Projets éoliens: quand de bons vents ne suffisent pas

L’acceptabilité sociale. Toute entreprise souhaitant établir des parcs éoliens dans le nord du Nouveau-Brunswick ou ailleurs doit être en mesure de l’assurer. C’est du moins l’avis de deux maires de la Péninsule acadienne contactés par l’Acadie Nouvelle.

Des représentants de l’entreprise Naveco Power, qui souhaite développer un projet d’énergie éolienne à Anse-Bleue, étaient de passage dans la Péninsule acadienne mercredi pour rencontrer, entre autres, les maires de Bertrand et de Grande-Anse.

Selon Yvon Godin, maire de Bertrand, l’entreprise de Fredericton souhaitait mieux expliquer les détails de son projet.

«Nous avons toujours dit que nous ne sommes pas contre les projets d’énergie verte, mais il faut que les gens l’acceptent. Puis en ce moment, je ne pense pas qu’on soit rendu là», dit Yvon Godin.

Mercredi soir, il est prévu que le conseil municipal de Bertrand adopte un arrêté pour signaler que la municipalité n’investira pas dans un projet d’énergie éolienne, même si elle avait les moyens de le faire, sans avoir reçu l’aval des citoyens au préalable.

«Nous ne sommes pas du tout contre l’énergie verte, mais il faut que ce soit fait de façon acceptable.»

À Grande-Anse, la position est semblable. Selon le maire Gilles Thériault, la municipalité n’a aucunement l’intention de s’ingérer dans le processus à moins qu’il soit clair que les résidents d’Anse-Bleue et des autres DSL environnants acceptent le projet.

«Il n’est pas question que Grande-Anse investisse dans ce projet. L’appui n’est pas possible sans l’acceptabilité de la part des gens d’Anse-Bleue.»

Pour l’entreprise québécoise Innergex, qui a déjà fait de l’exploration éolienne dans la Péninsule acadienne, l’acceptabilité sociale se crée en tenant la population des municipalités concernées informée des démarches.

«Aux étapes préliminaires, les gens sont rarement réfractaires au développement éolien, donc quand on commence à développer un projet en termes généraux, les gens sont ouverts. À la suite de cette bonne réception, il faut cependant continuer de travailler auprès des gens. Il faut revenir vers eux souvent pour leur présenter l’évolution du projet», explique François Morin, directeur du développement chez Innergex.

Pour l’entreprise, il est aussi important de tenir compte de certains facteurs sociaux.

«Le nord du Nouveau-Brunswick, c’est une région touristique, c’est un milieu de vie. Il faut respecter ça. Ce n’est pas nécessairement une bonne pratique d’installer des éoliennes dans la face du monde. Ce n’est pas juste une question de ressource, mais aussi de respect pour les communautés pour s’assurer que ça s’intègre bien aux paysages. Dans le nord du Nouveau-Brunswick, les paysages sont une notion importante. Il faut respecter ça.»

«Les éoliennes, ce n’est pas nécessairement mort à Bas-Caraquet»

Il y a quelques années, un projet de développement éolien communautaire a failli voir le jour à Bas-Caraquet. Bien qu’il ait été mis de côté, des entreprises s’intéressent toujours au potentiel de la région.

En 2016 et 2017, Énergie NB avait invité les Premières Nations, les municipalités, les coopératives et les organismes sans but lucratif à proposer des projets d’énergie renouvelable communautaires. En vertu du programme, chaque projet devait être détenu à 51% par la communauté partenaire.

L’entreprise québécoise Innergex, qui se spécialise dans le développement d’énergies renouvelables, avait la région de Bas-Caraquet dans sa mire. En septembre 2017, plusieurs citoyens ont assisté à une session d’information pour en apprendre plus.

En fin de compte, la soumission d’Innergex et de Bas-Caraquet n’a pas été retenue par Énergie NB.

«Ce n’est pas du tout mort, mais évidemment, le projet n’a pas été retenu. Ça reste que c’est un site favorable avec une bonne acceptabilité sociale. C’est une possibilité qu’on maintient. Au cours des dernières années, nous avons continué d’explorer les possibilités dans la Péninsule acadienne pour le potentiel, sur ce site et d’autres sites», explique François Morin, directeur du développement chez Innergex.

Innergex n’était pas la seule entreprise à avoir été intéressée par le potentiel éolien à Bas-Caraquet. En 2007, Independent Power Corp souhaitait construire 40 tours dans la municipalité, qui n’avait pas été mise au courant des intentions de l’entreprise ontarienne.

D’autres projets ont été proposés au fil des années, sans voir le jour.

«Si on fait un retour en arrière, Bas-Caraquet a été l’une des premières municipalités à démontrer de l’intérêt. Ça remonte à il y a 13 ou 14 ans. Il y a quand même une tour près du Club chasse et pêche qui mesure la vitesse des vents», dit Roger Chiasson, maire de Bas-Caraquet.

«Ça n’a pas bien fonctionné, mais on entend dire qu’il y a encore de l’espoir. Les éoliennes, ce n’est pas nécessairement mort à Bas-Caraquet. Il y a des compagnies qui envient le vent chez nous.»

Innergex compte des projets d’énergie renouvelable en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Europe. Même si le projet à Bas-Caraquet a été mis en suspens pour le moment, l’entreprise continue de croire au potentiel du nord du Nouveau-Brunswick.

«Les mesures de vent sur nos différents sites sont positives. La ressource en vent est très bonne dans le nord du Nouveau-Brunswick. La technologie éolienne continue d’évoluer. Les turbines sont plus performantes par rapport à il y a quelques années, donc on peut s’adapter à différentes conditions de vent. Le nord du Nouveau-Brunswick est un lieu qui se prête bien à l’exploitation éolienne.»

Si un nouveau projet devait être proposé à Bas-Caraquet, pour Roger Chiasson, il est évident qu’il faudrait tenir la population au courant des nombreuses étapes à franchir.

«Si un projet devait jamais refaire surface, c’est certain qu’il faudrait être à l’écoute des citoyens.»

Naveco s’attaque à la désinformation

Les opposants au projet éolien Chaleur Ventus ont signé une victoire lorsque la Ville de Bathurst, le partenaire principal du promoteur Naveco Power, a décidé d’annuler sa demande de financement.

Le projet est cependant toujours vivant. Naveco Power souhaite maintenant s’attaquer à de la «désinformation» en circulation dans la communauté.

L’entreprise souhaite notamment répondre à des préoccupations soulevées dans un dépliant distribué par des opposants dans la communauté. Pour remédier à ce problème, Naveco répond à plusieurs questions dans un envoi postal qui devrait être distribué cette semaine.

L’équipe de Naveco a reçu plus de 160 questions auxquelles elle a répondu à partir de son document d’étude d’impact environnemental (EIE). Ces réponses sont disponibles sur le site web du projet (www.chaleurventus.ca/faq).