Hôpital de Campbellton: le niveau passe de critique à «fragile»

Deux semaines après avoir décrété l’état d’urgence à l’Hôpital régional de Campbellton, le Réseau de santé Vitalité estime que le pire de la crise est passé. Mais le cœur du problème demeure, ce qui rend la situation toujours précaire.

Cela fait maintenant deux semaines que l’Hôpital de Campbellton éprouve des problèmes.

Le réseau Vitalité avait annulé les services ambulatoires (consultations externes), les chirurgies, les hospitalisations et les accouchements. Tout cela, en plus de détourner les ambulances vers les hôpitaux voisins.

Cette situation avait été engendrée par un débordement sans précédent du taux d’occupation. Quarante-deux patients étaient alors sur des civières dispersées à l’urgence ainsi que sur d’autres planchers.

Mis littéralement en «état d’urgence» par le Réseau de santé Vitalité, l’établissement restigouchois commence peu à peu à se remettre sur pieds. Quel est l’état actuel des choses?

«C’est mieux, mais c’est toujours précaire. C’est très fragile et on se doit de surveiller l’évolution de la situation de très près», confirme le PDG du réseau, Gilles Lanteigne.

D’abord, la situation du nombre de patients sur des civières qui encombraient les corridors de l’urgence a chuté dès les premiers jours de la crise, notamment en raison de l’absence de nouvelles hospitalisations, mais aussi d’un effort de médecins à donner congé rapidement aux patients.

On ne retrouve plus aucun patient sur civière dans les corridors à l’heure actuelle.

«On ne veut plus que ça se reproduise, avoir tant de patients dans les corridors. C’est pourquoi on insiste beaucoup sur le fait que les admissions doivent absolument être pertinentes et les congés donnés le plus rapidement, quand c’est possible bien entendu», indique M. Lanteigne.

Sinon les chirurgies – électives, ambulatoires et d’urgences – ont repris graduellement, tout comme les services de consultation externe et les hospitalisations. Pour ce qui est des ambulances, elles ne sont plus détournées vers d’autres établissements.

Mais il reste néanmoins un grand défi, et c’est toujours le même, celui qui a mené à crise: trop de patients dans les lits, une situation attribuable à la clientèle de personnes en attente d’un placement en foyer de soins.

«On ne parvient pas à envoyer ces clients aussi rapidement qu’on le souhaiterait dans les foyers de soins. Et tant que cette clientèle occupera autant de lits, la situation demeurera critique», indique M. Lanteigne.

Il rappelle qu’une trentaine de lits sont toujours vacants au Foyer de soins Village de Campbellton, faute de personnel.

Dans les faits, seulement sept patients en attente de place ont quitté l’hôpital depuis le début de la crise, ce qui fait qu’une soixantaine de lits demeurent monopolisés par cette clientèle.

Pas d’accouchement

Une mesure demeure toujours en vigueur à l’hôpital de Campbellton, soit l’interruption des services d’obstétriques et de pédiatries.

Cela fait deux semaines que les femmes enceintes du Restigouche et de la région Avignon en Gaspésie ne peuvent plus accoucher à l’hôpital de Campbellton. Le réseau ne prévoit pas un retour à la normale avant deux autres semaines, soit le 23 décembre.

Mais contrairement à la problématique initiale d’engorgement, c’est un manque au niveau des ressources humaines qui est cette fois au cœur de cette interruption, notamment l’absence d’un pédiatre.

«Même sans la situation d’urgence nous aurions été obligés d’annoncer l’interruption du service, car nous avions des trous non colmatés au niveau de notre personnel», confirme M. Lanteigne.

Ainsi, le Restigouche sera au total un mois sans soins obstétriques. Jusqu’à présent, le réseau confirme que sept patientes qui devaient accoucher à l’hôpital de Campbellton ont eu leur enfant dans un autre établissement, plus précisément les hôpitaux de Bathurst, d’Edmundston et de Maria (Gaspésie).

Critiques

Selon Égalité santé en français, la seule explication pour cette fermeture prolongée de ces deux services est un manque de planification ainsi qu’une piètre gestion des services cliniques.

Le Dr Hubert Dupuis, porte-parole de l’organisme, n’hésite pas à comparer la situation à celle survenue il y a quelques mois à l’Hôpital Chaleur de Bathurst.

«Encore une fois, à cause de sa gestion régionale et l’absence de direction locale, le réseau met en danger la sécurité et la santé de ces patientes et patients en les obligeant à voyager près d’une heure en hiver pour se rendre dans un autre hôpital», estime-t-il.

Celui-ci en appelle au ministre de la Santé pour qu’il exige une reddition de comptes de la gestion régionale et locale ainsi que sur les services offerts par le réseau Vitalité à la population du Restigouche.

Il invite également les membres du conseil d’administration du réseau à se faire plus insistants envers la haute direction en lien avec la récente crise qui a mené à la fermeture de services de soins à l’hôpital régional de Campbellton.

Il espère que ceux-ci se feront entendre lors de la prochaine réunion publique prévue le 10 décembre à Edmundston.

«Les membres du conseil sont en place pour représenter la population et non pour servir le ministre ou le gouvernement en place», souligne-t-il.