Foresterie: gel de l’approvisionnement sur les terres de la Couronne

Fredericton gèle la quantité de bois qui peut être coupé sur les terres de la Couronne pour cinq ans afin de favoriser la croissance de l’approvisionnement en provenance des lots boisés privés.

Le ministre des Ressources naturelles et du Développement de l’énergie, Mike Holland, souhaite ainsi dynamiser le secteur privé et améliorer les efforts de conservation.

«Cette décision permettra à nos forêts d’arriver à maturité, ce qui créera plus de valeur pour les gens du Nouveau-Brunswick et l’industrie forestière», selon M. Holland.

L’annonce fait le bonheur des propriétaires de lots boisées, mais préoccupe l’industrie. Les partis d’opposition dénoncent quant à eux ce qu’ils qualifient d’initiative sans envergure et sans véritable effet.

Le directeur général de Forêt NB, Mike Légère, doute de la capacité des lots boisés privés à répondre à l’ensemble de ses besoins d’approvisionnement de l’industrie au cours des cinq prochaines années.

«La plus grande inquiétude que j’ai, c’est que cinq ans, c’est long pour une industrie comme l’industrie forestière. Pour faire grandir nos compagnies, ça prend du bois.»

La plus grande entreprise forestière, J.D. Irving, qui ne fait pas partie de Forêt NB, est également inquiète.

«Nous exhortons le gouvernement provincial à reconsidérer son gel sur volume de bois en provenance des terres la Couronne jusqu’en 2025 afin qu’il puisse réagir rapidement et de manière appropriée aux occasions qui se présentent», a prévenu le vice-président de la division forestière chez JDI, Jason Limongelli.

La Fédération des propriétaires de lots boisés salue ce rééquilibrage des sources d’approvisionnement en bois et assure que ses membres sauront répondre à la demande de l’industrie.

«J’ai la plus grande confiance que les propriétaires de boisés privés peuvent fournir le bois nécessaire», a affirmé le président de la Fédération, Rick Doucett.

«Nous sommes enthousiastes à l’idée de figurer au programme du gouvernement pour la première fois depuis probablement 10 ans. Je ne pense pas que les deux dernières administrations aient vraiment considéré le secteur des lots boisés privés comme une opportunité économique.»

L’annonce du ministre Holland est «un beau cadeau bien enveloppé dans une boite qui ne contient absolument rien», selon le député libéral Benoît Bourque.

Le gel de l’approvisionnement en bois sur les terres de la Couronne ne changera rien puisque l’allocation actuelle dépasse déjà les besoins de l’industrie, a-t-il dit.

«Il n’y a jamais eu d’augmentation de l’allocation depuis l’annonce du plan forestier sous le gouvernement Alward. L’allocation est déjà suffisante. Il n’y a pas de raison que ça soit augmentée au cours des cinq prochaines années de toute manière.»

Si le gouvernement progressiste-conservateur souhaite réellement améliorer le sort des propriétaires de lots boisés et les efforts de conservation de la forêt, il devrait plutôt adopter le projet de loi déposé précédemment par le Parti vert, selon David Coon.

Le projet de loi 7 forcerait l’industrie à s’approvisionner à 30% chez les propriétaires de lots boisés en passant obligatoirement par les offices de vente des produits forestiers afin d’empêcher les gros acheteurs de négocier au rabais auprès de propriétaires individuels.

«Les propriétaires de lots boisés ne peuvent pas gagner leur vie et exploiter leur entreprise parce que les prix sont ridiculement bas», a indiqué M. Coon.

Le ministre Holland affirme que son annonce n’a rien à voir avec le conflit sur le bois d’oeuvre qui oppose toujours le Canada aux États-Unis.

Le Nouveau-Brunswick a perdu son exemption vis-à-vis des tarifs américains lorsque le gouvernement de David Alward a décidé d’augmenter l’approvisionnement en bois en provenance des terres de la Couronne.

Les producteurs américains de bois d’oeuvre accusent notamment le gouvernement provincial de subventionner injustement son industrie en offrant le bois des terres de la Couronne à un coût réduit.

Le premier ministre Blaine Higgs s’attend toutefois à ce qu’Ottawa redouble d’efforts auprès de Washington durant la nouvelle année pour mettre fin au conflit.

«On savait que ça s’en venait, mais parce que le marché est en baisse, (les effets) sont réels, ils sont ici. Je ne veux pas que les moulins ferment», a indiqué M. Higgs.