Des Acadiens ont la tête dans les étoiles

Le ciel est plus transparent durant la saison froide. Belle occasion de s’initier à l’astronomie! Le professeur d’astrophysique, Viktor Khalack anime des séances d’observation gratuites à l’Université de Moncton. Le passionné, Pierre Philippe Ferguson espère l’imiter bientôt dans la Péninsule acadienne.

La science peut émerveiller. Le professeur de mathématiques de l’Université de Moncton (U de M) au campus de Shippagan, Pierre Philippe Ferguson se rappelle la première fois qu’il a regardé à travers un télescope sophistiqué.

Il étudiait les sciences physiques à Moncton. Il avait pointé l’appareil situé sur le toit du pavillon Taillon vers la planète Jupiter.

«J’ai été étonné de voir des lunes, s’exclame-t-il. J’ai pensé que je ne connaissais vraiment pas grand-chose, parce que Jupiter est relativement proche de la Terre.»

Le professeur de mathématiques à l’Université de Moncton, Pierre Philippe Ferguson a lancé un projet de construction d’observatoire astronomique au campus de Shippagan. – Gracieuseté

À 37 ans, ses plus beaux souvenirs d’astronomie sont liés à ses trois enfants, âgés de 6 à 10 ans. «Comme n’importe qui à cet âge, ils sont curieux du ciel, surtout la nuit. Ils remarquent que la lune n’a jamais la même position, que des étoiles brillent plus que d’autres. Ils posent des questions de base, mais qui montrent déjà une passion pour la science», se réjouit-il.

Futur télescope à Shippagan

M. Ferguson souligne que la voûte céleste peut fasciner les personnes plus âgées. «Les adultes vont s’intéresser davantage au gigantisme de l’univers, à notre très petite taille à cette échelle, aux implications philosophiques de ces constatations et prendre conscience des nombreuses questions sans réponse», explique-t-il.

C’est pourquoi il souhaite rendre accessible la science des espaces extraterrestres à tous les habitants du nord-est du Nouveau-Brunswick. Il fait équipe pour cela avec deux membres de l’ancien club d’astronomie de la région, avec qui il prévoit d’en fonder un nouveau. Il a lancé avec eux un projet de construction d’observatoire au campus de l’U de M à Shippagan.

«Nous avons déjà un télescope, mais plus petit, plus vieux, que l’on doit régler nous-mêmes sans l’aide d’un ordinateur, en croisant les doigts pour viser l’objet voulu», précise-t-il. Le nouveau matériel sera numérique et pointera automatiquement les coordonnées enregistrées par l’utilisateur.

Vulgarisation à Moncton

M. Ferguson payera la moitié de son prix de 337 000$ grâce à la campagne de financement de l’UdeM nommée Évolution. Il a aussi demandé des fonds aux gouvernements fédéral et provincial. «On attend une réponse, c’est juste une question de temps, raconte-t-il d’un ton optimiste. Nous avons déjà commandé une pièce d’équipement.»

Le professeur d’astrophysique, Viktor Khalack anime déjà des séances gratuites d’observation du cosmos à l’Université de Moncton (l’établissement en indique les dates sur la page Internet de son département de physique et d’astronomie). «Les participants viennent au plus loin de Bouctouche, note-t-il, en faveur du projet d’observatoire à Shippagan.

Le professeur d’astrophysique à l’Université de Moncton, Viktor Khalack anime des séances d’observation astronomiques publiques. – Archives

Il estime recevoir, en fonction de la température, entre 5 à 30 personnes pour ses contemplations du ciel, dans la coupole située sur le toit du pavillon Taillon. «J’espère en accueillir quelques dizaines le 10 janvier, lorsque la lune deviendra rouge», prévoit-il.

Connaître l’univers

Il anime des observations toute l’année, notamment le 14 janvier, le 4 février et le 10 mars. Cet hiver, M. Khalack montrera aux participants la planète Vénus, en plus du satellite de la Terre.

«C’est mieux durant cette saison, car il y a moins de vapeur dans l’atmosphère, qui est nettoyée grâce aux chutes de neige et se montre donc plus transparente», détaille-t-il.

Le professeur d’astrophysique à l’Université de Moncton, Viktor Khalack se dirige vers l’observatoire astronomique situé sur le toit du pavillon Taillon. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

 

Au-delà de l’émerveillement issu de la contemplation du spectacle cosmique, M. Khalack veut transmettre une culture générale. «Vous voulez savoir ce qui se trouve autour de vous, pourquoi les saisons changent et comment s’ajuster à l’univers», plaide-t-il.

Le professeur s’adresse aux enfants en priorité durant ses séances d’observation publiques. Il s’inquiète pour les jeunes utilisateurs d’Internet et des réseaux sociaux où circulent de fausses informations, soutenant que la Terre est plate par exemple.

«Toutefois, des adultes confondent encore la lune avec une étoile ou ignore que le soleil en est une», témoigne M. Khalack. Que le premier à se moquer d’eux récite les noms des planètes du système solaire, de la plus proche à la plus éloignée de l’astre du jour!

Lever le nez avec raison

Le professeur d’astrophysique à l’Université de Moncton, Viktor Khalack définit l’astronomie comme l’étude de ce qui existe à l’extérieur de la Terre et des télescopes. Il montre par ailleurs que les scientifiques ayant la tête dans les étoiles ne sont pas que de doux rêveurs.

Une photo de la planète Saturne prise par le télescope Hubble. – Gracieuseté de la NASA

À quoi sert l’astronomie? Le professeur d’astrophysique à l’Université de Moncton (UdeM), Viktor Khalack s’est par exemple demandé pourquoi une étoile d’un type particulier, appelée naine blanche, filait à la vitesse de 650 km/sec dans notre galaxie (soit trois fois plus vite que notre soleil).

Le groupe de chercheurs dont il a fait partie n’a pas trouvé la réponse. «Nous avons découvert des preuves à l’appui d’une hypothèse», préfère-t-il dire en riant. Il pense en l’occurrence que cette cousine de notre astre du jour, beaucoup plus dense et âgée que lui, a reçu une impulsion colossale lorsqu’une étoile voisine a explosé (un phénomène cataclysmique appelé supernova).

«Nous n’avons pas vraiment fait de grandes découvertes, relativise M. Khalack en parlant du duo d’astrophysiciens qu’il forme avec Francis LeBlanc à l’UdeM. L’astronomie touche à plusieurs aspects de la vie sur Terre.»

Prédire les tempêtes solaires

Ce domaine de la science a servi par exemple à déterminer la durée du calendrier, à expliquer le changement des saisons et à faire fonctionner la technologie GPS. Il sert aussi à surveiller une menace impalpable… les tempêtes solaires, c’est-à-dire des éjections violentes de particules riches en énergie, arrivant dans notre atmosphère sous la forme d’aurores boréales.

Photo des restes de l’explosion d’une étoile, un évènement appelé supernova. – Gracieuseté de la NASA

Elles peuvent notamment provoquer des pannes du réseau électrique, comme en 1989 au Québec, gêner les télécommunications et générer des radiations préoccupantes pour les humains se déplaçant souvent en avion, surtout dans la région des pôles. «L’astronomie peut prédire ces perturbations», revendique M. Khalack.

Cette science mène aussi à penser la place de l’humanité dans l’univers et à élaborer des réflexions philosophiques. Grâce à de simples observations de la lune, Galilée a rendu possible au 17e siècle ce que le physicien français Étienne Klein a qualifié de «révolution de premier ordre».

Comprendre notre place

L’Italien a en effet aperçu à travers sa lunette astronomique, perfectionnée pour son temps, le caractère accidenté de la surface lunaire. Cette vision l’a amené à renier le dogme d’un univers fait d’une terre imparfaite et d’un ciel incorruptible. Il fallait dès lors, selon M. Klein, imaginer un tout composé d’une seule sorte de matière, partout soumise aux mêmes lois physiques… soit la vision actuelle du cosmos!

«L’astronomie est aussi importante pour savoir si nous sommes seuls dans l’univers, si d’autres civilisations existent, ce qui était avant et ce qui sera après, ajoute M. Khalack. Les questions philosophiques qu’elle soulève sont toutefois comme un film qui laisse une bonne impression, tout de suite effacée par la vie quotidienne.»

Le professeur d’astrophysique à l’Université de Moncton, Viktor Khalack anime des séances d’observation astronomiques publiques. – Acadie Nouvelle: Cédric Thévenin

L’astronomie, c’est le fun!

Réticents à l’idée de passer des heures dans le froid à regarder le ciel? Voilà les noms de vulgarisateurs qui vous en donneront envie:

Hubert Reeves: cet astrophysicien québécois a écrit des livres et participé à des documentaires pour le grand public.

Alexandre Astier: ce comédien et scénariste français a monté un spectacle appelé Exoconférence, traitant de l’espace et de la vie extraterrestre. Rires garantis! Une captation de sa performance est disponible en DVD et en streaming.

Roland Lehoucq: cet astrophysicien français donne des conférences visibles en streaming dans lesquelles il explique des phénomènes scientifiques, en utilisant souvent des références de science-fiction avec humour.

Bruce Benamran: ce Youtubeur français a monté la chaîne de vulgarisation scientifique E-penser et a réalisé l’exploit de rassembler plus d’un million d’abonnés. Il a aussi écrit deux livres pour le grand public.