Violence familiale et conjugale: réapprendre à vivre normalement

Roxanne Roy en connaît déjà trop sur la violence familiale et conjugale. Elle n’a pourtant que 23 ans. À deux reprises, ce fléau est venu voler son enfance.

Cela a commencé pendant les Fêtes de 2006. À Noël, elle a joué au karaoké avec sa tante et marraine Simonne Boudreau, en dégustant son fameux bouillon de poulet.

Selon ses amies, Simonne était une femme exceptionnelle. Elle aimait la vie, elle était joviale, coquette et très souriante. Elle aimait les animaux, les balades et la musique.

Puis est arrivé le 1er janvier 2007…

Simonne est retrouvée sans vie dans sa résidence de Grande-Anse. Battue à mort par son conjoint, qui a ensuite pris la fuite vers le Nord-Ouest, où il a été arrêté quelques jours plus tard.

Un conjoint aux antécédents de violence conjugale, avec un casier judiciaire. Au moment du meurtre, il était en période de probation pour violence envers une ancienne conjointe, peut-on désormais lire sur la silhouette silencieuse de cette femme disparue à l’âge de 51 ans.

Les amis et la famille de Mme Boudreau se souviennent de l’avoir vue avec des blessures et des yeux au beurre noir. Ils l’ont encouragée à quitter son conjoint. On connaît la suite.

Mais ce n’est pas tout.

La même année, Roxanne a dénoncé son agresseur sexuel. Un membre de sa famille. La justice a eu besoin de 10 ans pour envoyer l’accusé derrière les barreaux pour une durée d’un an.

Des séquelles

Dans ces conditions, il n’est pas vraiment étonnant d’apprendre qu’elle s’est engagée à fond dans cette cause, notamment auprès de la Table de concertation pour contrer la violence familiale et conjugale de la Péninsule acadienne.

«Cette cause me touche profondément, affirme-t-elle. J’avais 10 ans quand ma marraine est décédée. Chaque année, je pense à elle pendant le temps des Fêtes. C’est dur pour nous de ne plus la voir. J’ai été ensuite agressée sexuellement par un membre de ma famille. C’est horrible. Je vis avec des séquelles tous les jours, du stress post-traumatique. Il a fallu que je réapprenne à vivre normalement.»

Vendredi, Roxanne sera le visage de ce fléau, alors qu’elle ouvrira la marche silencieuse de la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faire aux femmes, à 11h45, à l’entrée de l’Université de Moncton, Campus de Shippagan. Elle a accepté d’en être la présidente d’honneur.

Roxanne aurait pu faire comme bien des femmes et garder pour elle ces traumatismes profonds. Elle a plutôt choisi d’en parler ouvertement. Elle a dénoncé son agresseur. Elle est intervenue dans les médias pendant le procès. Tout ça parce qu’elle voulait démontrer que la violence dont elle a été victime ne la réduira jamais au silence.

«Ce n’est pas tout le monde qui accepte d’en parler. Mon agresseur a fait de la prison et il a été puni pour son geste. Savoir qu’il a payé m’a soulagée. J’aurais voulu davantage, mais il a été reconnu coupable et il est considéré comme un pédophile. Il ne doit pas marcher la tête haute. Je ne l’ai pas revu et je ne le ferai pas exprès pour le revoir. Mais d’autres comme lui continuent. C’est pour cela qu’il faut continuer à se battre, de faire honneur à ces femmes et de donner le courage à d’autres victimes de dénoncer. Qu’on soit Blanc, Noir ou de la communauté LBGTQ+, nous sommes tout autant à risque de vivre la violence», accorde la jeune femme.

Une rencontre inspirante

Récemment, Roxanne a pu rencontrer Ingrid Falaise, lors d’une conférence à Tracadie. La comédienne était dans la Péninsule acadienne dans le cadre d’une activité de sensibilisation contre la violence familiale et conjugale. Son vécu a fait l’objet de deux livres à succès et d’une télésérie.

Une rencontre vraiment inspirante pour la jeune technicienne en pharmacie de Shippagan.

«Nous avons été vraiment chanceux et choyés et pourvoir faire venir Ingrid ici. Cette femme a eu le courage de dénoncer son agresseur. Après sa conférence, j’ai été la première à lever la main dans la foule et je l’ai remerciée d’avoir brisé le silence. Ça prendrait plus d’Ingrid Falaise dans le monde», estime celle qui empruntera d’ailleurs une de ses phrases avant de lancer la marche de vendredi.

On parle beaucoup du 30e anniversaire de la tragédie de Polytechnique. Et avec raison. Mais il y a aussi des femmes comme Roxanne Roy, des femmes de chez nous, qui ont subi un calvaire tout aussi horrible.