Coop de Baie-Sainte-Anne: des moments difficiles à l’horizon

Plus d’une centaine de personnes entassées dans une salle communautaire jeudi dernier, à Baie-Sainte-Anne, témoignent d’une chose: la coop d’alimentation locale peut compter sur l’appui de la communauté pour se relancer. Mais l’avenir est toujours incertain.

La coopérative de Baie-Sainte-Anne fait face à de graves problèmes financiers. Aux prises avec un déficit grandissant et une marge de crédit impayée, le commerce a manqué de liquidités et, pendant plus de deux semaines, ne pouvait plus payer son fournisseur, Sobeys Québec. De plus, la coop fait face à une baisse de la population et à de faibles marges de profit sur la plupart de ses produits.

Au terme d’une réunion publique, jeudi, le directeur de la Coopérative de développement régional Acadie, Marc Henrie, a informé la population de plusieurs changements qui seront adoptés dans les semaines à venir pour tenter de sauver l’entreprise.

Pour l’instant, le plan est de continuer à gérer comme à l’habitude. La caisse UNI locale a accepté de débloquer des fonds pour permettre au commerce de payer de nouveaux fournisseurs.

Mais dans les prochaines semaines, des décisions difficiles s’imposent, selon Marc Henrie.

Il explique que la direction de l’entreprise étudie la possibilité de créer une autre coopérative afin de faire table rase sur le passé, dans la mesure du possible.

«La coop est endettée jusqu’au bout et pas à peu près. La solution qu’on a proposée au conseil et qu’ils ont adoptée, c’est qu’on travaille sur l’incorporation d’une nouvelle coopérative qui n’aura pas 1,2 million $ de dettes.»

La nouvelle entreprise, moyennant des investissements de la part d’organismes communautaires, achèterait les installations de sa prédécesseure.

La coopérative de Baie-Sainte-Anne dispose de deux magasins: une épicerie et un dépanneur hébergeant un magasin d’Alcool NB.

Autre changement proposé: la communauté pourrait bientôt devoir dire adieu à l’un de ces emplacements. Le conseil d’administration de la coop songe à fusionner les deux magasins pour tenter de rentabiliser les opérations.

«Si on n’a plus besoin de chauffer deux magasins, de payer les assurances pour deux magasins, de payer des employés supplémentaires et de maintenir deux établissements, on fera des économies», a affirmé Marc Henrie aux membres de la communauté.

Puisque l’entreprise n’avait plus les moyens de payer son fournisseur, la petite communauté a manqué d’essence à sa station-service locale et ne pouvait plus se procurer certains fruits et légumes à l’épicerie.

Le manque de denrées et d’essence a créé de l’amertume dans la région.

Après plus de deux semaines d’impasse, le CA de la coopérative a finalement pris la décision de rompre l’entente avec Sobeys Québec. Cette annonce a soulevé des applaudissements chez la centaine de personnes réunies à Baie-Sainte-Anne, jeudi.

Cela signifie par contre que les employés de la coop devront se débrouiller pour trouver de nouveaux fournisseurs.

Au début du mois, l’entreprise s’est procurée de l’essence. Des fruits et légumes sont de retour sur les étagères de l’épicerie depuis vendredi.
Marc Henrie ignore quels seront les impacts du bris de contrat avec Sobeys Québec.

«On va entamer des communications avec Sobeys dans les prochains jours afin d’établir quelles seront les pénalités.»

Il mentionne de possibles interruptions de service pendant la transition, mais les détails restent à préciser pour l’instant.

Évidemment, une fusion des deux commerces pourrait signifier des employés en trop. Selon des calculs préliminaires, quatre des 30 employés de l’entreprise pourraient perdre leur emploi, d’après M. Henrie.

La directrice adjointe de la coopérative, Josée Richard, assurera dorénavant l’intérim alors que le directeur de l’entreprise a dû prendre congé pour des raisons de santé.

La réunion de jeudi soir aura permis d’alléger les inquiétudes de la communauté. Bon nombre d’entre eux croyaient au départ que l’entreprise allait fermer ses portes.

«Je crois que les membres vont appuyer le magasin. J’espère que ça va changer. Si tout le monde achète, ça va marcher», dit Albain Doucette, plein d’espoir.

Il explique que le temps des fêtes est un moment particulièrement occupé pour les petits commerces et que le manque d’approvisionnement a causé de l’inquiétude dans la communauté.

Son épouse, Collette Doucette, affirme que les initiatives promises par le conseil d’administration et la CDR Acadie lui ont redonné confiance.

«On magasine à la coop presque tous les jours. C’est notre magasin, on ne veut certainement pas le perdre.»

Une autre citoyenne, Bertha Manuel, espère que les changements annoncés permettront au commerce de remonter la pente.

«La réputation de la coop n’était vraiment pas bonne et ils n’avaient pas les produits qu’on voulait, donc on allait ailleurs», dit-elle.