Blaine Higgs accusé de faire preuve de mépris envers la démocratie

Les partis d’opposition à Fredericton dénoncent les propos du premier ministre Higgs selon lequel le nombre élevé de députés provinciaux serait un «obstacle» à la prospérité économique du Nouveau-Brunswick.

Lors d’une entrevue en fin d’année avec le quotidien anglophone The Daily Gleaner, Blaine Higgs a confié que les élus sont à son avis un «talon d’Achille» pour le développement économique de la province.

Parce que les députés font la plupart du temps passer les intérêts de leur circonscription avant l’intérêt supérieur de la province, il est souvent difficile de les convaincre de se ranger derrière des initiatives de développement économique qui ne bénéficieront pas directement à leur région, s’est plaint M. Higgs.

«Peut-être que nous devrions avoir moins de députés à l’Assemblée», indique-t-il dans l’article publié le 28 décembre.

«Si c’est notre obstacle, vous savez, nous devons supprimer nos obstacles.»

Même si le premier ministre précise dans le texte qu’il n’a pas véritablement l’intention de réduire le nombre de députés, le mal était déjà fait pour le Parti libéral et le Parti vert.

«Rarement a-t-on fait preuve, au Nouveau-Brunswick, d’un pareil mépris pour la démocratie.  La déclaration du premier ministre Higgs est une attaque contre l’Assemblée législative, contre les députés et contre ceux et celles que nous représentons», avance le député libéral Benoît Bourque dans une missive envoyée aux médias en début de semaine.

C’est la responsabilité des députés de défendre et de promouvoir les intérêts de leurs circonscriptions à l’Assemblée législative et auprès du gouvernement, soutient-il.

«Passer sous silence les préoccupations légitimes des gens de ma circonscription, ce serait trahir l’esprit du mandat qu’ils m’ont confié en m’élisant député», affirme M. Bourque.

Le chef du Parti vert, David Coon, qualifie les propos de Blaine Higgs de «ridicules». Trop souvent, les députés travaillent pour leur chef plutôt que pour leurs concitoyens, dénonce-t-il à son tour.

Les députés devraient bénéficier de plus de marge de manoeuvre à l’Assemblée, notamment en comité, afin de mieux représenter leurs circonscriptions, selon M.Coon.

Il admet toutefois que certains députés sont parfois un peu trop préoccupés par des enjeux locaux au détriment du bien commun.

«La question n’est pas le nombre de députés, mais le travail des députés», indique David Coon.

Selon le politologue Jamie Gillies de l’Université Saint Thomas, le premier ministre Higgs semble avoir tenté d’illustrer maladroitement une problématique qui est bien réelle lorsqu’on atteint le sommet du gouvernement.

«Je pense que le plus gros problème ici et le point qu’il essayait de faire valoir est que le Nouveau-Brunswick est économiquement désavantagé sur le plan de la gouvernance parce que nous avons de multiples centres de pouvoir municipal, un fossé régional et linguistique et que la prise de décisions pour le gouvernement est souvent un équilibre délicat entre les intérêts régionaux et provinciaux.»

«Certains politiciens souhaiteraient peut-être pouvoir changer le système du jour au lendemain, mais les contraintes électorales les en empêchent.  C’est la nature même de la bête», analyse M. Gillies.

Cette réalité est probablement d’autant plus frustrante pour Blaine Higgs qui a fait carrière dans le secteur privé où les choses avancent généralement beaucoup facilement, suggère le politologue.

La réduction du nombre de députés à l’Assemblée législative ne changerait toutefois rien à la situation, avance-t-il.

«Même si la province réduisait le nombre de députés, les élus continueraient de parler au nom de chaque région, peut-être même encore plus fort qu’ils ne le font actuellement.  Je doute donc que la concurrence régionale change, même avec moins de députés.»

Notre demande d’entrevue auprès du premier ministre Higgs est demeurée lettre morte mercredi.

Depuis les élections de 2014, le Nouveau-Brunswick compte 49 circonscriptions. Le gouvernement progressiste-conservateur de David Alward avait pris la décision en 2011 de faire passer le nombre de députés de 55 à 49.

Le gouvernement libéral de Frank McKenna avait aussi éliminé trois postes de députés avant les élections de 1995.

Le Nouveau-Brunswick est la deuxième province en Atlantique avec le moins de députés par habitant, tout juste derrière la Nouvelle-Écosse.

Chaque député néo-écossais représente en moyenne 19 000 personnes contre 15 000 personnes au Nouveau-Brunswick. Les députés de l’Île-du-Prince-Édouard et de Terre-Neuve-et-Labrador représentent respectivement 5800 et 13 000 habitants chacun. n