Transfert des routes: Tracadie prendra une décision cruciale en janvier

La Municipalité régionale de Tracadie prendra en janvier une décision qui s’avérera probablement cruciale pour son avenir: que choisira-t-elle dans le dossier de la responsabilité des routes des anciens DSL que le gouvernement Higgs s’apprêterait à lui transférer?

Les élus ont pris connaissance du rapport du consultant Pierre Laforest, mercredi soir, pendant une rencontre du comité des finances de la municipalité régionale. Et le portrait est pour le moins alarmiste.

À son avis, il est clair que dans la situation actuelle et avec un octroi sans condition de moins de 900 000$ par année, la MRT – avec un budget total de 14 millions $ – n’a pas les moyens de s’occuper de près de 600 kilomètres de voies qui étaient auparavant la responsabilité structurale et financière de Fredericton, qui avait pourtant promis de s’en occuper jusqu’en 2022.

Le maire Denis Losier prévoit rencontrer sous peu les hautes instances du gouvernement pour lui proposer trois portes de sortie: que la MRT soit considérée au même titre qu’une communauté rurale (qui n’a pas à s’occuper des routes), que Fredericton délie les cordons de la bourse et offre une part de péréquation annuelle de 7 à 8 millions $ ou encore refiler la facture à ses citoyens en vertu d’une pleine taxation foncière.

Une autre possibilité s’offre à la Municipalité régionale de Tracadie. Ses élus peuvent adopter à l’unanimité (puisque ses conseillers représentent l’ensemble des quartiers de la MRT et sans avoir besoin de passer par un plébiscite) un arrêté indiquant qu’elle ne s’occupe plus du financement et de la gestion des routes. Elle relaierait ainsi la balle au gouvernement pour l’inciter à lui accorder le même droit que pour les communautés rurales.

«Soit nous recevons l’aide du gouvernement, soit nous devons imposer des hausses de taxe foncière massives, considérables et insupportables à nos citoyens. Quel politicien va vouloir monter les taxes? C’est impossible que nous allions vers là. Mais si on se ramasse avec les routes, on n’aura pas le choix et on ne le fera pas de gaieté de coeur. Notre juste part de la péréquation? Le gouvernement ne veut pas. Quant à l’arrêté, le conseil municipal pourrait aller le déposer en mains propres au premier ministre, afin de lui démontrer notre sérieux. Chose certaine, il n’y aura pas grand projet de regroupement municipal si Fredericton ne règle pas le problème de la MRT», explique M. Losier.

Récemment, la province avait offert un montant de 4,6 millions $ à la MRT pour le transfert de responsabilité des routes des anciens DSL. La proposition avait été refusée, parce qu’elle était jugée nettement insuffisante financièrement aux besoins évalués à 25 millions $ provenant d’une étude d’une firme d’ingénierie datant de 2016.

Les citoyens étaient-ils au courant en 2013?

En tant que municipalité régionale depuis 2014, Tracadie s’est exclue – sans tout à fait le savoir, apparemment – de toute variation de paiements des subventions sans condition. Elle est donc bloquée à près de 890 000$ par année.

En comparaison, une ville possédant une assiette fiscale semblable de plus de 1 milliard $ reçoit au-delà de 7 millions $, alors qu’une ville ayant la même population recevrait près de 4 millions $.

Avec 7 millions $ de plus dans ses coffres, ça suffirait à la MRT pour gérer toutes les catégories de son budget, y compris les routes et la GRC, a calculé le consultant Pierre Laforest.

Il a continué en affirmant avoir demandé aux fonctionnaires s’il y avait possibilité de changer le type de gouvernement de la MRT. Il a obtenu une fin de non-recevoir, indique-t-il.

«Cela nous a déçus. Il n’y a pas de place pour améliorer notre sort. Les gens à l’époque du vote sur Ensemble vers l’avenir (2013) étaient-ils au courant? Les fonctionnaires nous assurent que oui. Nous en doutons, car ça avait été le cas, nous sommes convaincus que les citoyens des DSL n’auraient pas voté en faveur du regroupement», a-t-il analysé devant les élus.

Le consultant ajoute que le ministère des Transports n’a pas modifié sa carte des routes désignées régionales, municipales et provinciales depuis 2013. Il est donc impossible de savoir quelles sont les voies qui appartiennent réellement à la MRT, note-t-il.

«Nous devons nous fier aux chiffres que le ministère nous donne (environ 600 km). On n’a pas le choix de l’accepter. Fredericton nous accorde 1,1 million $ pour les routes, mais ce sont des miettes si jamais ces routes devenaient notre entière responsabilité. La décision que le conseil municipal prendra sera déterminante pour l’avenir de la MRT», a-t-il jusqu’à prédire.