Vapotage: à quand de nouvelles mesures restrictives au Nouveau-Brunswick?

Plusieurs provinces du Canada ont récemment adopté des mesures législatives visant à encadrer le vapotage, dont les dangers préoccupent de plus en plus les professionnels de la santé. Le Nouveau-Brunswick devrait leur emboîter le pas au cours des prochains mois.

La cigarette électronique et le vapotage inquiètent de plus en plus les différents gouvernements provinciaux du Canada. C’est la Loi sur le tabac et les produits de vapotage, adoptée en mai 2018, qui a légalisé les produits de vapotage contenant de la nicotine dans le pays.

«Nous sommes face à un produit qui dès le début a été présenté comme une alternative saine à la cigarette, souligne Stéphane Robichaud, directeur général du Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick (CSNB). Nous nous apercevons depuis qu’il n’est pas aussi inoffensif qu’il n’y paraît.»

Plusieurs cas d’hospitalisations se sont effet déclarés au cours des derniers mois. Jusqu’à présent, l’Agence de la santé publique du Canada a signalé 13 cas de maladies pulmonaires liées au vapotage, dont deux au Nouveau-Brunswick. Aux États-Unis, 47 décès ont été attribués à cette pratique et 2000 cas de maladie pulmonaire grave ont été signalés.

Dès lors, plusieurs provinces canadiennes ont décidé d’agir au cours des dernières semaines. Dans les Maritimes, la Nouvelle-Écosse interdira la commercialisation de produits de vapotage aromatisés à compter du 1er avril. Sur l’Île-du-Prince-Édouard, l’âge légal pour acheter des produits de tabac et de vapotage passera de 19 à 21 ans prochainement, tandis que la vente sera restreinte à certaines boutiques spécialisées. Ailleurs au Canada, la Colombie-Britannique et le Saskatchewan, l’Ontario et le Québec ont déjà pris ou préparent des mesures similaires.

Au Nouveau-Brunswick, pour l’heure, aucun projet de loi n’a encore été annoncé. Les professionnels de la santé exhortent la province à agir.

«Les médecins du Nouveau-Brunswick sont profondément préoccupés par les effets du vapotage sur la santé, surtout chez les jeunes, explique le Dr Chris Goodyear, président de la Société médicale du Nouveau-Brunswick. Il faut que le gouvernement intervienne. Nous pensons qu’il est nécessaire d’éduquer davantage le public sur les dangers de cette pratique, en particulier dans les écoles. Nous encourageons les parents à communiquer ouvertement avec leurs enfants à ce sujet. Nous ne pouvons pas taire cette réalité. Nous devons fournir les bons renseignements à nos enfants.»

Même son de cloche du côté de la Société canadienne du cancer, qui œuvre depuis plusieurs mois auprès des différentes provinces sur cette question.

«Il faut que le Nouveau-Brunswick agisse de manière urgente, soutient Rob Cunningham, analyste principal des politiques pour l’organisme. Au-delà des provinces, il faut une réponse du gouvernement fédéral, car nous avons besoin d’avoir des mesures uniformes pour tout le pays.»

Jennifer Russel, médecin-hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, s’est déjà prononcée sur les dangers que pouvait présenter ce produit. Plus récemment, cette problématique a été inscrite dans le discours du trône, présenté le 19 novembre par le gouvernement Higgs.

«Les risques que présente le vapotage pour la santé, surtout chez les jeunes, soulèvent de plus en plus de préoccupations, est-il écrit. Le gouvernement travaillera avec des spécialistes et des défenseurs de la santé pour élaborer une stratégie de lutte contre le vapotage chez les jeunes au Nouveau-Brunswick.»

Succès croissant chez les jeunes

Ce qui semble particulièrement préoccuper les professionnels de la santé, ainsi que les associations de lutte contre le tabagisme, c’est la popularité grandissante de la cigarette électronique auprès des adolescents.

Selon une étude de l’Université de Waterloo publiée cette année, le vapotage chez les Canadiens âgés de 16 à 19 ans a connu une hausse fulgurante de 74 % cette année au Canada. Un sondage publié il y a quelques semaines par le Conseil de la santé du Nouveau-Brunswick relatait que 29 % des élèves néo-brunswickois de la 6e à la 12e année avaient déjà essayé la cigarette électronique à au moins une reprise.

«C’est en train de détruire toutes les avancées que nous avons faites en matière de tabagisme, souligne Nathalie Landry, responsable des communications pour la Coalition antitabac du Nouveau-Brunswick. Beaucoup de jeunes qui ne fumaient pas se mettent à la cigarette électronique, car ils pensent que c’est cool et moins dangereux. Ces produits sont souvent très attrayants, avec différents parfums, et les jeunes plus réticents à commencer la cigarette semblent moins hésitants à essayer le vapotage. Rien ne nous dit que ces jeunes-là ne vont pas finir par devenirs des fumeurs traditionnels.»

Plusieurs solutions préconisées

Selon une enquête récente menée par l’association Nouvelle-Écosse sans tabac, 95 % des jeunes Néo-Écossais qui vapotent ont déclaré préférer les produits aromatisés, et près de la moitié ont indiqué qu’ils arrêteraient si l’on interdisait ces produits.

«Il faut que le gouvernement intervienne, assure le Dr Goodyear. La Société médicale du Nouveau-Brunswick encourage le gouvernement à adopter une loi semblable à celle de la Nouvelle-Écosse.»

En 2016, le Nouveau-Brunswick avait d’ailleurs interdit la vente de tabac aromatisé pour lutter contre la hausse du tabagisme chez les jeunes.

Si la lutte contre les produits parfumés semble être plébiscitée, d’autres solutions sont également avancées par les spécialistes de la question.

«L’augmentation des taxes sur les produits et accessoires de vapotage peut s’avérer efficace, soutient Kerrie Luck, chercheuse à l’Université du Nouveau-Brunswick. Passer l’âge légal de 19 à 21 ans pour pouvoir acheter ces produits peut amener des résultats positifs à court terme. Il est également possible, comme le Québec le fait déjà, d’interdire la vente en ligne, en obligeant les personnes à avoir une transaction en face à face dans un magasin. Je suis sûr que le gouvernement du Nouveau-Brunswick prendra bon exemple de toutes les mesures qui sont en train d’être adoptées dans les autres provinces du Canada afin d’amener une législation qui protègera au mieux nos jeunes.»