Grève et élections évitées

L’Assemblée législative adopte le projet de loi sur les services essentiels dans les foyers de soins et évite ainsi la grève et le déclenchement des élections.

Le projet de loi 17 a été adopté par le gouvernement minoritaire de Blaine Higgs, vendredi, avec l’appui des trois députés de l’Alliance des gens.

Les syndiqués qui chahutaient les élus du gouvernement et de l’Alliance durant le vote ont été expulsés de l’Assemblée par le président Daniel Guitard.

Ils songent maintenant à se tourner une fois de plus vers les tribunaux pour contester la loi.

Le premier ministre avait fait de ce vote une question de confiance qui aurait pu faire tomber son gouvernement en cas d’échec.

«Nous avons rehaussé la barre afin d’avoir de vraies discussions ouvertes sur ce qui est bon pour le Nouveau-Brunswick et comment nous pouvons travailler ensemble pour y arriver», a déclaré Blaine Higgs.

Le premier ministre Blaine Higgs. – Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau

«J’ai hâte de rencontrer le syndicat. C’est le temps de se concentrer sérieusement sur les vrais problèmes.»

M. Higgs a accusé les syndiqués à plusieurs reprises durant ce débat de vouloir discuter uniquement de hausses de salaire tout en ignorant les problèmes systémiques dans les foyers de soins.

Le projet de loi vivement dénoncé par les travailleurs, les libéraux et les verts ajoute la capacité de payer aux conditions qui doivent être considérées en cas d’arbitrage exécutoire.

Il prévoit aussi un nouveau processus pour déterminer le niveau de services à être maintenus en cas de grève dans les foyers de soins.

Ce processus devait absolument être adopté avant le 3 janvier, date à laquelle les syndiqués auraient pu déclencher une grève générale illimitée en raison d’un jugement de la cour invalidant la précédente loi.

D’après les travailleurs, le nouveau processus est si complexe et laborieux qu’il pourrait les priver de leur droit de grève pour encore plusieurs années.

Le personnel de 46 foyers de soins de la province est sans contrat de travail depuis plus de 3 ans.

Ils considèrent l’ajout de la capacité de payer de la province dans l’arbitrage exécutoire comme une attaque contre la libre négociation qui les empêchera d’obtenir des hausses de salaire dignes de ce nom.

Selon le premier ministre Higgs, cette condition est nécessaire pour éviter qu’un arbitre accorde aux syndiqués des augmentations salariales qui dépassent les moyens financiers de la province.

Les syndiqués en veulent particulièrement aux députés de l’Alliance des gens qui se sont rangés derrière le gouvernement.

En mai, les alliancistes Michelle Conroy et Rick DeSaulniers avaient voté avec les libéraux et les verts sur une motion non contraignante demandant au gouvernement d’aller en arbitrage exécutoire sans condition. Leur chef, Kris Austin, s’était abstenu.

«L’Alliance des gens devrait avoir honte de ne pas avoir fait la bonne chose pour les aînés et les travailleurs des foyers de soins», a dénoncé la présidente du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, Sharon Teare.

La présidente du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, Sharon Teare. – Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau

L’ajout de la capacité de payer comme condition à l’arbitrage exécutoire est contesté devant les tribunaux dans d’autres provinces et les travailleurs du Nouveau-Brunswick risquent fort de faire de même, selon le président du Syndicat canadien de la fonction publique, Brien Watson.

«Nous allons assurément étudier cette possibilité et je pourrais probablement dire que nous allons aller de l’avant.»

Le chef de l’Alliance des gens, Kris Austin, a tenté de rassurer les travailleurs en minimisant les effets des nouvelles conditions à l’arbitrage exécutoire.

«À la fin de la journée, si on finit par se rendre à l’arbitrage exécutoire, je ne crois pas que ça va être différent. Je pense que l’arbitre va faire exactement ce qu’il aurait fait même sans ce projet de loi.»

Le chef de l’Alliance des gens, Kris Austin. – Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau

Le député libéral Gilles LePage craint quant à lui que le gouvernement Higgs se serve de l’exemple des foyers de soins dans les autres négociations collectives à venir dans le secteur public.

«Je suis convaincu qu’il va forcer (ces conditions) sur les autres syndicats», a-t-il dit.

Le gouvernement a déjà déposé un projet de loi pour ajouter la capacité de payer dans les conditions de l’arbitrage exécutoire chez les pompiers et les policiers municipaux.

Un comité formé de représentants du gouvernement, des municipalités et des associations des pompiers et des policiers va se pencher sur la question en début d’année.

Le projet de loi 13 sera par la suite étudié en comité législatif en mars.