Des enfants collectent 220 dindes de Noël à Moncton

L’école Bessborough à Moncton fait participer ses élèves à une campagne de solidarité. Elle a organisé cette année sa 10e marche jusqu’à la caserne de pompiers du boulevard St-George. Ses écoliers y ont apporté 220 dindes de Noël.

«Bessborough!», clame un pompier en levant un poing en l’air. Un hurlement de victoire lui répond, poussé par une foule d’enfants rassemblée devant la caserne du boulevard St-George à Moncton. Ces élèves viennent de l’école dont le nom vient d’être crié.

Ella, 13 ans, a apporté fièrement sa dinde jusqu’à la caserne de pompiers. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Les surplombant, un autre combattant du feu leur tient un discours à travers un mégaphone.

«Moncton est une ville tellement géniale et vous en êtes le futur, harangue-t-il. Vous avez fait le plus gros don qu’on a jamais eu: 220 dindes, c’est impressionnant. Ce n’était pas facile, mais vous l’avez fait!»

L’Association des pompiers de Moncton a collecté les volailles de la campagne annuelle initiée par la commerçante retraitée Sue Stultz, dans la caserne du boulevard St-George. L’objectif de l’opération cette année était de distribuer 4175 dindes aux banques alimentaires du sud-est du Nouveau-Brunswick.

Un directeur en dindon

L’école Bessborough y fait participer ses élèves depuis 11 ans. Elle leur demande de récolter des fonds pendant une semaine, afin de pouvoir acheter le plus de dindes possible. Elle leur fait ensuite porter les volatiles jusqu’à la caserne, lors d’une marche de dix minutes. Son directeur, Nick Mattatall visait 3000$. Il en a amassé 3260.

Résultat, il s’est déguisé en dindon, à la plus grande joie des bambins. Il prend néanmoins l’action de solidarité très au sérieux.

Ils étaient 580 élèves de l’école de Bessborough à marcher vers la caserne de pompiers du boulevard St-George pour y apporter des dindes de Noël. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

«Elle fait de nos élèves de bons citoyens qui prennent soin de leur communauté», commente-t-il.

Ils étaient 580 à défiler sous la neige jusqu’à la caserne cette année. Parmi eux, souriant déjà de façon mature malgré ses 13 ans, se trouvait Ella. La petite femme est végétarienne depuis un an et demi. Elle a toutefois enlacé avec fierté un morceau de viande dans le cortège.

«Même si je n’en mange pas, je sais l’importance que la dinde a pour d’autres familles, explique-t-elle. Certaines ne sont pas assez chanceuses pour en avoir à Noël. Nous les aidons.»

Comprendre la solidarité

Jonathan, 12 ans, fait le fou devant l’appareil photo. Il comprend toutefois aussi parfaitement l’importance de la collecte. Il raconte être resté après les cours à l’école pour participer à son financement en vendant du maïs soufflé.

«Ceux qui n’en ont pas les moyens pourront avoir une dinde à souper, se félicite-t-il. C’est important parce que c’est comme une grosse tradition.»

En revanche, Ozzie, âgé de 6 ans, peine à comprendre les événements. Il est bien content malgré tout. Ses pieds glissent sur le trottoir gelé. Devant lui, deux camarades avancent en faisant patiner leurs genoux sur le verglas. «La glace», s’émerveille le petit garçon, dans un grand sourire.

Jonathan s’est investi dans la collecte de fonds en vendant du maïs soufflé. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Un peu plus loin, une enseignante tente d’expliquer à deux élèves ce qu’ils viennent d’accomplir.

«Je crois que tu ne comprends toujours pas, indique-t-elle, sans se décourager. Certaines familles ne peuvent pas se procurer de dinde pour Noël. Aujourd’hui, nous venons de les aider. Tu ne peux pas demander de cadeaux pour ça.»

Les enfants recevront en tout cas les félicitations de leur directeur, qui les attend à leur retour devant l’école pour les saluer en posant son poing contre le leur, par une poignée de main ou même un câlin.

Le principal Nick Mattatall, déguisé en dindon, a félicité tous les élèves qui ont participé à l’opération de collecte de dindes de Noël. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

Sue Stultz, 22 ans de solidarité

Elle organise une campagne de collecte de dindes pour Noël depuis 22 ans. Elle affirme que toutes les familles inscrites à une banque alimentaire dans le Grand Moncton en obtiennent pour les fêtes depuis 1997. Gérante d’une station d’essence à la retraite, Sue Stultz raconte comment tout a commencé.

Acadie Nouvelle: Pourquoi est-ce important de collecter des dindes pour les banques alimentaires à Noël?

Sue Stultz: La dinde est une tradition. L’une des dames qui en ont donné cette année m’a dit qu’elle avait bénéficié de la collecte l’année dernière. Elle travaille maintenant à mi-temps. Elle m’a dit qu’elle pouvait passer Noël sans jouet ou sans livre, mais qu’elle ne pourrait jamais le faire sans dinde. Cette volaille peut en outre nourrir pendant plus d’un repas, dans une période où il arrive que les banques alimentaires soient fermées.

A. N.: Qu’est-ce qui vous a amené à organiser votre première campagne de collecte de dindes?

S.S.: Tout a commencé quand un client est entré dans mon commerce avec une dinde pour me demander si je pouvais la porter à une banque alimentaire, car il partait en Floride. J’ai contacté celle de Moncton, qui s’appelle maintenant Food Depot Alimentaire. Son président m’a dit qu’il n’avait jamais assez de dindes. Je lui ai demandé combien il lui en fallait. Il a répondu 800. J’ai donc placé un panneau routier indiquant cette information devant ma station d’essence. Nous en avons reçu 1147.

A. N.: Aviez-vous déjà effectué des actions charitables ?

S.S.: J’en ai fait toute ma vie. Ma mère était une grande dame. Elle s’est assurée qu’il n’y avait pas une personne dans notre quartier qui manque de dinde le jour de Noël. C’est donc naturel pour moi et ma famille d’aller dans la communauté pour que chacun profite de ce que nous considérons comme acquis.

A. N.: Les enfants de l’école Bessborough semblent apprendre des principes moraux en participant à votre collecte…

S.S.: Je dis toujours aux enfants que leur cœur est comblé s’ils donnent et n’ont pas à recevoir. Et je vois comme ils sont heureux pendant la collecte. Il y a un sourire sur leurs visages parce qu’ils savent qu’ils accomplissent une bonne action.