Entrevue de fin d’année: Higgs prêt à affronter la tempête en 2020

À l’aube de la nouvelle année, l’Acadie Nouvelle s’est entretenue avec le premier ministre Blaine Higgs au sujet de ce qui attend la province en 2020. Au menu: négociations collectives, réforme de la santé et possible baisse d’impôt.

L’année 2019 au Nouveau-Brunswick a été marquée par des relations de travail tendues entre le gouvernement et certains de ses employés. L’Acadie Nouvelle a même fait du conflit de travail entre Fredericton et les travailleurs des foyers de soins son événement de l’année.

La nouvelle année s’annonce encore plus chargée du côté des relations de travail alors que plusieurs conventions collectives dans les secteurs publics et parapublics arrivent à échéance.

Blaine Higgs espère que sa détermination à limiter les coûts pour les contribuables dans le conflit avec le personnel des foyers de soins servira de précédent dans les autres négociations à venir.

«Ç’a établi clairement le sérieux avec lequel je considère cette négociation. Ça va changer la donne, car nous ne pouvons pas continuer à simplement augmenter les salaires au point où le gouvernement ne peut pas se le permettre sans augmenter les impôts. Il n’y a plus de place pour cela», avance le premier ministre.

M. Higgs souhaite utiliser les négociations collectives pour faire des changements systémiques qui vont au-delà des questions pécuniaires.

«La province compte 53 000 employés. Ils savent tous qu’une augmentation de salaire c’est une bonne chose, mais c’est une solution à court terme aux problèmes en milieu de travail. La raison pour laquelle vous avez été blessé, la raison pour laquelle vous avez été en congé de maladie, toutes ces choses sont toujours là. J’ai dit que je voulais faire de cette négociation une négociation globale sur ce qui fait des lieux de travail au Nouveau-Brunswick un endroit où il fait bon travailler.»

En raison du caractère essentiel de leur travail et de nombreuses procédures judiciaires, le personnel des foyers de soins n’a pas pu faire la grève en 2019 malgré un vote de grève important.

Le projet de loi 17 qui a été adopté avant Noël devrait assurer le maintien des services dans ces établissements même si une grève était déclenchée en 2020.

D’autres travailleurs de l’État pourraient toutefois faire la grève l’an prochain sans avoir à maintenir un certain niveau de service.

Si cela devait se produire, Blaine Higgs estime que la population se rangera derrière lui puisque les travailleurs de l’État possèdent déjà des conditions de travail avantageuses alors que la province connaît d’importants défis.

«Ce que j’espère, c’est que les gens reconnaîtront que nous avons de graves problèmes ici», dit-il.

«Je pense simplement que nos gens vont regarder ça et vont se dire: « nous savons que c’est difficile, nous savons que nous devons faire les choses différemment alors lorsque quelqu’un qui quitte les lieux de travail alors qu’il a cette sécurité d’emploi et ces prestations de retraite, ce n’est pas la bonne chose à faire quand le Nouveau-Brunswick a le plus besoin de vous « .»

Réforme de la santé

Il a été beaucoup question de réforme en santé en 2019, mais sans grand progrès notable. M. Higgs s’attend à ce que cela change aussi tôt que «durant le premier trimestre» de la nouvelle année.

Le premier ministre demeure toutefois vague conservant l’étendue de cette réforme.

«Ce sont des réformes que les régies régionales de la santé proposent. Ce sont des choses qui étaient envisagées depuis longtemps, mais qui ont été ignorées par les gouvernements parce qu’ils manquaient de volonté.»

M. Higgs ne cache pas que ces changements pourraient ne pas plaire à tout le monde même s’ils sont nécessaires à son avis pour assurer l’avenir du système de santé et l’améliorer.

«Notre objectif est d’avoir un système de santé durable pour répondre à l’augmentation de la demande que nous connaissons. Nous avons eu 21 cas cette année où les services n’ont pas été fournis dans différents hôpitaux parce que nous n’avions pas le personnel nécessaire pour le faire.»

«Nous pouvons avoir les meilleurs soins de santé en Amérique du Nord, mais nous ne pouvons pas les avoir partout. Nous ne pouvons pas dédoubler les services, mais nous pouvons les compléter en ayant une offre de services différente», précise-t-il sans aller jusqu’à dire quel impact ces changements pourraient avoir sur les services de proximité dans les communautés.

«Je pense que quiconque fait l’autruche et dit que tout va bien est extrêmement naïf et ne fait certainement pas face à la réalité.»

«J’espère que le public dira: « Ce n’est peut-être pas la meilleure chose que j’aimerais, mais je comprends exactement pourquoi nous devions le faire. »»

Baisse d’impôt

Blaine Higgs souligne souvent à regret que les Néo-Brunswickois sont parmi les Canadiens les plus taxés. En plus de commencer à réduire la dette de la province, le premier ministre espère pouvoir réduire les impôts de particuliers en 2020.

«Je veux réduire l’impôt sur le revenu des particuliers et je veux être en mesure de réduire la double imposition, mais cela dépend en quelque sorte de l’endroit où nous nous retrouvons à la fin de l’année (fiscale), car j’ai dit que nous devons avoir un plan viable pour maintenir un budget équilibré, réduire légèrement la dette et gérer les défis auxquels nous sommes confrontés», indique-t-il.

«La santé mentale des jeunes, les soins de santé, le vieillissement de la population, il faudra y consacrer plus d’argent. J’espère donc pouvoir réduire un peu les impôts (en 2020), mais je ne peux pas le dire de façon concluante pour l’instant.»

Une baisse d’impôt permettrait d’aider directement les contribuables tout en faisant du Nouveau-Brunswick un endroit plus attrayant pour de nouveaux citoyens, résume le premier ministre.

«J’aimerais être en mesure de réduire les impôts pour que les gens voient une différence dans leur chèque de paye. C’est encore mieux qu’une augmentation de salaire parce que c’est plus compétitif pour les autres personnes qui viennent ici parce que les gens ne nous regarderaient pas comme la région où les impôts sont les plus élevés, mais comme une région où l’impôt est équitable.»