Foyers sous la juridiction des régies de la santé: pas la solution à tous les problèmes

Transférer la gestion des foyers de soins de la province aux deux réseaux de Santé n’est pas une solution magique. Dans une lettre publiée dans nos pages, Jodi Hall, directrice générale de l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, a exprimé ses préoccupations sur ce sujet.

C’est Gilles Lanteigne, président-directeur général du Réseau de santé Vitalité, qui avait relancé fin novembre l’idée de placer les foyers de soins sous l’égide des deux régies régionales de la santé, Horizon et Vitalité.

Les foyers sont sous la responsabilité du ministère du Développement social, tandis que les Réseaux de santé sont placés sous la responsabilité du ministère de la Santé.

Le PDG assure qu’un tel transfert de gestion vers une seule et même entité faciliterait le transfert des personnes âgées qui demeurent à l’hôpital en attente d’une place en foyer de soins, car il accélérerait les procédures et diminuerait le surpeuplement hospitalier.

«Des améliorations doivent être apportées aux processus, mais des évaluations plus rapides ne permettront pas de désengorger le système, exprime de son côté Jodi Hall dans sa lettre ouverte. Cela ne permettra pas de créer davantage de places, ni de recruter les employés nécessaires pour accroître le nombre de lits dans les foyers de soins. Peu importe la rapidité des évaluations, le nombre de lits disponibles et le personnel pouvant s’en occuper demeurent les mêmes.»

L’idée d’un transfert de la gestion des foyers de soins semble pourtant faire son chemin à Fredericton.

Les deux DG des réseaux de Santé ont d’ores et déjà ouvert les discussions avec le ministre de la Santé Ted Flemming, qui a assuré que le dossier était à l’étude. Plus tôt cette semaine, des médecins du Réseau de santé Vitalité ont de leur côté appuyé la décision de transférer la responsabilité des foyers de soins aux de régies régionales de la santé.

«Il est bien dommage que les décideurs politiques et les administrateurs aient passé du temps à préparer le transfert sans nous avoir consultés au préalable», déplore la directrice générale de l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, qui s’interroge également sur l’avenir du modèle de gouvernance de ces établissements.

Bien que financés en partie par le gouvernement, les foyers de soins sont des entités indépendantes.

«Tous les foyers de soins du Nouveau-Brunswick sont des sociétés privées et non de tierces parties du gouvernement, rappelle-t-elle. Les droits de propriété des foyers de soins ont été officiellement reconnus par le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Les foyers ont été mis sur pied par des organisations communautaires, des clubs et des églises, et nous sommes des établissements communautaires protégés par la Constitution. Le gouvernement ne peut pas assumer la gestion et le contrôle d’une société privée, est-ce que cela a été pris en considération?»

Les détracteurs de ce modèle de gestion expliquent qu’ailleurs au Canada, ce n’est pas le cas. En effet, le Nouveau-Brunswick demeure la seule province du pays où les foyers de soins relèvent du Développement social plutôt que de la Santé. Mme Hall pense qu’un tel changement ne serait pourtant pas un gage de succès.

«Je suis actuellement présidente de l’Association canadienne des soins de longue durée, ce qui me donne la chance d’observer la gouvernance des soins de longue durée dans d’autres parties du pays, explique-t-elle. Je peux vous dire que même s’il existe divers modèles, le résultat est toujours le même. Il n’existe malheureusement pas de solution miracle pour faire face à nos problèmes communs.»

D’autres organismes ont joint leurs voix à celle de l’Association des foyers de soins. Ainsi, l’Association francophone des ainés du Nouveau-Brunswick, ainsi que l’Association des travailleuses et travailleurs sociaux du Nouveau-Brunswick ont également émis leurs réticences face à ce projet.