Le système de santé du Restigouche a été malmené sur tous les fronts en 2019

Le Restigouche a sa part de défis à relever. Création d’emplois, vieillissement de la population, rétention de la jeunesse… Mais au cours des derniers mois, c’est surtout la perte graduelle des services en santé qui a retenu l’attention.

Fermetures des services à répétition… Rapport accablant concernant l’hôpital psychiatrique… Annonce du déménagement du Centre d’excellence pour jeunes en santé mentale… La dernière année a été extrêmement difficile en santé au Restigouche.

2019 aura en effet permis de mettre en lumière toute la fragilité de ce secteur d’activité dans la région. Le manque de personnel, les difficultés de recrutement et de rétention, et le vieillissement de la population sont parmi les principaux facteurs mis au banc des accusés pour justifier les multiples mesures imposées (aux citoyens) au cours des derniers mois.

«La santé est définitivement un défi qui s’est imposé comme un incontournable pour nos communautés. Nous ne sommes pas les seuls au Nouveau-Brunswick à vivre des moments difficiles en santé, mais on y a goûté plus qu’ailleurs cette année», confirme le maire de Balmoral et président du Forum des maires du Restigouche, Charles Bernard.

Des exemples?

La première mauvaise nouvelle en santé n’a pas tardé à tomber. Dès janvier le Réseau de santé Vitalité annonçait que les échographies non urgentes ne seraient plus offertes pour l’année au complet à l’Hôpital régional de Campbellton faute de personnel.

Au printemps, le réseau réduit considérablement le nombre d’heures de la clinique sans rendez-vous du Centre de santé communautaire Saint-Joseph de Dalhousie.

Au cours de l’été, on apprend que l’Unité de soins palliatifs fera l’objet d’une réorganisation majeure.

Les défis en santé débordent des murs des hôpitaux. En août, le gouvernement conservateur pose un geste inusité – une première – pour tenter de débloquer la crise au Foyer de soins Village de Campbellton. Il met littéralement l’établissement en tutelle dans l’espoir de voir celui-ci ouvrir la totalité de ses lits.

Le Centre de santé communautaire St-Joseph. – Dalhousie. – Acadie Nouvelle Jean-François Boisvert

Finalement, à l’automne, l’état d’urgence est déclaré à l’Hôpital régional de Campbellton. Les corridors débordent alors que la majorité des lits est occupée par des personnes en attentes de placements en foyers de soins. Les ambulances sont détournées, les nouvelles admissions interdites, les chirurgies reportées et les accouchements dirigés vers Bathurst ou Maria (Qc).

«Nous sommes la région la plus âgée et la plus vieillissante de la province, donc nos gens ont besoin de plus de soins. Voir les services s’effriter de la sorte, qu’ils doivent de plus en plus se déplacer à l’extérieur pour être traités, c’est certain que c’est inquiétant. Il va falloir faire quelque chose pour régler tout ça, pour que l’on cesse de s’attaquer de la sorte à nos acquis», indique le maire.

Selon lui, la solution passe par une meilleure stratégie de recrutement, une stratégie plus spécifique au Restigouche.

«Je ne sais pas comment, mais il faudra définitivement beaucoup de cohésion et de concertation entre tous les différents intervenants pour y arriver. Car c’est une situation qui nous touche directement et on se sent malheureusement souvent mis à l’écart», estime M. Bernard.

Centre d’excellence pour jeunes: l’autre coup dur

C’est toutefois en février que la véritable bombe tombe dans le secteur de la santé au Restigouche, de loin d’ailleurs l’événement marquant de l’année dans la région.

L’Ombud de la province, Charles Murray, publie un rapport dévastateur à propos du Centre Hospitalier Restigouche. Soins inadéquats, abus (violence) physiques), manque chronique de personnel…. Le rapport est accablant. Le Réseau de santé Vitalité s’efforcera tout au long des mois suivants à faire la preuve qu’un important changement de culture est déjà amorcé à l’intérieur de cette institution et que la réalité n’est plus la même que celle dépeinte dans le rapport. Ce changement de culture mise davantage sur la réinsertion en communauté plutôt que sur l’institutionnalisation.

Dans son rapport, l’Ombud écorche au passage le Centre d’excellence pour jeunes en santé mentale, allant jusqu’à questionner son emplacement et suggérant plutôt de trouver une nouvelle vocation à la bâtisse en cours de construction. Ces deux suggestions – hautement critiquées localement – trouveront toutefois une oreille attentive auprès du ministre de la Santé. Après avoir fait durer le suspense pendant 11 mois, celui-ci confirme finalement en décembre le déménagement du centre vers Moncton. La bâtisse, pratiquement terminée, accueillera le Service de traitement des dépenses, un programme déjà offert dans la région mais qui verra son nombre de lits augmenter légèrement.

La décision du ministre continue d’ailleurs de soulever l’indignation de la classe politique locale, mais aussi de l’incompréhension au sein de Vitalité puisque la programmation est déjà offerte dans la région auprès de jeunes et celle-ci fonctionnerait bien.