Aide médicale à mourir: «Mon frère est parti de la meilleure façon possible»

Yves Thibault est décédé vendredi dernier.

L’homme âgé de 45 ans, natif de Saint-Jean-Baptiste et qui a grandi à Kedgwick, a succombé à une injection létale. Cette injection, il l’a souhaitée, il l’a demandée et il l’a finalement obtenue. Il est parti en douceur, entouré par les siens.

En dépit d’une dernière semaine forte en émotions, où il a notamment pu vivre son rêve qui était d’assister à une partie de ses favoris, les Canadiens de Montréal, il n’a pas renoncé à mourir. Lorsqu’on accepte l’aide médicale à mourir, on peut changer d’avis en cours de route, y renoncer jusqu’à la dernière seconde. Mais pas Yves. Ce dernier était en paix avec sa décision.

Lourdement handicapé à la suite de complications liées à une tumeur maligne au cerveau combattu à l’adolescence, il demeurait dans un foyer de soins depuis une dizaine d’années. Sans qualité de vie, avec une santé qui se dégrade lentement mais sûrement, il a préféré partir en dignité pendant qu’il avait encore la force et les capacités de le demander.

Vendredi, son petit frère Martin lui a tenu la main jusqu’à la toute fin. Ils étaient là, tous deux, en compagnie d’autres membres de la famille.

«La docteure lui a rappelé à plusieurs reprises qu’il pouvait changer d’idée, changer de date, attendre plus longtemps en journée… Mais il était prêt, il n’a pas hésité. Il souhaitait que ça se termine», raconte Martin.

Puis il y a eu l’injection et le moment où Yves s’est tranquillement endormi, non sans un dernier petit sourire aux lèvres selon son frère. Sur le coup, celui-ci dit avoir beaucoup pleuré. Malgré la lourdeur de la situation, il avoue aujourd’hui se sentir soulagé. Soulagé non pas d’avoir perdu son frère – car il ne l’a jamais considéré comme un fardeau -, mais plutôt soulagé pour ce dernier.

«Ça me fait du bien de savoir qu’il ne souffre plus. Il était tellement en paix avec sa décision. C’est ce qui nous aide beaucoup à passer au travers notre propre souffrance et je crois que c’est comme ça qu’il faut prendre cette situation», exprime-t-il.

«Il aimait la vie, mais pas cette vie-là»

C’est avec Martin et quelques amis qu’Yves s’était rendu samedi dernier au Centre Bell assister à la partie du Canadien. Les Glorieux l’avaient alors échappée de peu face aux Flyers de Philadelphie. Mais ça, ce n’était qu’un détail pour Yves qui, à l’entracte, a eu la chance de rencontrer quelques légendes de l’organisation et de mettre la main sur un chandail autographié de son joueur favori, Brendan Gallagher.

«On a vraiment passé des moments extraordinaires tous ensemble là-bas, et je suis vraiment content qu’on ait pu lui offrir ça. Mais en dépit de la partie et des rencontres, ce qu’il a apprécié le plus c’est d’être en compagnie de ses amis. Il était vraiment heureux avec la gang, dans la chambre d’hôtel, plus même qu’au Centre Bell. Le voir rire comme il a ri durant cette fin de semaine restera un beau souvenir ancré dans ma mémoire», relate Martin.

Bien que ces moments aient grandement ému Yves, ils n’ont toutefois pas été suffisants pour lui faire oublier la maladie, le calvaire qu’il vit depuis dix ans et son corps qui l’abandonne petit à petit. Pour ça, il n’a pas renoncé.

«Il faut comprendre qu’Yves ne voulait pas mourir. Il aimait la vie, mais pas cette vie-là. Il était encore jeune, avait toute sa tête. Il aurait aimé avoir une vie ordinaire comme tout le monde, avec une famille, mais ce n’était pas possible. Nous non plus, on ne voulait pas qu’il s’en aille. En même temps, on ne voulait pas qu’il souffre, qu’il soit malheureux. Ultimement, c’était son choix et on le respecte, on admire aussi son courage parce que ce n’est pas évident prendre une telle décision», exprime Martin.

«Il a fait le bon choix»

Martin l’avoue, ces dernières semaines – et particulièrement ces derniers jours – ont été fortes émotions. Composer avec un proche qui décide de faire appel à l’aide médicale à mourir, c’était une première pour lui.

«Honnêtement, j’avais peur au départ d’être marqué à vie par cette expérience, d’en être traumatisé. Mais la façon dont mon frère est parti, c’est la plus belle façon qu’on pouvait espérer pour lui, mais aussi pour nous, la famille», exprime Martin.

«On a pu lui dire qu’on l’aimait, le faire profiter au maximum de ses derniers jours alors qu’il était encore en état d’apprécier. On a eu de beaux moments et il est parti en douceur, sans souffrir. Personnellement, je trouve qu’il a fait le bon choix en demandant cette procédure. C’était déchirant pour tout le monde, mais en même temps difficile d’être triste lorsqu’on voyait à quel point lui était heureux de partir. Reste qu’il m’arrive encore d’avoir le motton», dit Martin.

Les funérailles d’Yves Thibault auront lieu mardi à 16h en l’Église Notre-Dame des Prodiges.