et non pas dans le voisinage.

Il indique aussi que les habitations sont assez éloignées de l’usine pour la plupart.

Jason Clark habite à Shediac Cape. Nous l’avons interrogé au sujet du projet alors qu’il vidait sa boîte aux lettres, à quelques minutes de marche de l’usine. Il n’était pas au courant de ce qui se préparait.

«Ça pourrait amener quelques emplois dans la région. Ce serait l’idéal, je crois qu’on en a besoin, et j’aime bien l’idée que quelqu’un développe plus de terres agricoles dans le coin. Je n’ai pas d’objection à la culture de cannabis pourvu qu’il n’y ait pas d’impact sur le plan environnemental», dit-il.

Candace Murray habite beaucoup plus près de l’usine. Elle a entendu parler du projet.

«On est plutôt heureux, en fait», dit-elle.

Elle explique que son petit coin de pays n’a pas internet haute vitesse. Elle espère que le développement industriel dans la région incitera les entreprises de télécommunication à y étendre leur réseau.

«Ils ont déjà changé les lignes électriques», dit-elle d’un ton enjoué.

Mark Barbour est un ancien employé des relations publiques d’Alcool NB et de Cannabis NB. Il a quitté cet emploi en juillet.